Marc Beaudoin

La méconnaissance

29 Mar. 2017

Notre premier enfant venait de naître. Charmant n’est-ce pas? Sauf que le petit chérubin s’est imaginé qu’il n’avait pas le droit de dormir avant l’âge de deux ans. La belle affaire!

Donc après 6 mois, je n’étais plus tout à fait certain que nous avions eu une bonne idée d’avoir un bébé. Après 8 mois, je trouvais tout à fait normal de voir des éléphants roses se promener sur le trottoir. À 10 mois, bien, je ne m’en rappelle plus vraiment, j’imagine que je n’avais plus d’énergie pour stocker l’information…

Ceci dit, après un an, ma conjointe est retournée sur le marché du travail. Malheureusement, avec un horaire fort atypique. Pas de problème! lui dis-je, je me suis occupé du petit depuis un an! Dans ma tête voyez-vous, je me disais que ça ne pouvait pas être pire, quand même. Sauf que, dans les faits, j’avais passé la dernière année à observer et à aider, pas réellement à prendre en charge.

Ça fait qu’avec la préparation des repas, la gestion des dodos, l’horaire de la gardienne, les crises de dents, il me semble qu’il s’en ajoutait à chaque jour. Après une semaine, j’étais un candidat idéal pour un congé de maladie de très, très longue durée, si le manque de sommeil était une maladie. C’était pas mal plus compliqué que ça en avait de l’air.

L’ENCADREMENT PROFESSIONNEL EN FORÊT PRIVÉE

Cette expérience de vie se juxtapose parfaitement avec l’encadrement professionnel en forêt privée. La tenure publique prédominante au Québec rend son modèle de gestion très accessible.

Tous les intervenants ont une bonne idée du comment ça se passe. Pour un néophyte, il peut être normal de croire que ça se fait de la même manière en forêt privée, non? Bien non!

L’encadrement professionnel est certainement un des éléments qui distingue le plus la forêt privée de la forêt publique. Contrairement aux travaux d’exécution qui ont beaucoup de similitudes, l’encadrement professionnel se fait d’une manière fort différente en forêt privée.

À titre d’exemple, les acteurs de la forêt publique interviennent avec un seul propriétaire (l’État), ceux de la forêt privée le font avec 134 000 producteurs. Les efforts de sensibilisation, de préparation, etc. sont d’une autre nature.

Si nous parlons d’encadrement professionnel en forêt privée et non de technique comme en forêt publique, c’est que l’encadrement professionnel va bien au-delà du travail technique lié à la réalisation des travaux. Imaginez le travail d’un conseiller forestier. Il y a certes la prise de données, la préparation des prescriptions sylvicoles et des devis d’exécution. Ça c’est le bout avec lequel il y a un parallèle avec la forêt publique.

Par contre, quel est le travail à réaliser pour en arriver à ce point? Il faut évidemment intéresser le propriétaire à devenir producteur. Il faut connaître sa propriété et dans bien des cas, la lui faire connaître aussi. Il faut trouver une manière rentable de réaliser les activités et de conjuguer toutes les valeurs du producteur en même temps.

Lorsqu’il aura décidé d’aller de l’avant, il faudra organiser le travail, se coordonner avec le syndicat de producteurs de bois. Dans bien des cas, il faudra trouver un acheteur pour les bois, et obtenir les permis nécessaires. Tout cela, pour réaliser des travaux de 3 ha en moyenne.

On pourrait s’offusquer, on pourrait tenter de couper dans les services, mais ce serait très mal comprendre. Ce qui tient le programme debout et qui en fait un outil de création de richesse, c’est qu’il permet l’accompagnement du producteur dans sa démarche d’aménagement. C’est cet accompagnement qui crée le lien de confi ance et développera l’intérêt pour aménager et mettre en marché ses bois.

Nous n’en sommes plus à nous poser des questions s’il y a des différences entre la forêt privée et publique. Le 30 novembre 2016, une rencontre a été organisée à laquelle participaient les représentants gouvernementaux. À ce moment, il a été possible d’identifier de façon exhaustive, plus d’une trentaine d’activités distinctives réalisées en forêt privée.

Cet exercice était un départ et confirmait la différence importante sur le travail d’encadrement professionnel à réaliser entre les deux tenures forestières. Il est maintenant temps de reconnaître que la création de richesse en forêt privée est soutenue par les groupements forestiers qui jouent le rôle de courroie de transmission entre les besoins de la société et les valeurs des producteurs. Si nous ne le faisons pas, c’est que nous voyons déjà des éléphants roses se promener sur le trottoir.