Jocelyn Lessard

Le grand potentiel de la forêt privée

2 Déc. 2014

La sortie du rapport du Chantier sur l’efficacité des mesures en forêt privée suscite des réactions. Il apporte un éclairage intéressant tant qu’il reste centré sur son mandat. Quand il en sort, sa vision ne semble pas intégrer toute la complexité de la situation.

Des volumes disponibles ?

Tout le monde s’entend, la forêt privée produit beaucoup de bois et il faut parvenir à le rendre disponible pour approvisionner l’industrie de la transformation. Comme partout, pour qu’il y ait une transaction, cela prend un vendeur et un acheteur.

Le rapport semble sous-entendre que c’est le vendeur le problème. Avec une analyse aussi courte et une solution simpliste, le bois risque de sortir de moins en moins de la forêt privée. Cela constituerait une énorme perte, tant pour la foresterie que pour les collectivités qui occupent le territoire. Beaucoup de producteurs estiment qu’au prix actuel, cela ne vaut pas la peine de vendre leur bois. Par ailleurs, poussée par la demande, la valeur des propriétés forestières augmente. Dans certaines régions, elle n’a presque plus de rapport avec le bois qui s’y trouve. Les nouveaux acquéreurs, souvent des urbains, trouvent le prix d’une propriété peu cher pour avoir la paix et pour pratiquer les activités qu’ils aiment.

Ceux qui veulent continuer à produire du bois voient leurs coûts augmentés (taxes et opérations) et ils trouvent que le prix n’est pas suffisant pour couvrir leurs frais. Ils songent à vendre. Une réglementation municipale et des règles environnementales plus contraignantes de même qu’une rareté relative d’entrepreneurs et de travailleurs compétents font aussi partie du problème.

Essayer d’imaginer la situation dans une dizaine d’années, alors que les producteurs actuels qui font leurs travaux de récolte n’en seront plus capables. Qui pourra mobiliser l’important gisement de bois de la forêt privée ?

Un monde complexe

La situation est complexe en forêt privée parce que les acteurs sont nombreux et que le territoire est morcelé. Avec les milliers de propriétaires, le nombre de centres de décision se compte aussi par milliers. La taille des interventions et la complexité de la logistique conduisent à des coûts élevés de récolte.

Si les revenus nets des producteurs sont très faibles, pourquoi récolteraient-ils leur bois ? Les industriels du sciage n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre à cause de la diminution de la valeur des copeaux. Les producteurs comprennent mal qu’ils ne puissent obtenir actuellement un prix équivalent à celui qu’ils obtenaient quand le marché du bois de sciage offrait les mêmes prix que maintenant.

Pour dénouer la situation, l’industrie remet en question les structures présentes en forêt privée, surtout les plans conjoints, mais aussi les organismes de gestion en commun (OGC). Ces structures sont perçues comme des intermédiaires qui imposent des règles qui datent d’une autre époque.

Les industriels auront-ils plus de succès en s’adressant directement aux propriétaires ? Qu’auront-ils à offrir aux nouveaux acquéreurs de lots ? Une subvention pour couper plus de bois comme le propose le rapport Belley ?

Travailler ensemble

Pour que le bois sorte de la forêt privée, il faudra collaborer. Il faut travailler sur la réduction des coûts et sur la construction d’une culture de mise en valeur. Il faut continuer à renforcer le lien de confiance entre les propriétaires et leurs professionnels techniques qui eux, s’intéressent à l’ensemble de leur besoin.

Les OGC et les coopératives impliquées depuis longtemps en forêt privée sont des partenaires des propriétaires et de l’industrie. Ils sont en mesure de rassurer les propriétaires et de coordonner un réseau d’entrepreneurs fiables et efficaces, qui ont aussi besoin de stabilité. Les syndicats et offices ont aussi un rôle à jouer pour informer et mobiliser les producteurs tout en étant à la recherche d’efficacité et de meilleur prix. Quant à l’industrie, elle devra accepter de travailler avec ces interlocuteurs pour établir une stratégie dotée d’une vision de long terme.

L’optimisation des opérations implique une bonne planification, mais aussi de l’agilité pour diriger le bon bois aux bonnes usines. Espérons que les programmes du gouvernement supporteront cette stratégie. Le bois de la forêt privée a une grande valeur économique pour le Québec. Travaillons ensemble, plutôt que les uns contre les autres, pour diriger plus de bois aux usines.