Marc Beaudoin

L’expérience ne s’achète pas!

8 Juin. 2012

Pour la première fois, la semaine dernière, mon garçon a reçu une balle sur le nez en jouant au baseball. J’avais beau faire semblant que ce n’était pas grand’chose mais maudit que le sang coulait. Après avoir arrêté l’hémorragie (au sens propre), il a fallu que je m’assure que ça ne laisse pas trop de marques psychologiques. Mais que faire ?

Je n’ai pas eu besoin d’y penser trop longtemps, je me suis rappelé que j’étais déjà passé par là ! J’ai répété ce que mon père m’a raconté 33 ans plus tôt : «Si tu veux être certain de ne pas recevoir la balle en pleine face, t’es mieux de regarder d’où elle vient plutôt que de te fermer les yeux !» Commentaire judicieux, mais je crois que la crème glacée a eu plus d’impact sur le moral de mon fils. On verra. Continuons sur le thème du retour en arrière. Dernièrement, on m’a demandé de faire une présentation sur le bilan de l’aventure de la Forêt habitée dans le cadre d’un colloque sur la forêt de proximité. Retour en arrière, car pendant près de dix ans, j’ai été impliqué de très près dans la gestion de projets de forêt habitée en plus d’avoir participé à plusieurs consultations officielles ou non sur le sujet.

C’est là depuis longtemps !

Le premier constat que l’on puisse faire, c’est que la volonté des régions de prendre en main leur développement n’est pas une idée nouvelle. En fait, de tous âges et dans tous les coins de la province, il y a des signes qui ne mentent pas. Que ce soit par le «déclubage» de la forêt, le retrait des concessions forestières ou la création des groupements forestiers à la suite des opérations dignités, nous sommes en mesure de constater l’attachement des populations à leur milieu de vie. Le programme de forêt habitée mis en place en 1995 se veut une réponse à cette commande sociale qui visait à assurer le développement des communautés forestières. Ces dernières voyaient les décisions concernant le développement prises par des entreprises ayant leur siège social très loin de leur village, les conditions des travailleurs forestiers chuter et l’absence de vision de développement territorial. Préoccupations toujours aussi actuelles. Alors, comme on dit, cette idée est là pour rester, je crois.

Une expérience incroyable

Le réseau de projets pilotes de forêt habitée est moribond aujourd’hui. La crise forestière pour certains ou le manque de ressources pour d’autres ont eu raison du dynamisme initial des promoteurs. Mais il n’est pas mort. Certains projets subsistent. Mais malgré les ratés, cette expérience demeure très riche en enseignement. Durant plus de 15 ans, une manne d’innovations a vu le jour. Ainsi, on aura développé des moyens pour connaître les aspirations des communautés. Dans plusieurs cas, on aura mis en application les concepts de gestion intégrée qui était plutôt théorique auparavant. Qui plus est, on connaît maintenant les facteurs de succès de ce type d’initiative.

Facteurs de succès

Le sujet est très complexe , mais quelques paramètres sont incontournables. Primo, ça prend un territoire avec des ressources suffisantes. S’il n’y a rien à mettre en valeur, ce sera difficile de créer de la richesse. De même, s’il n’y a pas assez de ressources, il manquera de moyens rapidement. Secundo, il doit y avoir un lien entre le territoire et la communauté. Si les gens ne se sentent pas interpellés, le dynamisme s’éteindra rapidement. Tertio, la gouvernance doit permettre à la communauté de prendre une part active dans les décisions. Consulter c’est bien, mais c’est insuffisant. Impossible d’interpeller les acteurs s’ils sont relégués au rôle de spectateur. Et sans acteurs impliqués, aucun dynamisme possible. Il y a beaucoup à dire sur l’importance de la gouvernance d’un projet de cet acabit, mais je crois qu’il est essentiel qu’un projet vise avant tout à mettre en commun les forces vives du milieu. Ainsi, personne ne décide de tout, mais tous décident pour tout.

Quand on ne connaît pas l’histoire, on est condamné à la répéter

Malheureusement, une très grande partie de cette expérience si précieuse est en voie d’être perdue au moment où nous en aurions besoin. En 2000, dans les suites du colloque sur la forêt habitée où plus de 200 participants y assistaient, il a été demandé au ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec de mettre en place un centre d’information sur la gestion participative des forêts. Le besoin actuel nous montre que cela aurait été une bonne idée. Reste à espérer que malgré tout, nous saurons apprendre de nos erreurs. Sinon, nous nous retrouverons encore avec le nez rougi!