Marc Beaudoin

La mobilisation des bois en forêt privée: une approche à modifier

7 Avr. 2016

RESAM ne s’en est jamais caché, pour nous, la priorité est de travailler sur la mobilisation des bois. Nous avons concentré nos efforts vers cet objectif depuis plus de deux ans.

À cet effet, les propriétaires regroupés ont :

• Procédé à une collecte de données inédites permettant, notamment, de connaître l’état du parc de machinerie;

• Organisé une rencontre hivernale sur la mobilisation des bois afin de se donner un plan d’action;

• Réalisé l’étude sur les moyens d’améliorer la mobilisation des bois;

• Dans une large mesure, augmenté de manière significative leurs livraisons aux usines.

Des taux inadéquats

Le premier élément qui frappe dans la grille de taux proposée par le ministère des forêts, de la faune et des parcs est la diminution importante des taux reliés à la récolte, de l’ordre de 30 % à 40 %.

Une partie de l’explication provient du changement apporté à la méthode de calcul. En effet, l’évaluation des taux des travaux commerciaux ne rémunère uniquement que la différence entre les coûts des coupes partielles et ceux d’une coupe totale. Dans une étude du groupe DDM remise au MFFP en 2013, l’auteur concluait qu’il était dangereux de retirer la rente du propriétaire du calcul des taux des travaux commerciaux: la réaction consistant à retirer les droits de coupe du calcul du taux pourrait diminuer la pression financière à court terme, mais n’apparaît pas comme une solution tenable à long terme.

Les redevances au propriétaire constituent bel et bien un coût dont l’acquéreur du bois doit s’acquitter sous peine de ne pas recevoir de matière ligneuse. L’abolition du calcul du taux reporterait à plus tard un problème qui ne pourrait que s’amplifier. En dépouillant le propriétaire privé de sa rente (contrairement à celui de la forêt publique), la nouvelle approche tire les revenus vers le bas diminuant ainsi l’intérêt du producteur à mettre son bois en marché.

Un écart illogique

Tous comprennent que le morcèlement du territoire de la forêt privée rend les opérations forestières plus onéreuses. Or, sur le plan de l’exécution, lorsque nous prenons une prescription sylvicole en forêt privée et que nous l’introduisons dans les formules de forêt publique, nous obtenons une valeur supérieure. À elle seule, cette constatation devrait suffire à convaincre que les taux rapportés à la grille sont inadéquats.

Assistance professionnelle

La méthode de coûts différentiels utilisée dans le calcul des taux des traitements commerciaux a fait disparaître tous les traitements de coupe finale. Ainsi, dans la proposition du MFFP, plus aucune assistance ne sera octroyée pour ce type d’activités. Cette approche défavorise la forêt privée aux dépens de la forêt publique, car dans ce dernier cas, l’État absorbe beaucoup de coûts alors qu’il ne le fait pas en forêt privée, notamment les coûts de planification.

Par ailleurs, bien que nous comprenions que certains types de travaux demandent beaucoup moins d’aide, nous estimons que, pour garder une approche durable et réaliser des travaux qui permettront d’augmenter la possibilité forestière, nous devons absolument garder un appui professionnel lors de la récolte de matière ligneuse.

Des travaux qui ont disparu

Plusieurs traitements ont disparu de la grille. Pour un certain nombre, cela nous semble divergeant avec l’idée de mobiliser les bois de la forêt privée. De par leur nature et leur superficie, les travaux de récolte en forêt privée sont encore largement réalisés de manière manuelle ou semi-mécanisée. Or la grille ne propose que des taux mécanisés à l’exception des travaux d’éclaircies commerciales.

Le changement brusque proposé ne peut s’opérer en une seule année et une réflexion sérieuse doit avoir lieu avant d’agir. Si la situation ne change pas, une forte partie des travaux commerciaux ne sera pas réalisée et la main d’oeuvre reliée à cette activité, sera perdue à long terme.

Pour soutenir le développement de la récolte de bois en forêt, il est primordial d’implanter un réseau routier chez les propriétaires forestiers. Cet investissement est indispensable pour accéder aux volumes de bois non accessibles. Par ailleurs, comme il s’agit du travail comportant les plus grands risques environnementaux, il est important qu’il soit prescrit et supervisé afin de respecter tous les lois et règlements en vigueur en plus de la norme FSC.

Ne pas tout défaire

Nous sommes conscients de l’énorme travail réalisé par le MFFP. Les délais étaient courts et les informations disponibles disparates. Une approche prudente considèrera ces quelques ajustements qui sont nécessaires afin de ne pas briser la structure qui permettra de mobiliser le bois à long terme.