Marc Beaudoin

Le temps des incertitudes

29 Sep. 2014

Mon jeune garçon arrive lentement mais sûrement à l’adolescence. Oui, nous avons droit parfois à l’attitude nonchalante typique de son âge. J’avoue avoir été ébranlé quand je lui ai demandé s’il aimait son tout nouveau vélo qu’il avait choisi et qu’il m’a répondu :«mouais!» Mais bon, on s’habitue faut croire.

Somme toute, je suis chanceux. Il me parle beaucoup. Suffisamment pour voir qu’il sort de l’enfance et qu’il s’aperçoit qu’il vieillit. Que la vie prend un autre sens. Qu’il ne demeurera pas un enfant toute sa vie et qu’avec cela viendrontdenouvellesresponsabilités. Mais lesquelles? C’est le dur passage de l’adolescence. L’incertitude qui vient avec la découverte d’une nouvelle ré­ alité.

En forêt

Nous vivons aussi un temps d’incertitude dans le secteur forestier. Bien sûr, nous avons connu une crise importante qui s’est étirée et qui a laissé des traces. Nous avons aussi connu une refonte complète du régime forestier qui com­mence à peine à s’appliquer concrète­ ment sur le terrain. À eux seuls, ces évé­ nements suffisent à créer de l’incertitude et nécessitent beaucoup d’adaptation. Le gouvernement a clairement mis en exergue ce que nous savions tous sans trop vouloir nous l’avouer : l’état des fi­nances publiques est alarmant et nous devons maintenant faire des choix. Nous devons maintenant agir avec rigueur lors de nos investissements afin de créer de la richesse.

Heureusement, il semble que l’État ait compris que le secteur fo­restier soit un domaine d’avenir. Il s’est même engagé à investir des sommes supplémentaires en sylviculture en forêt publique. Bien que l’on connaisse la direction à prendre, il subsiste tout de même plu­sieurs zones d’ombres. Encore cette année, les entreprises qui travaillent en forêt privée n’ont pas pu connaître leur niveau d’activités avant de débuter la saison, la fameuse prévisibilité des in­ vestissements. Combien de personnes devons­nous rappeler? Combien de pro­priétaires d’équipements seront nécessaires? Aura­ t’­on suffisamment de travail pour occuper tout notre personnel technique? Ce sont des questions qui cette année encore, ne sont pas répon­dues et qui hanteront le déroulement de la saison.

Des pierres?

Il serait facile de lancer des pierres au gouvernement pour l’absence d’annonces en forêt privée. Reconnais­sons que le respect de son engagement électoral d’augmenter les budgets en forêt publique est de bon augure. J’ai toute confiance que l’État poursuive dans cette voie pour la forêt privée. Agir autrement serait pour le moins surpre­nant, non? La forêt privée est la principale réponse à la baisse de possibilité forestière au Québec. C’est maintenant plus de 30% de la possibilité forestière totale de la province.Qui plus est, cette forêt est située dans les zones les plus produc­tives à proximité des usines. En termes simples, lorsque l’on investit un dollar en forêt privée le retour est plus important que lorsqu’on l’investit en forêt publique. Il ne faudrait pas non plus passer sous silence qu’une bonne partie de l’industrie de la transformation et de l’aménagement est fortement soutenue par l’activité en forêt privée.

Certaine­ment, la forêt publique joue un rôle majeur dans la partie boréale du Qué­bec. Par contre, que feraient le Bas­-St-Laurent, le Centre-­du­-Québec et l’Estrie sans forêt privée? Ces régions dépendent du territoire privé pour prospérer, voire se maintenir en vie.

Des annonces rapides

Il n’est pas facile de coordonner toutes les annonces d’un nouveau gouvernement issu d’un nouveau parti. Un signal doit cependant rapidement être transmis à toute l’industrie qui s’appuie sur la forêt privée afin de permettre un mini­mum de planification et d’espoir. Lors de la dernière campagne électorale, le Parti libéral s’était engagé à maintenir les budgets en forêt privée. Dans les prochains jours, nous espérons voir reconduire le programme de mise en valeur de la forêt privée, le programme d’investissement sylvicole ainsi que celui de création d’emplois. Ce sont les outils de base pour la création de richesse dans les régions forestières qui ne peuvent pas profiter de la forêt publique. L’intérêt du gouvernement et la prise de position du premier ministre PHILIPPE COUILLARD envers la forêt ne peuvent que nous rassurer face à l’avenir du secteur forestier. Dans ces moments d’incertitude, il est par con­ tre essentiel de guider tous les acteurs de la forêt privée dans cette nouvelle réalité et de confirmer que la forêt privée est une source de création de richesse pour l’État.