Guy Lavoie

Le 4e pouvoir

25 Oct. 2017

Selon Wikipedia : « L’expression – quatrième pouvoir – désigne la presse et les médias. Par extension, le quatrième pouvoir regroupe tous les moyens de communication qui peuvent servir de contre-pouvoir face aux trois pouvoirs incarnant l’État (pouvoir exécutif, législatif et judiciaire), en recourant au principe de protection des sources d’information des journalistes. » Or la presse quotidienne écrite est en crise et le gouvernement fédéral semble s’en laver les mains.

Extrait du texte «La ministre Joly ferme la porte aux médias écrits» de La Presse Canadienne publié sur lesoleil.com le 28 septembre : « […] le président-directeur général de Groupe Capitales Médias, MARTIN CAUCHON, avait d’ailleurs réitéré ses demandes pour obtenir une aide financière auprès du gouvernement de JUSTIN TRUDEAU. « Les gouvernements doivent reconnaître l’importance des médias écrits, à l’instar des autres éléments de la culture tels que le cinéma et les productions télévisuelles », avait-il lancé devant 250 personnes au Musée québécois de culture populaire, à Trois-Rivières. Jeudi, la ministre du Patrimoine canadien, MÉLANIE JOLY, a vite fermé la porte à une possible contribution. « Nous n’avons pas l’intention de soutenir les modèles qui ne sont plus viables pour l’industrie », a-t-elle signalé durant son discours, présentant notamment l’accord entre Netflix et Ottawa. »

Les modèles qui ne sont plus viables pour l’industrie ? Quels modèles ? Quelle industrie ? Plutôt vague et inquiétant comme réponse. On présume qu’elle parle ici des quotidiens écrits et imprimés. Ces médias demandent une aide de transition. Ils vivent une période difficile. Leurs revenus publicitaires diminuent. Les coûts de production et de distribution du contenu demeurent les mêmes ou augmentent. Les revenus et les abonnements aussi fondent comme neige au soleil.

C’est compréhensible : une très grosse partie du contenu traditionnellement imprimé se trouve facilement et gratuitement sur support électronique. Pourquoi payer un abonnement à un quotidien et se faire livrer un journal imprimé alors qu’on a l’option d’une multitude de sources d’information disponible sur sa tablette, son ordinateur ou son portable ?

La source d’où s’abreuvent les médias électroniques est souvent une salle de rédaction, soutenue par les revenus publicitaires et les abonnements de son journal imprimé. Que la salle de rédaction soit immense ou plus modeste, c’est le même problème. Par exemple, quand Le Monde Forestier rend disponible un texte sur Twitter ou sur Facebook, ce sont les propriétaires de ces plateformes électroniques qui prélèvent les revenus publicitaires générés par ce contenu.

Évidemment la présence sur le Web de contenu produit par un média traditionnellement imprimé est essentielle, utile et lui procure une certaine notoriété. On ne remet pas en question la pertinence et l’incroyable versatilité de ces plateformes qui ont changé nos vies en général, et tout particulièrement notre façon de s’informer. Ce qui est en jeu ici, c’est la capacité à long terme des salles de rédaction locales à produire du contenu. Sans revenus, comment payer ses journalistes et chroniqueurs.

Même les revenus publicitaires des médias électroniques comme la télévision commencent à souffrir du même phénomène. Est-ce que la ministre Joly va les inclure dans sa définition du « modèle qui n’est plus viable » bientôt ? Qui va enquêter, réfléchir, analyser et rapporter l’information si aucune entreprise ne peut rémunérer ce travail au Canada ?

Avez-vous remarqué que toutes mes sources proviennent d’Internet? C’est volontaire… Ça illustre mon propos. Que le texte soit diffusé sur papier et/ou de façon électronique n’a pas d’importance. Comme société, nous devons faire des choix. Prioriser nos investissements. À mon avis, la création de contenu et le rôle de chien de garde de la démocratie que joue la presse doivent être soutenus en cette période de changements. L’aide demandée vise la création du contenu. Un contenu aux sources multiples est important dans un pays démocratique comme le nôtre. Mais en attendant d’avoir un modèle de distribution des revenus équitable pour les créateurs et les distributeurs de contenu, l’État se doit de protéger la presse écrite d’ici.

Je termine avec un dernier extrait d’un texte de FRANÇOIS CARDINAL de La Presse +, publié le 29 septembre dernier : « La presse écrite reçoit ici l’équivalent d’à peine 2 $ par habitant… alors que les États-Unis offrent 6 $, la Grande- Bretagne, 18 $ et la France, 30 $. Et ne parlons même pas de ces pays scandinaves où la somme frôle 100 $ ! Soyons clairs, les médias écrits n’ont pas besoin de subventions à vie pour « soutenir des modèles qui ne sont plus viables », pour reprendre les mots de la ministre. Ils n’ont pas besoin d’un renflouement, encore moins d’un plan de sauvetage. Ils ont simplement besoin d’un accompagnement ponctuel et temporaire de cinq ans pour traverser la crise, pour élaborer des plateformes performantes, pour financer les coûteuses transformations numériques qui leur permettront d’affronter Google et compagnie, et ainsi, de rester en vie. »