Alain Demers

L’invasion du coyote

3 Sep. 2014

Le coyote est de plus en plus abondant au Québec, non seulement dans les régions agroforestières au sud du Saint-Laurent mais aussi plus au nord. Cette expansion qui touche également l’Ontario a produit un phénomène inattendu: les croisements entre coyote et loup. De plus en plus répandu chez nos voisins du Sud, ce nouvel animal croisé est désigné par des biologistes de la faune sous le nom de coywolf.

C’est en regardant un docu­ mentaire de la série Nature sur PBS que j’ai appris l’existence du phénomène même hors de nos frontières. Chez nous, l’invasion du co­yote est documentée depuis plusieurs décennies. Des cas de croisements ont aussi été signalés. Mais ce qui m’a frappé dans le documentaire, c’est la remarquable adapta­tion des hybrides «coyote­loup» qui savent tirer parti de la présence humaine.

Des croisés

Les scènes qui ont été filmées ont de quoi étonner. On voit jouer des enfants dans un parc alors qu’un coyote croi­sé circule le long d’un boisé ou entre deux pentes sans que les gens ne s’en ren­ dent compte. On voit aussi des bêtes circuler librement la nuit en banlieue, dans des lieux peu éclairés, prenant ainsi garde de ne pas être vues. Ces hybrides sont même ren­dus en ville. Il y a une popu­lation établie à Chicago. On en a aussi vu à New York et à Toronto. Des coyotes ou des hybrides ont également été aperçus sur l’île de Montréal, notamment dans l’est, au ter­rain de golf.

Étaient ­ils attirés par les chevreuils qui se tien­nent dans les boisés bordant le cimetière? En fait, en milieu urbain, les coyotes peuvent très bien manger sans avoir à pour­ suivre les chevreuils. En ville et en banlieue, comme le faisait ressortir le documen­taire, les animaux abondent et sont plus faciles à capturer qu’en forêt. C’est le cas des écureuils, des chats ou en­ core des bernaches qui vien­ nent brouter sans méfiance le gazon des parcs riverains.

Expansion

Nous sommes ici bien loin de la nature sauvage même si au fond, tout est relié. Évitant la présence humaine, le loup a quitté les boisés morcelés des régions habitées pour les grandes forêts. Plus adapta­bles, le coyote et son hybride avec le loup sont venus pren­dre la place vacante. Jusqu’où ira l’expansion? Verra­t­on des hybrides à Sherbrooke, à Lac Mégantic ou à Gatineau, aux portes d’Ottawa? La question mérite d’être posée.

D’ailleurs, dans le journal Le Droit en septembre dernier, le chroniqueur DENIS GRATTON rapportait qu’un ami avait aperçu plusieurs fois un coyote au terrain de golf Château Richer, à Gatineau, secteur d’Aylmer, tout près des maisons. L’ami en question, rapporte ­t’­on, a même aperçu le canidé au 14e trou avec un chat dans la gueule! Était­ce un hybride ou un co­yote «ordinaire» ? Que ce soit l’un ou l’autre, comment expliquer une telle expansion? La voie de péné­tration par excellence sur des centaines de kilomètres serait le chemin de fer. En suivant les voies ferrées, les canidés se seraient ici et là introduits par des boisés, des vallées ou les abords d’un cours d’eau.

D’hier à aujourd’hui

Le coyote, faut­il le rappeler, est un animal très répandu à cause de sa grande capacité d’adaptation. On le retrouve dans la majeure partie des États-­Unis et même en Améri­que Centrale. Au Québec, ce canidé est établi depuis une cinquantaine d’années, fa­vorisé par le développement de l’agriculture. Il serait arrivé d’une part, par l’Ontario et les provinces de l’Ouest et d’autre part, par le sud de la région des Grands Lacs, les États de la Nouvelle ­Angleterre et le sud du Québec. La préférence marquée du coyote pour les régions agro­-forestières n’a pas été sans causer des problèmes à des éleveurs de bétail et en par­ticulier de moutons.

Dans les Cantons-­de­-l’Est, il y a une trentaine d’années, des agri­culteurs ont commencé à être victimes des méfaits de ce nouveau prédateur, des dizaines d’agneaux ayant été attaqués et dévorés. Des biologistes ont alors avancé que des éleveurs ont « tenté le diable» en al­lant déposer des carcasses d’animaux de ferme au bout de leur terre ou en laissant errer des agneaux et des pe­tits veaux près de la forêt.

Un contrôle des populations?

La présence du coyote a aussi semé la grogne chez plusieurs chasseurs. Ils considèrent qu’il détruit le cheptel de chevreuils faciles à capturer lorsqu’enfoncés dans la neige. Faut-­il établir des pro­grammes de contrôle avec les trappeurs? Pas sûr. Même si chasseurs ou éleveurs les croient justifiés, ces interven­tions ont leurs limites. Si on élimine quelques-uns de ces prédateurs, ceux­ci seront remplacés par d’autres un jour ou l’autre. Une étude du biologiste YVES JEAN a établi que les coyotes peuvent soutenir des réduc­tions de l’ordre de 70 p. cent de leur population. Si le nom­bre d’invididus dans la meute diminue, les femelles auront plus de jeunes l’année sui­vante! à

Original ou hybride?

Doit­on parler de coyote ou de coyote­loup? Les hybrides constituent­ils une minorité? La question n’est pas simple. Dans certains cas, affirment des biologistes, si les deux se retrouvent sur le même terri­toire, le loup peut tuer le co­yote. Aujourd’hui, au Québec, on sait que le territoire du loup et du coyote se recoupe, notamment là où les grandes forêts ne sont pas bien loin des zones habitées. Il en ré­sulte des hybrides.

Le documentaire de la série Nature va plus loin. Le biolo­giste JOHN BENSON a observé que non seulement les loups et les coyotes se reproduisent entre eux mais que dans le parc Algonquin en Ontario, certains coyotesloups et hy­brides vivent dans la même meute et élèvent leurs petits ensemble. Sauriez­-vous les distinguer? Le poids moyen d’un loup varie de 25 à 30 kilos com­ parativement à 16 kilos pour le coyote. Dans le docu­mentaire, on décrit l’hybride comme étant nettement plus gros que le coyote et un peu plus petit que le loup, tout en étant doté d’une fourrure épaisse. Si vous voyez un de ces canidés en forêt, vous saurez à quoi vous en tenir. À moins que vous en aperceviez un sur un terrain de golf…