Jocelyn Lessard

Lobby 101 vs biomasse forestière

21 Sep. 2017

Encore un autre angle pour essayer de comprendre pourquoi ce dossier ne progresse pas mieux. J’en suis indigné.

VÉRIFIER UNE RECETTE AVEC UN CAS CONCRET

J’ai assisté pendant le congrès de Coopératives et mutuelles Canada (CMC) à une conférence présentée par Bruce Anderson de la firme Summum Communications sur les stratégies de représentation politique. Je vais la résumer, l’interpréter et tester ses conseils par rapport au Plan d’action de la politique énergétique 2030.

L’ART DES RELATIONS PUBLIQUES

Selon monsieur Anderson, il existe une bonne différence entre obtenir une manifestation d’intérêt du gouvernement par rapport au passage à l’action. Déjà, pour manifester un intérêt, le gouvernement doit s’assurer de ne pas prendre de risque. Il est plus enclin à confirmer son intérêt quand il n’est question que de réaliser des études.

Pour passer de l’intérêt à l’action, les politiciens ont besoin de récompenses. Ils les obtiennent quand nos demandes contribuent à les aider à respecter leurs engagements. Il est plus facile de les faire bouger quand on s’intègre dans leur programme. La notion de risque doit être aussi considérée à cette étape. Est-ce que notre demande menace de provoquer des controverses? Est-ce qu’elle est suffisamment appuyée par des études crédibles ou des démonstrations concrètes qu’elle fonctionne?

Les politiciens n’aiment pas non plus les propositions qui amènent des ruptures avec ce qui est connu. Ils préfèrent des transitions douces et sans heurt. Ils aiment les propositions qui conduisent à des actions rapides et à des effets immédiats. Ils aiment moins quand la décision ramène le dossier dans la bureaucratie.

LE CAS DE LA BIOMASSE FORESTIÈRE POUR LA CHAUFFE

Dans son plan d’action, le ministre Arcand est incapable d’écrire les mots «biomasse forestière pour la chauffe». Certes, il est encore possible d’espérer que notre filière soit incluse dans certaines mesures du plan d’action, mais comment expliquer cette omission?

Des études abondantes ont été réalisées en collaboration avec des ministères, le support de firmes crédibles et des instituts de recherche reconnus. Elles portaient sur la rentabilité économique et financière, la confirmation des bénéfices environnementaux et les saines pratiques de récolte et de conditionnement.

La ressource est abondante, la technologie mature et la filière offre les meilleurs bénéfices en termes de réduction de GES et de bilan énergétique. Parmi les programmes financés par le Fonds vert, elle est parmi les mesures les moins coûteuses par tonne de GES évités. L’efficacité énergétique permet de mobiliser facilement la ressource. C’est la filière qui crée le plus d’emplois. Quand elle se situe dans sa configuration optimale, en utilisant de la biomasse résiduelle, dans un circuit court pour remplacer des carburants fossiles, ses vertus devraient la placer au sommet des priorités gouvernementales. Des projets existants démontrent que ces avantages sont bien réels.

SOMMES-NOUS SUR LA COCHE?

Nous avons obtenu la confirmation de l’intérêt des politiciens et les études ont été réalisées. Avec ses engagements très ambitieux pour réduire les GES, nous cadrons forcément avec le programme du gouvernement de Philippe Couillard. En plus, avec son fonds vert, il subit une forte pression pour concrétiser ses engagements et réduire le coût de ses mesures. Il doit même s’assurer de ne pas provoquer de sortie de fonds vers d’autres administrations avec son engagement envers la bourse du carbone.

Est-ce que les politiciens peuvent être récompensés en supportant cette filière? Chaque projet financé fait l’objet d’une annonce en présence de politiciens. Le premier ministre, Philipe Couillard, lors de l’annonce de l’investissement dans la bouilloire à Petit-Paris était convaincant. Sans aucune note, il a démontré qu’il comprenait parfaitement tous les avantages de cette filière. Les risques de controverse sont très faibles, les projets obtenant toujours une forte acceptabilité sociale, même de la part de groupes environnementaux exigeants comme Nature Québec.

La filière a encore besoin d’être structurée pour générer des économies d’échelle et pour standardiser les processus, mais tout est prêt pour un déploiement rapide. Dès que les programmes sont financés, ils connaissent un succès immédiat. Svp, aidez-moi à comprendre. C’est quoi le problème? Le manque d’intérêt pour des projets à l’échelle des communautés? L’absence de gros joueurs du secteur énergétique? Si vous croisez votre député, posez-lui la question. Bel été à vous tous.