Jocelyn Lessard

L’étonnant pouvoir de la coopération du travail

18 Jan. 2016

Le congrès de la Fédération canadienne des coopératives de travail se tenait cette année à Montréal. Quel plaisir de retrouver ce groupe qui milite chaque jour pour un monde meilleur.

La coopération du travail au coeur

La coopération est née d’une utopie. Les fondateurs de la coopération se sont dotés d’une vision d’un monde idéal, portée par des valeurs où l’humain occupe la place centrale.

Ils ont ensuite imaginé des pratiques qui permettent de progresser vers cette utopie. Confronté quotidiennement à la société de consommation capitaliste et individualiste, il est cependant facile de perdre de vue l’utopie initiale.

La coopération du travail constitue la version la plus intense du modèle coopératif. Elle génère les revenus principaux de ses membres et elle emploie une part importante de leur vie.

J’ai toujours un grand plaisir à retrouver ce groupe, tant pour renouer avec les anciens que pour connaître les nouveaux qui s’y joignent. Ils ont en commun de croire au modèle et d’incarner une joie de vivre communicative.

Leurs coopératives oeuvrent dans plusieurs secteurs, ancrées dans l’économie marchande. Elles veulent faire des affaires autrement en portant des valeurs riches de sens. Je ne rencontre nulle part ailleurs un engagement envers le développement durable plus sincère.

Plusieurs sont végétariens et soucieux de réduire leur empreinte environnementale, mais ce ne sont pas des militants écologistes. Ils vivent dans la société et ils participent à son économie, d’une manière différente.

Deux exemples inspirants

Voici deux brefs exemples tangibles de coopératives qui vont au-delà de la mission de leur entreprise. La première, vous connaissez peut-être ma passion du vélo, est la Urbane Cyclist Coop.

Elle est située au centre-ville de Toronto. Bien sûr, les membres de la coopérative vont travailler en vélo. Ils vivent leur passion en vendant et en entretenant des équipements. Pour eux, le cyclisme constitue un moyen concret pour changer le monde.

Ils tentent de faire évoluer leurs produits pour que leurs clients réussissent à combler tous leurs besoins de déplacement en vélo. Leurs bicyclettes doivent permettre d’aller chercher les enfants à la garderie et de faire l’épicerie. Ils sont aussi préoccupés par le fait que les employés et les clients de leur industrie ne touchent qu’un seul groupe de la société: des jeunes hommes blancs.

Pour élargir l’impact de la coop, ils travaillent pour attirer comme membres et clients des femmes et des personnes issues de l’immigration.

L’autre cas est celui de La Siembra Coop. Cette coopérative produit et vend du chocolat et d’autres produits biologiques et équitables.

Leur chocolat est vraiment délicieux, mais, même dans une industrie aussi concurrentielle, ils sont autant motivés par l’amélioration des conditions de vie de leurs fournisseurs du Sud que par la qualité de leurs produits.

L’une de leurs représentantes m’expliquait aussi qu’ils considèrent comme un devoir des membres de s’impliquer dans d’autres coopératives pour faire rayonner leur modèle dans la société.

Dans les coopératives forestières

Je sais bien que dans le quotidien, les membres de ces coopératives ne doivent pas tous et toujours vibrer à cette intensité. Qu’en est-il dans notre réseau? Les coopératives sont généralement plus anciennes et elles comptent souvent beaucoup plus de membres que la moyenne canadienne. Je connais des individus encore animés de convictions comparables.

Fondamentalement, elles sont aussi démocratiques et elles partagent la richesse qu’elles créent entre leurs membres. Toutefois, est-ce que des membres ont perdu de vue l’utopie coopérative et les valeurs qui en constituent la base? Est-ce qu’ils les connaissent tous et est-ce que cela les stimule? Quand ce sont leurs parents qui ont lutté pour faire émerger la coopérative, certains peuvent croire qu’il ne s’agit que d’un emploi.

Les malheurs du secteur n’ont pas aidé pour entretenir la flamme coopérative, mais c’est dommage de se priver de ce puissant outil de motivation et de différenciation. Si les membres des coopératives forestières étaient animés par des valeurs comparables à nos amis canadiens, nous serions reconnus comme les champions incontestables de l’aménagement forestier durable.

Nous le sommes possiblement déjà, mais, si, par exemple, les règles pour protéger la forêt deviennent des outils plutôt que des contraintes, il devient possible à la fois de changer le monde et d’être plus heureux.