Vincent Garneau

La santé globale

11 Nov. 2022

J’imagine que vous trouvez peut-être le titre de cet éditorial un peu intrigant. En fait, il s’agit d’un thème que propose l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec afin de définir de nouveaux rôles aux professionnels de la forêt. Au départ, j’avais quelques doutes par rapport à cette proposition audacieuse. Un appel auprès de François-Hugues Bernier de l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec (OIFQ) a tout de suite permis de comprendre les réels fondements à ce thème. François n’est pas du genre à cacher son excitation! L’OIFQ définit la santé globale comme la santé de notre planète, la santé de nos forêts, la santé de la biodiversité, la santé de nos relations, la santé humaine, la santé économique et la santé de la profession. Bref, il fallait participer au congrès de l’OIFQ 2022 qui se déroulait le 3 et 4 novembre derniers pour en apprendre davantage. Malheureusement, il m’était impossible d’assister à la journée du 4 novembre. Toutefois, il y avait suffisamment d’informations pertinentes à partager lors de la première journée pour alimenter cet éditorial.
En résumé, les conférenciers ont débuté par présenter des constats, des faits et des projections quant à la l’évolution de crise climatique. Malheureusement, notre niveau d’anxiété face à la crise climatique devrait être de loin supérieur à celui associé à la pandémie COVID 19. Pour bien nourrir votre anxiété, vous pouvez lire le nouveau rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). Heureusement, M. David Paré nous a confirmé qu’il n’était pas trop tard pour agir et que les propriétaires de boisés et les professionnels de la forêt pouvaient contribuer à la lutte aux changements climatiques. Les forêts permettent de stocker de manière permanente le CO2 présent dans l’atmosphère et peuvent être considérées comme des sources d’«émissions négatives». Ainsi, la restauration du couvert forestier, l’aménagement forestier et l’utilisation optimale du matériau de bois dans la construction sont des solutions.
Le deuxième conférencier nous a démontré tous les risques liés à la simplification de nos forêts par des activités humaines ou des perturbations naturelles. Vous avez probablement remarqué que nous perdons actuellement nos frênes et nos hêtres à cause de l’agrile du frêne et de la maladie corticale du hêtre. Christian Messier a bien fait de nous rappeler que la pruche, les pins et les érables sont aussi à risque à cause des changements climatiques. Dans le contexte actuel, il faut être prévoyant et favoriser la biodiversité, mais pas n’importe comment. Il semble que l’ère des plantations monospécifiques tire à sa fin et même que la protection intégrale devrait être remise en question dans certains cas. Le défi est maintenant d’apprendre à aménager de nouveaux écosystèmes forestiers.
Selon un conférencier, les solutions de luttes basées sur la nature sont parmi les plus intéressantes économiquement, mais quel est le prix pour augmenter la biodiversité et la résilience de nos forêts? Par exemple, il est logique que la réalisation d’une plantation monospécifique soit moins dispendieuse qu’une plantation avec une mixité d’essences. Est-ce que ce serait possible de récompenser un propriétaire qui réaliserait des actions afin d’augmenter le niveau de biodiversité et de résilience de son boisé afin de participer à la lutte aux changements climatiques?
En 2017, le Vérificateur général du Québec avait énoncé le besoin que le ministère des Ressources naturelles et des Forêts étudie davantage l’effet des investissements sylvicoles des dernières décennies. Plusieurs travaux avaient alors permis de démontrer la rentabilité économique d’aménager la forêt plutôt que de la laisser pousser sans interventions. Le président de l’OIFQ a rappelé lors du congrès qu’il était important de poursuivre la réalisation des analyses économiques afin d’appuyer les décisions et préserver une santé économique. Une réflexion est probablement requise afin d’évaluer s’il est possible d’intégrer un indice de biodiversité à l’indice de rentabilité économique pour faire les bons choix.
L’OIFQ a été assez audacieux dans le choix de son thème cette année et je partage maintenant la même excitation que François-Hugues quant au nouveau rôle des professionnels de la forêt dans cette santé globale. Si votre niveau d’anxiété a augmenté en lisant cet article, sachez que les forêts peuvent influencer positivement votre bien-être et cela est prouvé scientifiquement. Félicitations aux organisateurs du congrès et aux présentateurs!