Alain Paradis

L’argent est rare : utilisons-le avec précaution !

29 Sep. 2014

L’état des finances publiques réduit considérablement les marges de manœuvre du gouvernement. Raison de plus pour devenir plus stratégique avec ces investissements.

Le programme pour la biomasse forestière

C’était l’une des bonnes nouvelles du Rendez ­vous national. Le gouverne­ ment s’engageait à injecter 40 millions sur trois ans pour relancer le pro­gramme de la biomasse forestière. Les fonds diminuent la période de retour sur l’investissement des installations de chauffage utilisant la biomasse. Le programme vise la substitution de carburants fossiles. Au moment de cette annonce, la filière souffrait d’un dangereux ralentissement, parce que le programme était à sec depuis plus d’une année. Nous étions heureux, mais préoccupés parce que les montants apparaissaient déjà comme insuffisants pour couvrir toute la période.

Nous avions raison. En juillet 2014, le fonds est déjà pratique­ ment vide. Plusieurs projets de grande taille ont accaparé des sommes impor­tantes. Si le gouvernement ne réagit pas rap­idement, cette filière finira par perdre toute crédibilité. Il est impossible de faire du développement des affaires dans un contexte où nous ne savons jamais si les sommes seront dis­ponibles pour nos clients. L’émergence d’une filière comme la biomasse pour la chauffe prend du temps.

Ce sont des décisions importantes que d’accepter de changer d’équipements et de source d’énergie, il faut donc un horizon budgétaire plus rassurant que le cadre actuel. La bonne nouvelle est qu’il existe des marges de manœuvre, parce que les volets utilisant le Fonds vert sont loin d’être tous autant ap­préciés et utiles que celui de la bio­masse.

C’est seulement dans un environnement favorable qu’elle pourra jouer son rôle dynamique dans l’économie du Québec en réduisant les importations de pétrole et les GES tout en créant des emplois localement et en améliorant aussi la compétitivité des activités forestières. En réapprovisionnant le fonds, il fau­ drait aussi en réserver une partie pour les projets de plus petite taille, sinon les communautés ne profiteront pas de l’essor de cette filière.

Le programme de création d’emplois

Le programme de création d’emplois en forêt existe depuis plusieurs décen­nies. Il crée beaucoup de tensions entre les acteurs de la sylviculture. Alors qu’il est d’une importance cruciale pour un nombre limité d’entreprises qui en bé­néficient, dont deux coopératives, les autres en sont excluses.

Il existe des raisons historiques à ce partage, mais cette fracture est insoutenable. Le montant a été diminué significative­ment cette année, mais pour le main­tenir, il a fallu prendre une partie des fonds des budgets supplémentaires qui étaient prévus pour des travaux commerciaux.

On le comprend, la nou­velle n’a fait que des insatisfaits. Ceux qui profitent du programme étaient déçus de la coupure, mais ceux qui en sont exclus étaient tout autant amers de perdre une partie de l’enveloppe qui était disponible. Pour éviter ce climat un peu malsain, le MFFP aurait intérêt à amalgamer les budgets et à recon­ naître l’historique des bénéficiaires du programme de création d’emplois. Quand cela sera fait, tout le monde jouera selon les mêmes règles.

Le libre marché des travaux sylvicoles

Décidément, rien n’est simple. Fina­lement, les budgets supplémentaires pour la réalisation des travaux sylvi­coles seront affectés pratiquement entièrement au libre marché. Cela représente cette année 17% du bud­ get. Pourtant, Paule Têtu, présidente du chantier sur les impacts du régime forestier, a présenté ses conclusions pen­ dant le congrès du CIFQ en estimant qu’il ne faudrait pas aller au­delà de 10%. En plus, la préoccupa­tion de Martine Ouel­let, l’ex­-ministre, de ne pas détériorer les conditions de travail n’a pas trouvé d’écho dans les règles appliquées par Rexforêt.

Le libre marché fait diminuer les taux d’une manière préoccupante. La mesure en vigueur consiste à exiger des entreprises qu’elles offrent les mêmes conditions dans le libre marché que pour les ententes de réalisation. Il s’agit d’une règle inéquitable, très dif­ficile d’application et qui pénalise les entreprises qui offrent les meilleures conditions. Pas mal à côté de la cible. Paule Têtu recommandait aussi de travailler plutôt sur un pourcentage du taux de la grille.

Gouverner c’est faire des choix

Les décisions politiques dans un con­ texte de crise des finances publiques sont encore plus critiques. Réjouissons­ nous tout de même d’avoir un gouver­ nement qui se préoccupe sincèrement du secteur forestier. Aidons­le à faire les bons choix.