Alain Demers

Loisirs en forêt: des nouvelles «cabanes»

4 Fév. 2015

Si j’aime bien me retrouver dans le camp de chasse de mon bon ami Charles à Saint-Michel-des-Saints, je dois avouer me plaire dans les nouveaux écogîtes, à louer ici et là au Québec. Fort belles, ces cabanes sont encore plus confortables qu’un camp.

Entre vous et moi, je n’ose pas trop en parler à Charles, lui qui a pris plusieurs semaines de congé pour bâtir son camp. Et en plus, il l’a construit avec les pins que son père a plantés il y a des décennies sur la terre familiale. Pour mon ami, il y a là une valeur sentimentale inestimable.

Mais si on s’en tient strictement au confort et à l’allure des cabanes nouvelle génération, le camp de chasse semble sorti d’une autre époque, un peu comme les raquettes de babiche. Ça ne m’empêche pas d’aimer les deux.

Les nouveaux gîtes forestiers demeurent à découvrir pour un séjour… à moins que vous soyez tenté vous aussi d’en construire un sur votre lot boisé pour en faire la location.

Un phénomène

Apparus il y a seulement quelques années, les gîtes forestiers érigés sur des terres privées et sur des terres de la Couronne sont vite devenus populaires pour un court séjour.

Le phénomène s’explique facilement. Les refuges comme on en retrouve dans les parcs nationaux du Québec sont vieillots et inconfortables. Qui donc a encore envie de coucher sur un mince petit matelas bleu qu’il faut apporter bien roulé au-dessus de son sac à dos?

Louer un chalet n’est pas donné mais s’avère aussi confortable qu’à la maison. En fait, les nouvelles cabanes se trouvent justement entre le refuge et le chalet. Les prix de location sont en conséquence, soit de 70$ à 150$ par jour pour deux personnes.

Selon les cabanes, l’énergie solaire produit l’éclairage et fait fonctionner un frigo. Quand il y a un poêle pour la cuisson, il est alimenté au propane. Plus souvent qu’autrement, on retrouve un poêle à bois à combustion lente.

Voici quelques établissements où j’ai séjourné:

KABANIA

Suite à un voyage en Inde, MATHIEU GUILBAULT, photographe, a eu l’idée de construire un petit village de cabanes sur pilotis avec sa partenaire, MARIE-CHRISTINE TREMBLAY, artiste maquilleuse.

Kabania a ainsi ouvert en 2011 avec neuf cabanes, aux abords du parc régional de la Forêt Ouareau, à Notre-Dame-de-la-Merci dans Lanaudière. L’année suivante, se sont ajoutées sept cabanitas, conçues pour deux personnes et perchées dans les arbres.

Depuis, a été érigée la Kaboum, la plus grande cabane des lieux, avec une capacité d’accueil de six personnes. Grands voyageurs, les propriétaires ont gardé le lien avec des gens venus d’ailleurs, au point de leur échanger un séjour de plusieurs semaines contre de l’aide à l’entretien du site.

Fascinés par le Québec et nos grands espaces sauvages, ces globe-trotteurs d’outre mer viennent de France, d’Australie et d’ailleurs. Abritant une cuisine et une salle communes ainsi qu’un bloc sanitaire, les deux bâtiments communautaires donnent l’occasion aux vacanciers de se côtoyer.

Les randonneurs sont choyés.Un sentier mène au parc régional, un territoire à ex- plorer en raquettes pour ses beaux paysages.

CHEZ ROGER L’ERMITE

Aussi dans Lanaudière, à Saint-Côme, Chez Roger l’Ermite se distingue avec ses quatre cabanes dotées des commodités de base. Des panneaux solaires produisent l’énergie pour le frigo et l’éclairage. Le poêle est alimenté au gaz propane. Un contenant d’eau de 20 litres muni d’un petit robinet est à notre disposition. Une pièce abrite la toilette à compost.

Les cabanes et les meubles sont conçus avec du bois récupéré lors des travaux du propriétaire MARTIN PARADIS, effectués par son entreprise d’élagage. Ayant entreposé pendant neuf ans tout le bois des arbres, il a finalement ouvert sa première cabane en 2010, Le Bercail.

C’est presque 10 ans après être allé se perfectionner en Louisiane pendant plusieurs mois, Martin ayant une formation en arboriculture. Inspiré par les méthodes des Américains du Sud et par leur fort intérêt pour les arbres, il a patiemment récupéré et conservé le bois avec l’idée de construire des cabanes originales pour des séjours en forêt. Même des branches sont utilisées pour les rampes, comme quoi tout le bois possible est récupéré.

Avis aux intéressés : le parc de la Chute-à-Bull se trouve à une heure de raquettes. Après de grands froids, la chute finit par geler. Le coup d’œil est spectaculaire.

LES CÔTEAUX MISSISQUOI

Tout comme Martin Paradis, STÉPHANE ADAM construisait des petites cabanes dans le bois durant son enfance. Mais déjà, il rêvait d’ériger un jour des cabanes où l’on peut vraiment loger. Adepte de randonnée pédestre et de canot-camping pendant de nombreuses années, Stéphan avait toujours gardé en tête son idée de belle cabane en forêt.

Ainsi, en 1999, il a acheté une terre dans les Cantons-de-l’Est à Saint-Étienne-de-Bolton, laquelle venait de subir une coupe importante. Il s’est alors affairé à nettoyer la forêt et planter des arbres pour y développer plus tard un domaine écotouristique.

Le temps ayant fait son œuvre, le milieu naturel est redevenu attrayant à fréquenter. En 2011, Stéphan a mis sur pied deux yourtes et un bâtiment d’accueil, puis cette année, deux cabanes ont été construites. Éclairées à l’énergie solaire, les cabanes sont dotées d’un poêle à bois et d’un petit poêle au propane. On retrouve un lit et des matelas pour six personnes. Un réservoir d’eau de 18 litres est à la disposition des occupants. Il y a une toilette à compost intérieure, ce qu’on ne retrouve pas dans les yourtes. Accessibles en raquettes, les Sentiers de l’Estrie passent tout près.