Marc Beaudoin

La valeur d’un métier

10 Déc. 2012

Les travailleurs forestiers ne sont pas comme les autres. Ils sont capables de performances athlétiques à chaque jour de travail. Ils doivent affronter des conditions climatiques pas toujours clémentes. Sans parler des mouches! De plus, ils sont payés sur la base de leur production. On travaille moins, on gagne moins, c’est direct. Qui plus est, notre travailleur ne peut travailler que durant une période de l’année, car les conditions climatiques l’imposent.

Pourtant, nos travailleurs aiment leur métier. Un métier qui leur permet d’être en plein air, non confinés dans un bureau, avec une grande autonomie. Ils ont aussi l’impression qu’ils sont maîtres de leur situation mais surtout, ils sont fiers de ce qu’ils font!

Un travail essentiel au coeur d’une économie

Ils ont raison d’être fiers. Ils ont développé un savoir-faire unique. Mais bien plus, ils sont à la base d’une industrie capitale pour l’économie du Québec. L’aménagement de nos forêts permet la transformation de la matière ligneuse. Saviez-vous que même combinées, les industries minière et de l’aérospatiale créent 11% moins emplois que l’industrie forestière? Idem pour le chiffre d’affaires? Sans le travail sylvicole, c’est tout un pan de notre économie qui disparaîtrait. Pourtant, ce n’est pas tout le monde qui voit l’importance des métiers forestiers. Plusieurs associent encore la saisonnalité de ces emplois à une occupation de 2e , voire de 3e ordre. «S’ils ne peuvent travailler à l’année, qu’est-ce que ça vaut?» Que d’ignorance. J’exagère vous me direz? Comment expliquer les modifications au Régime d’assurance-emploi? Ainsi, quelqu’un qui délaissera un emploi annuel pour retourner à son métier saisonnier sera pénalisé. Pas très intéressant, vous en conviendrez.

Un statut particulier

Les 8 et 9 novembre derniers s’est tenu un colloque sur la saisonnalité. Ce colloque est l’aboutissement de deux ans de concertation majeure visant à trouver des solutions concrètes pour contrer les effets de la rareté de main-d’oeuvre dans un contexte de saisonnalité. Les constats furent éloquents. L’assemblée réunie partageait bien sûr la vision du gouvernement fédéral de ne pas gaspiller les ressources. Toutefois, elle convenait que des nuances importantes s’imposaient. En effet, il y a une très grande différence entre un emploi saisonnier qui contribue à la chaîne de création de richesse et un employé inactif durant une période donnée. Il est donc nécessaire de faire cette distinction en créant un statut particulier. Ce statut pourrait s’appliquer à des secteurs bien définis. Des secteurs étant aux prises avec des problèmes inhérents de travail saisonnier, dont le secteur forestier. Bien évidemment, ce que nous cherchons à préserver, ce sont les compétences des travailleurs. Ce statut serait donc applicable aux gens de métiers qui ont développé des compétences particulières. Pensons aux techniciens forestiers mais aussi aux débroussailleurs et aux abatteurs par exemple. Des travailleurs qui reviennent d’année en année exercer le métier qu’ils aiment.

Qu’est-ce que cela pourrait donner?

Oui, mais quels seraient les avantages de ce statut particulier me direz-vous? Pouvoir exercer son métier sans pression de devoir le quitter! Ainsi, un travailleur sylvicole qui se trouve un emploi durant la saison morte ne serait pas pénalisé face au Régime d’assurance-emploi lorsqu’il retournerait exercer son métier de travailleur sylvicole au printemps. Comme souvent, les travailleurs saisonniers ont des horaires particuliers, nous devrions alléger le processus permettant un étalement des heures travaillées sur une longue période. On pourrait aussi leur faciliter la vie pour qu’ils puissent parfaire leur formation.

Le support de l’État

Depuis plusieurs années déjà, les groupements forestiers puisent dans leur ingéniosité afin de prolonger le temps de travail de leurs employés. Ces efforts doivent continuer, mais force est d’admettre qu’ils ne pourront régler totalement ce problème. Il est essentiel que l’État reconnaisse l’apport de ces gens de métiers dans le développement de notre économie et de nos communautés. Et comme dit le dicton: Si on se cache la tête dans le sable pour ne pas voir cette réalité, on expose des parties beaucoup plus sensibles.