Jocelyn Lessard

L’héritage du forestier en chef

18 Jan. 2016

Le Forestier en chef vient de déposer son bilan sur l’état de la forêt. Prenez en connaissance, vous ne le regretterez pas. Il s’agit d’un rapport pertinent, encourageant à plusieurs égards, mais sans complaisance.

Plusieurs bonnes nouvelles pour la forêt

Le bilan contredit la thèse de ceux qui prétendent que nous détruisons la forêt. Les grands signes vitaux comme l’étendue du territoire forestier, le volume de bois sur pied, l’état de la régénération et les fonctions écologiques se sont tous maintenus. Les perturbations naturelles et celles causées par l’homme se situaient en deçà de la moyenne historique récente.

La progression de l’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette constitue cependant une préoccupation. L’aménagement forestier a réduit son impact avec un volume récolté représentant moins des deux tiers de la moyenne historique. Cette récolte s’est située à 60 % de la moyenne avec 165 000 hectares par année.

La superficie destinée à la production forestière a diminué de 11,4 % depuis les années 70. Ajoutons que le taux de conformité aux normes de protection du milieu aquatique est passé de 78 % à 91 %.

Moins bonnes nouvelles pour la foresterie

Le focus sur la production de bois s’est affaibli au cours des dernières années. La possibilité basée uniquement sur le rendement soutenu atteindrait 50 M m3 au Québec. Quand on ajoute les modalités additionnelles d’aménagement durable, elle diminue à 33 M m3. Elle est passée de 44,4 M m3 entre 2000- 2008 à 34,7 M m3 en 2008-2013.

Le Forestier en chef mentionne que : «L’aménagement écosystémique contribue à la conservation de la biodiversité », mais il ajoute : «Parallèlement, des objectifs de mise en valeur auraient pu être mis en oeuvre pour compenser l’effet des objectifs de protection sur la quantité de bois disponible à la récolte.»

Il questionne aussi la qualité du suivi qui a été effectué pour les travaux sylvicoles réalisés. Ainsi, 44 % de la superficie après coupe n’a pas fait l’objet de suivi dans la période de 0 à 4 ans, comme prescrit.

Dans la même veine, 67 % des plantations de 10 à 15 ans n’ont pas fait l’objet de suivi dans cinq régions analysées. Pire encore, de 25 % à 56 % des plantations de 16 à 30 ans sont envahies par des essences et espèces autres que celles visées.

À cause de tendances à l’évitement des secteurs moins intéressants, l’effort de récolte est plus important dans les peuplements qui comportent les essences recherchées, soit 61 % pour le SEPM, par rapport à 31 % pour les productions mixtes et 41 % pour les feuillus intolérants. La qualité des forêts feuillues est aussi classée comme inquiétante parce que 67 % de ces peuplements a fait l’objet de coupes d’écrémage et le volume de sciage de ces peuplements n’atteindrait que 9 m3 à l’hectare.

Un rapport encourageant

Ce rapport bien nuancé devrait permettre de faire le point en prenant des décisions pour relancer la foresterie. La forêt se porte bien, mais nous devrions renforcer notre vision pour la mettre davantage en valeur. Elle en a le potentiel. Il constate: «La culture plus intensive de la forêt demeure marginale et l’analyse économique peu utilisée».

Il déplore aussi la faiblesse des suivis qui limite la capacité de valider les hypothèses soutenant le calcul de la possibilité forestière. Il aborde aussi plusieurs sujets sensibles comme la gouvernance et les défis que pose la participation de la population et des Premières Nations.

Il rappelle que, selon notre niveau de connaissance, nos pratiques ne permettent pas l’autosuffisance des populations de caribou forestier.

Il nous invite à nous doter d’un système global plus cohérent afin de mieux mesurer l’évolution de nos pratiques, notamment avec un cadre de gestion plus clair et une rétroaction d’amélioration continue.

Gérard Szaraz quitte la fonction de Forestier en chef à la fin de décembre 2015. Son rapport constitue son héritage qui devrait nous guider pendant plusieurs années.

Cette fonction est délicate. Pour être crédible le Forestier en chef doit être neutre, tout en intégrant suffisamment la machine gouvernementale pour l’amener à changer. Il s’agit aussi d’une tâche complexe à mener si l’on ne dispose pas de moyens suffisants.

Nous le remercions pour son approche positive et son humble attitude qui grandissent toujours ce genre de fonction.