Jocelyn Lessard

Notre part pour le climat

2 Nov. 2018

Le récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) a encore secoué le cocotier. Je n’aime pas les donneurs de leçons, mais, pour le climat, je plonge.

DANS QUEL SEGMENT ÊTES-VOUS ?

La segmentation des opinions face à la menace des changements climatiques est vaste. Il y a ceux, bien rares j’espère, qui n’ont pas encore entendu parler du problème. Les climatosceptiques ont une posture délicate à défendre. Ils savent, mais ils contestent que l’activité humaine soit responsable ou que les fondements scientifiques ne sont pas suffisants pour justifier ces cris d’alarme.

Ceux qui me découragent le plus acceptent la menace, mais ils décident de ne rien faire pour simplement ne pas compromettre leur confort. Enfin, il y a tous ceux qui admettent la gravité de la situation, mais qui se sentent paralysés par leur impuissance. J’imagine que la majorité se trouve dans ce segment et c’est surtout à eux que je m’adresse. Enfin, il y a le petit nombre qui se mobilise, manifeste et agit pour réduire ses émissions.

Il est urgent de mobiliser les impuissants. Ils réduiraient alors leurs émissions, mais, surtout, les pouvoirs politiques sauront reconnaître le moment de bascule où suffisamment de gens bougent. Les élus auront alors la légitimité de contraindre tout le monde. Les médias clament que l’environnement est important, mais ceux qui sont prêts à se sacrifier un certain style de vie sont encore trop minoritaires.

J’ai des amis que j’apprécie beaucoup qui illustrent bien l’ampleur du défi. Ils aiment leurs enfants et ils adorent leurs petits-enfants. En même temps, ils entretiennent une empreinte écologique profonde. Ils ne font pas le lien entre leur style de vie de grands émetteurs de GES et l’avenir qu’ils vont laisser à leurs héritiers.

Promis, nous allons faire un gros party, si dans trente ans la température moyenne n’a pas augmenté, mais sommes-nous prêts à prendre le risque que les scénarios catastrophiques se produisent? Sans rien faire pour les éviter? Êtes-vous conscients que les premières prédictions climatiques se confirment toujours avec les pires scénarios ?

PRÊTS À PASSER À L’ACTION?

Je pourrais vous parler de l’influence des politiques publiques, notamment pour favoriser l’aménagement forestier durable ou l’utilisation de la biomasse pour la chauffe. Je pourrais aussi vous parler des mauvaises bonnes idées comme favoriser le recours au gaz naturel. Sa forte proportion de méthane et les émissions fugitives font en sorte que cette source d’énergie est probablement aussi nocive pour le climat.

Je veux plutôt vous interpeller directement comme individu capable de faire sa part. Il est urgent que nous soyons assez nombreux pour faire passer le message pour nos élus. Chaque année perdue ne se rattrape plus. Les experts croient qu’avec des politiques agressives et la mobilisation des personnes il est possible de limiter la hausse de la température à 1,5 degré. Pour avoir un effet, les individus doivent se concentrer sur : l’automobile, l’habitation, l’alimentation et les voyages en avion.

Les travailleurs forestiers ont des contraintes que je reconnais. On n’entre pas en forêt pour travailler en vélo, en Volt ou en Prius. Pourtant, nous devons trouver le moyen de contribuer. Est-il nécessaire d’avoir des loisirs qui consomment du carburant ? La randonnée, le vélo, la raquette, la voile et le ski de fond ne sont-ils pas favorables pour votre santé? Est-il possible d’augmenter le covoiturage pour se rendre en forêt? Est-ce que vous pouvez acquérir un modèle qui consomme moins? Êtes-vous obligés de manger autant de viande? Quelle est la source d’énergie de votre maison, et surtout, est-elle bien isolée?

Où sont passés les râteaux pour ramasser les feuilles sur les pelouses? Est-il nécessaire d’aller dans le Sud à chaque année ? Je me doute que je vais faire fâcher plusieurs personnes avec ce texte. On va me dire de me mêler de mes affaires. Je suis moi-même loin d’être parfait. Malgré ce risque de déplaire, je crois que nous avons tous le devoir de faire quelque chose pour briser ce sentiment d’impuissance. Nous devrions laisser le seul héritage qui conte : une planète habitable. Enfin, dernier conseil de donneur de leçons, soyez au moins conscients de l’énorme privilège que nous avons de vivre dans un environnement encore « généralement » agréable, et profitez-en !