Jocelyn Lessard

La mobilisation continue pour les entrepreneurs forestiers

28 Juin. 2018

Les 26 et 27 avril dernier se tenait, à Québec, le deuxième atelier de travail sur l’entrepreneuriat forestier. C’est bon signe : ce segment de la chaîne a besoin d’attention.

UNE PARTICIPATION À LA HAUTEUR DES ATTENTES

Après le succès de l’année dernière, le défi d’attirer des participants était à la fois plus facile et plus exigeant. Certains voulaient poursuivre les travaux, mais d’autres croyaient avoir déjà dit ce qu’ils avaient à dire. Finalement, la salle était pleine. La présence du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, monsieur Luc Blanchette, au cocktail d’ouverture, témoignait de l’importance de l’événement.

FAIRE LE POINT ET AVANCER

L’objectif principal de l’atelier consistait à faire le bilan des travaux autour des quatre thèmes traités l’année dernière. D’entrée de jeu, j’ai réexpliqué les motivations du groupe, mais aussi ses limites. Le groupe de travail sur l’entrepreneuriat forestier (GTEF) ne bénéficie d’aucun budget. Tous les membres qui s’y impliquent le font gracieusement. Le seul fait que le groupe se réunisse et se parle régulièrement des moyens pour améliorer la situation des entrepreneurs constitue une réussite.

Au-delà de cette victoire « morale », il y a des avancées concrètes. Le rapprochement des acteurs, pour améliorer l’offre de formation, constitue probablement notre meilleur succès. Nous connaissons mieux les contraintes que subissent nos dynamiques centres de formation professionnelle de même que les programmes offerts par le comité sectoriel de main-d’oeuvre en aménagement forestier. De nouvelles initiatives existent et elles sont soutenues par le milieu. Les deux voies de formation, dans le système scolaire et en entreprise, peuvent aussi créer des synergies. Si l’on ajoute à ce portrait l’ouverture prochaine du Centre spécialisé en entrepreneuriat multi-ressources de Dolbeau, nous devons être fiers.

Pour l’accès au programme ESSOR, c’est moins net, mais le MESI a travaillé fort pour améliorer les paramètres. Déjà, le fait de clarifier la portée du programme, en ce qui concerne la non-obligation d’une mise de fonds de 20 %, va permettre de financer quelques dossiers. Il est aussi apparu qu’il faut une réponse intégrée pour améliorer l’environnement d’affaires des entrepreneurs, pour faciliter leur financement.

Pour les technologies, plusieurs initiatives se déploient actuellement, notamment au sein de la FQCF. Le défi est lié à la pénétration large des outils et à leur pleine utilisation. Quant à la planification, la démonstration a été faite avec éloquence qu’elle exerce une grande influence sur la viabilité des entrepreneurs et qu’elle pose problème. En dehors d’entreprendre le dialogue avec le MFFP à ce sujet, nous n’avons pas encore trouvé le levier pour améliorer les choses.

UNE SUÉDOISE INSPIRANTE

Bravo à Luc LeBel pour avoir réussi à faire venir Maria Nordström. Sa présentation était généreuse, dans le sens où elle ne cachait rien des difficultés qui ont été rencontrées pour soutenir les entrepreneurs forestiers. La Suède a de l’avance sur le Québec, notamment pour le calibrage des équipements, qui fait l’objet d’une certification par un tiers. L’utilisation des données massives est aussi beaucoup plus avancée. L’emploi concret et stratégique des cartes numériques a aussi permis, par exemple, de réduire l’orniérage de 80 % en trois ans. Bref, un grand wow pour cet exemple inspirant qui s’appuie, notamment, sur une grande collaboration entre tous les acteurs.

QUE VEULENT LES ENTREPRENEURS FORESTIERS?

Je suis fier des accomplissements du GTEF. Je remercie tous ses participants qui s’engagent et font preuve d’un dynamisme singulier. Je suis aussi reconnaissant à l’équipe de FORAC pour l’organisation exceptionnelle, dans des délais très courts, de l’atelier. Malgré nos échanges et la présentation lumineuse d’entrepreneurs à succès, j’ai l’impression que nous n’avons pas recueilli autant de matériel que l’année dernière. Nous devrons donc surtout approfondir les travaux déjà entamés.

Mon malaise porte sur notre incapacité à amener les entrepreneurs à s’impliquer davantage dans notre démarche. Plusieurs ont participé aux ateliers, mais est-ce qu’ils sont prêts à travailler entre les sessions? Est-ce qu’ils sont disposés à supporter financièrement des actions? Je sais bien que leur situation financière est difficile, mais s’ils veulent des résultats, doivent-ils s’impliquer davantage? Puisque nous ne leur avons pas demandé, nous ne connaissons pas la réponse, mais il faudra d’approfondir cette question si nous tenons un autre atelier l’année prochaine.