Alain Paradis

Le coût de la fibre

18 Jan. 2016

Le pdg du Conseil de l’industrie forestière du Québec fait la tournée des chambres de commerce du Québec pour exposer la situation critique de l’industrie et solliciter des appuis. Difficile d’être indifférent.

Vieux problème

Je ne me souviens pas d’une époque où l’industrie n’ai pas revendiqué une diminution du coût de la fibre. Considérant que l’approvisionnement représente plus de 60% des coûts d’une usine de sciage, c’est probablement normal.

À force d’y être exposé, le gouvernement a cependant fini par développer une relative surdité. Vous connaissez l’histoire du jeune garçon qui criait toujours au loup?

Le sujet est aussi très sensible pour tous les producteurs de bois qui n’apprécient pas que leur énorme compétiteur bénéficie d’allègements qui rendent leur bois moins attrayant.

Les arguments du CIFQ

André Tremblay appuie ses arguments sur des études établies par des sources externes, dont principalement Wood Markets, qui compare la performance de trente-deux administrations forestières.

Les constats sont accablants; nous arrivons 25e sur 27 pour la rentabilité des industriels. Le coût par mètre cube a augmenté de 26% entre 2012 et 2014 et, alors que nous avons le plus petit bois du continent, nous avons les coûts les plus élevés.

Chose encore plus saisissante, ce ne sont pas les entrepreneurs qui coûtent plus cher qu’ailleurs, mais les frais de transferts vers l’État qui ont augmenté de 84 % entre 2012 et 2014, ce qui inclut la rente, les redevances et les différentes contributions aux organismes de protection qui représentent en tout un coût de 80$ par MPMP. Les industriels ont recommencé à faire des profits et surtout à réinvestir dans leurs usines ailleurs au Canada, mais pas au Québec.

La situation est critique

Même avec un dollar et des coûts de carburant en baisse et de meilleurs prix de marché, les usines de sciage ne dégagent pas de marge de manoeuvre. La diminution de la valeur des copeaux, liée à la baisse de la demande, et l’absence d’investissement accentuent l’effet de la croissance des coûts de la fibre sans parler de la préoccupante problématique de la certification environnementale.

Après une longue période de crise, la situation actuelle est insoutenable. L’État doit prêter l’oreille et trouver d’urgence des solutions avec le secteur. L’état de santé financière des usines de sciage contamine tout le secteur forestier. Les usines ne peuvent faire autrement que transférer leurs problèmes à leurs fournisseurs qui traversent aussi une mauvaise période. Si la coopérative n’a pas de marge, ses entrepreneurs forestiers n’en auront pas non plus. Leurs fournisseurs auront aussi moins de commandes et ils auront du mal à être payés. Cela s’appelle un cercle vicieux.

Quand tout un secteur entourant l’activité forestière est pris en tenaille, toute la collectivité décline. Même le producteur forestier a intérêt à faire affaire avec une usine en santé capable de payer pour le bois dont elle a besoin.

Le Journal de Québec nous informait récemment que les faillites personnelles ont augmenté de 15,6% dans ma région depuis 2014. J’ai peur qu’il y ait un lien entre les deux.

Des solutions et de l’espoir

Le CIFQ ne se contente pas de dénoncer une situation déplorable. Il avance aussi des solutions concrètes. Il veut faire baisser le coût de la fibre d’environ 10 $ par mètre cube. Ces solutions sont applicables rapidement. Cela comprend une manière différente de facturer la rente des industriels liée à leur garantie d’approvisionnement.

Des modifications des règles de fonctionnement du Bureau de mise en marché des bois (BMMB) sont aussi attendues. L’instauration d’un partage plus équitable des coûts des chemins multiressources et une révision des tarifs d’électricité pour l’industrie des pâtes et papiers complètent les demandes.

Pourquoi réserver ces tarifs préférentiels pour attirer des entreprises au Québec alors que l’industrie des pâtes et papiers est encore si déterminante pour préserver notre structure industrielle forestière? Tout cela représente une facture pour le gouvernement qui est loin de rouler sur l’or. L’industrie avance cependant qu’en ajoutant à ces mesures la possibilité de rehausser le niveau de récolte de 4 millions de m3, il serait possible de retourner à l’État un montant au moins équivalent.

Souhaitons que les chambres de commerce joignent leur voix à celle du secteur pour être entendues par l’État et pour recommencer à penser à l’avenir.