Marc Beaudoin

La relève

29 Sep. 2014

Quand j’étais jeune, j’aimais organiser des compétitions. Tournois de hockey­balle, de baseball, de cartes et j’en passe. Le paroxisme a été lorsque j’ai organisé des olympiques dans mon quartier. Ça m’avait pris plusieurs mois afin de convaincre une trentaine de jeunes de par­ticiper à des compétitions durant cinq jours.

On avait tout préparé (en fait, mon père m’a beaucoup aidé). Des haies, un bac de sable pour le saut en longueur, des médailles peintes et des drapeaux de six différents pays. Pour les hymnes nationaux, en fait ceux qui ne passaient pas à la Soirée du hockey, bien on a pris des chansons bizarres en se disant que les gars ne les connais-saient pas de toute manière.

J’avais poussé l’audace à préparer un questionnaire pour les participants afin qu’ils soient dans un bon état d’esprit. Croyez-moi, parmi toutes les réponses, une citation de PIERRE DE COUBERTIN m’est restée dans la tête depuis :«Chaque difficulté rencontrée doit être l’occasion d’un nouveau progrès.»

Le congrès RESAM

À l’aube de notre prochain congrès, cette citation prend encore plus de valeur. En effet, sous le thème «La relève», nous invitons membres, partenaires, décideurs politiques et propriétaires forestiers à discuter de l’avenir de notre main-d’œuvre, des futurs propriétaires forestiers et des nouvelles technologies dans un monde forestier en perpétuel changement. Dans un contexte ou les investissements sylvicoles en forêt privée diminuent, il serait tellement facile de s’apitoyer, de dire qu’il n’y a pas d’avenir pour la relève. Je n’y crois pas du tout! Il ne faut pas laisser un événement détruire notre conviction que la forêt privée est un moteur de création de richesse et que les groupements forestiers en sont le principal bras opérant.

À mon avis, voici quelques idées pouvant nous permettre d’avoir une relève à long terme.

De la prévisibilité

D’entrée de jeu, nous pouvons citer la diminution des enveloppes dans le temps et l’incertitude liée à la reconduite des programmes d’année en année. Cet état freine le développement de la forêt privée, l’intérêt du propriétaire et le développement des groupements forestiers. Il a été difficile pour les groupements forestiers de développer une véritable stratégie. Toutefois, en connaissant les budgets disponibles du financement de l’État sur un horizon de trois à cinq ans, il devient possible de consolider la main-d’œuvre, de mettre en place des stratégies de développement, d’encourager l’investissement des propriétaires et de l’industrie, de lancer de nouveaux services et de réaliser d’autres investissements en forêt.

Travailleurs

La main-d’oeuvre du secteur forestier est vieillissante, près de la retraite. Plus de 20 % des travailleurs pensent quitter d’ici les trois prochaines années. La relève arrivera difficilement à combler le manque à gagner, car elle est peu intéressée par ce genre de travail. La précarité de l’emploi et le peu de semaines de travail sont parmi les facteurs les plus aggravants qui limitent la rétention. Les travailleurs sont désormais dans l’obligation de devenir polyvalents, c’est-à-dire qu’ils doivent exercer plus d’un métier.

La disponibilité de la main-d’œuvre spécialisée et non spécialisée devient donc un autre frein important au développement des groupements forestiers. Sans stabilité ni amélioration des conditions de travail, l’enjeu de la main-d’œuvre devra être résolu afin de déployer le programme auprès d’un maximum de propriétaires. Les avenues à explorer pour la main- d’oeuvre sont multiples, mais la simplification des normes, la pérennité des investissements ainsi que la formation en constituent les élé- ments essentiels. La simplification des normes aura pour conséquence une meilleure productivité à tous les niveaux. La pérennité des investissements assurera la stabilité de la main-d’oeuvre en plus d’augmenter sa rétention.

Un rendez-vous

Les deux exemples que j’ai donnés coulent de source. Ce sont ceux que les groupements forestiers du Québec prônent depuis plusieurs années, voire toujours. Par contre, le congrès 2014 de RESAM devra aussi permettre d’ouvrir de nouvelles portes. Quelles approches technologiques peuvent nous faire gagner en eficacité dans le défi des éclaircies commerciales? Comment gérer notre recrutement de la main d’œuvre? Comment mobiliser une nouvelle génération de propriétaires autour de l’aménagement forestier? On pourrait continuer longtemps. Mais le réel travail consiste à se demander quels nouveaux progrès les groupements forestiers mettront de l’avant afin de demeurer au sommet du podium! Au plaisir de vous rencontrer du 7 au 9 septembre prochain.