Martin Béland

Le beau cadeau du Forestier en chef

14 Fév. 2018

Juste avant les fêtes, Louis Pelletier, le Forestier en chef (FEC) a déposé au ministre Blanchette un avis qui fera date. Quel beau cadeau pour les forestiers!

UNE DEMANDE DU MINISTRE

C’est lors du Forum Innovation Bois (FIB) en 2016 que le ministre a interpellé le FEC pour lui demander de déterminer les mesures permettant d’augmenter la prévisibilité des approvisionnements pour l’industrie en tenant compte de l’aspect économique du développement durable.

Il devait se pencher sur «l’ensemble des éléments, notamment les directives, les guides et les règlements ayant un impact sur les possibilités forestières». L’avis est bien documenté, le ton est excellent, pédagogique et précis. Il y a longtemps que j’espérais lire un projet forestier aussi inspirant. Il nous propose une vision stimulante qui permettra de valoriser le secteur et tous les gens qui y travaillent.

TROIS RECOMMANDATIONS

Je n’arriverai pas à résumer la richesse de cet avis en quelques lignes. J’espère surtout vous donner le goût de le lire. Il s’articule autour de trois recommandations qui sont riches et complémentaires.

La première consiste à demander de «s’engager à atteindre les cibles de production de bois établies afin de maintenir et d’augmenter les possibilités forestières». J’y reviens parce qu’elle aura un grand impact sur les coopératives.

La deuxième propose «d’utiliser la forêt et les produits du bois comme outils dans la lutte contre les changements climatiques». D’autres démarches fondamentales qui soutiennent cette recommandation sont en cours. Le Québec doit saisir cette formidable occasion d’utiliser son immense territoire forestier pour contribuer à atteindre nos ambitieux objectifs de réduction de GES. Même en réduisant nos émissions, il faut se préparer à faire face aux perturbations qui pourraient affecter les possibilités forestières. Le FEC recommande donc d’«augmenter la capacité d’adaptation de la forêt face aux incertitudes».

S’ENGAGER À ATTEINDRE DES CIBLES DE PRODUCTION

Le FEC a mis le doigt sur notre plus grande vulnérabilité. Le territoire est immense et les usages alternatifs de la forêt mettent beaucoup de pression sur la production forestière. Les unités d’aménagement (UA) occupent 24,8 % de la province. Le territoire des UA n’est consacré à l’aménagement forestier qu’à 58 %. Même si les milliards investis en sylviculture donnent des résultats, la diminution du territoire dédié à la production de bois réduit les possibilités forestières.

En s’engageant autant à atteindre des objectifs de production que les autres objectifs, le FEC estime que le territoire pourrait produire 50 M de m3 d’ici 2063. Une augmentation de 50 %! Il propose d’intensifier l’aménagement forestier en remettant en question plusieurs idées préconçues. J’adore que ce soit lui qui le dise! Il attaque le dogme de la priorisation de la régénération naturelle qui produit peu et qui rend les forêts vulnérables à cause de la forte proportion de sapin. Il s’attaque aussi au fait que le reboisement ne vise actuellement que les sites qui ne se régénèrent pas naturellement, mais qui donne des forêts à trop faible densité.

Il veut aussi s’attaquer à la faiblesse des contrôles de la végétation concurrente sur les sites les plus fertiles. Il propose de réhabiliter le traitement de l’éclaircie précommerciale qui a été négligé au cours des dernières années. Il veut revisiter la question de l’intensité de la sylviculture des forêts feuillues. Il se demande pourquoi le Québec se prive des effets de la ligniculture, du drainage, de la fertilisation et du brûlage contrôlé. Il veut revenir à des reboisements de forte densité. Il propose de déployer et d’entretenir un réseau de voirie donnant accès au territoire. Il veut que nous prenions de front le problème des strates mixtes ou dégradées dont le bois manque de preneurs sur le marché. Il faut remettre ces sites en production pour éviter la baisse de la possibilité.

Puisque c’est le ministre qui a demandé cet avis et qu’il est responsable de la forêt québécoise, il y aura des suites. La première chose à entreprendre serait de donner un caractère légal à la cible de production. Ce seul geste donnerait un grand poids à l’avis. Bref, si vous n’avez pas encore déballé ce cadeau qui vous attendait sous le sapin, faites vite. Nous aurons besoin de tout le monde pour donner l’élan que mérite cet avis et pour soutenir le ministre Blanchette.