Renald Bernier

Le Forum Innovation Bois

17 Fév. 2017

Le 31 octobre dernier, j’ai participé au Forum Innovation Bois. Ce fut une belle expérience. Ça faisait longtemps que j’avais participé à une activité où l’on associait innovation et foresterie. C’était rafraichissant!

Je retiens de cette rencontre que le changement d’image de l’industrie est un élément central des stratégies d’actions retenues. Je peux acheter cet argument, car il est vrai, nos actions ont beaucoup évolué au cours des dernières années. Par contre, il faut que cette image soit soutenue par des actions concrètes. En ce sens, je ne peux m’empêcher d’être déçu de l’absence de la forêt privée dans quelque stratégie que ce soit.

Fort heureusement, le ministre Luc Blanchette a souligné son importance, mais tout de même, il faudra un peu d’innovation dans les stratégies industrielles car ce n’est pas bon signe pour l’instant. D’autant plus que nous travaillons à fond de train pour atteindre l’objectif que nous avait fixé le ministre de produire 1 million de m3 de bois supplémentaire en forêt privée. Ce n’est pas rien.

Rappelons-nous que la forêt privée représente le tiers de la possibilité forestière au Québec et qu’elle est en progression alors que celle de la forêt publique est en décroissance. Il s’agit de la principale source d’approvisionnement qui peut appuyer le développement de l’industrie. Penser autrement est un peu passéiste, vous en conviendrez.

De bonnes nouvelles

Ce forum a aussi été l’occasion pour le ministre de confirmer un investissement de 450 millions pour la réalisation de travaux sylvicoles en forêt publique pour les deux prochaines années. Quelle merveilleuse nouvelle! Un investissement suffisant et une prévisibilité de cinq ans en tout. Que peut-on demander de mieux ? Le même traitement en forêt privée !

Une carence d’investissements

L’État poursuit ses investissements en forêt publique afin de maintenir et même d’accroître la possibilité, et par le fait même, le niveau de récolte. De plus, ces investissements permettent d’assurer à long terme les engagements de l’État dans les garanties d’approvisionnement offertes à l’industrie. La même attitude doit prévaloir lorsque l’on pense à la forêt privée.

Or, à l’heure actuelle, l’État y consacre environ 46 M$, ce qui est nettement insuffisant pour soutenir la possibilité en forêt privée, en comparaison avec ses investissements en forêt publique. Heureusement, un programme de mobilisation du bois de 6M$, très apprécié des groupements forestiers, a permis de réduire l’écart. La mise en valeur des territoires sous aménagement demande une séquence de travaux et des investissements de l’État de l’ordre de 56 à 60 M$ annuellement.

Ces investissements permettraient de soutenir la possibilité forestière à court terme (8,6 Mm3) en forêt privée. Au contraire, en 2013, les superficies traitées réalisées en forêt privée avaient plutôt chuté de 29% depuis 1997. Qu’y a-t-il dans le rétroviseur ? Pour atteindre nos objectifs, nous avons concentré nos efforts vers les activités de récolte de bois.

Considérant les budgets limités, plusieurs agences ont dû couper dans des travaux non commerciaux pour y arriver. C’est une approche qui ne peut être durable à long terme. En effet, omettre des traitements sylvicoles non commerciaux aura tôt fait de diminuer la possibilité forestière de la forêt privée.

Une vision à long terme

Nous savons qu’il existe environ 2 millions de mètres cubes de bois qui peuvent être mobilisés rapidement. Est-ce que le fait d’ajouter de 10 à 16 M$ augmenterait la récolte à court terme ? Peut-être que oui, peut-être que non. Par contre un investissement de cet ordre donnerait à l’État la certitude qu’il y aurait continuellement 2 millions de mètres cubes supplémentaires À CHAQUE année et non durant quelques années uniquement. Ça, c’est de la vision à long terme.

Au travail

Ce qui m’a réjoui le plus dans le discours de monsieur Blanchette lors de son annonce de financement des travaux sylvicoles en forêt publique, c’est de l’avoir entendu dire que des annonces pour la forêt privée étaient sur le point de se faire. À tous les partenaires de la forêt privée, du ministère et de l’industrie compris, il est temps d’appuyer notre secteur, de faire preuve d’innovation et de soutenir les démarches pour que la forêt privée soit traitée de la même manière que la forêt publique.