Annie Beaupré

Main-d’œuvre : des orientations gouvernementales douteuses

14 Avr. 2022

Avez-vous récemment essayé de réserver dans un hôtel pour la tenue d’une rencontre? Vous êtes-vous retrouvés, tout comme moi, obligés de trouver une alternative au restaurant de l’hôtel qui a dû réduire ses heures et ses journées d’activités parce qu’il était incapable de recruter suffisamment de personnel? Vous êtes-vous retrouvés devant des étagères vides à l’épicerie? Ce sont là des exemples de la pénurie de main-d’œuvre qui touche tous les secteurs. Mais que fait notre gouvernement pour aider les entreprises à traverser cette crise?

Du jamais vu depuis 46 ans

En effet, le manque de main-d’œuvre fait mal à l’économie du Québec et de nombreuses entreprises sont contraintes de refuser des contrats ou encore réduire leur production. Cette pénurie frappe tous les secteurs d’activités. Selon le bulletin mensuel du marché du travail d’Emploi-Québec, le taux de chômage de la province était seulement à 4,1 % en mars dernier, son niveau le plus bas depuis 1976. Le premier enjeu de la grande majorité des entreprises du Québec est donc le recrutement de la main-d’œuvre.

Les stratégies mises de l’avant

Je joins ma voix à celles d’autres groupes d’affaires pour dire qu’on aurait pu faire mieux dans le budget pour la main-d’œuvre. Des investissements sont faits pour l’innovation et la modernisation et c’est bien, mais nous aurons tout de même besoin de main-d’œuvre, des humains qui participeront à la croissance de nos entreprises, et c’est là que les stratégies gouvernementales sont les plus difficiles à cerner.

Réduire le nombre de comités sectoriels : une aberration

Les comités sectoriels de main-d’œuvre sont des organismes autonomes formellement reconnus en vertu de la Loi favorisant le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre. Leur rôle est de définir les besoins en développement de la main-d’œuvre de leur secteur d’activité économique et de soutenir le développement des compétences de celle-ci. Les comités sectoriels, regroupant des représentants de travailleurs et des représentants d’employeurs d’un secteur d’activité, posent des diagnostics sur les principaux problèmes de main-d’œuvre dans leur secteur, puis élaborent et déploient les actions nécessaires pour y remédier. Ce sont là d’extraordinaires organes de concertation pour amener des solutions innovantes aux problèmes de main-d’œuvre d’un secteur. Il en existe présentement près de trente qui aident tant bien que mal leur secteur d’activité respectif à passer à travers la crise de main-d’œuvre qui fait rage. Et que fait le gouvernement pour soutenir ces organisations devenues plus que jamais des incontournables pour surmonter le principal défi de toutes les entreprises du Québec? Il gèle le budget de l’intervention sectorielle et appuie la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT) dans sa volonté de couper leur nombre de moitié. Mais est-ce vraiment le meilleur moment pour réformer un système qui prendra quelques années à se restabiliser? Pouvons-nous nous permettre, en pleine pénurie de main-d’œuvre, de mettre en péril un système qui a fait ses preuves avec les années et qui apporte de forts pertinents résultats?

Dans le secteur forestier, il existe deux comités sectoriels de main-d’œuvre : un en aménagement forestier, nommé ForêtCompétences, et un en transformation du bois, nommé Formabois. La CPMT a présenté son intention de fusionner ces deux comités sectoriels pour n’en faire qu’un seul. Cela reflète bien selon moi la méconnaissance du secteur forestier. Certes, les synergies au niveau forestier entre l’aménagement et la transformation doivent se faire. Je suis la première à l’admettre. Cependant, au niveau de la main-d’œuvre, le secteur de l’aménagement forestier a peu d’enjeux communs avec celui de la transformation. Dans le secteur de l’aménagement forestier, des enjeux comme la saisonnalité, le travail au rendement, la vie en camps forestiers et les fréquents déplacements des travailleurs rendant la conciliation travail-vie personnelle difficile, de même que le manque de relève entrepreneuriale sont des enjeux d’une extrême importance, mais ceux-ci sont très loin de la réalité des travailleurs de l’industrie de la transformation du bois. Comment la CPMT peut-elle croire que ce soit une bonne idée de mettre les enjeux des travailleurs de l’aménagement et de l’approvisionnement forestiers dans un même comité sectoriel que celui de la transformation qui ne cesse de répéter, et avec raison, que le coût de la fibre est trop élevé au Québec, et ce, quand l’un représente les coûts de l’autre?

La Fédération québécoise des coopératives forestières s’opposera fermement à toute fusion de ForêtCompétences avec un autre comité sectoriel, car cela va à l’encontre des besoins de ses membres et de la main-d’œuvre qui y évolue. Des représentations seront effectuées en ce sens. Joignez-vous à nous!