Marc Beaudoin

Notre plus grande richesse

25 Oct. 2012

On le répète sans cesse, les groupements forestiers sont un actif pour les régions et le secteur forestier du Québec. C’est un fait. C’est pour cette raison que l’État a décidé de reconnaître notre modèle d’affaires.

Les groupements forestiers agissent souvent comme dernier rempart pour le maintien des conditions des travailleurs, incluant les propriétaires. Et souvent, ils représentent dans leur communauté un employeur de choix. Savez-vous que, comparativement aux entreprises du secteur forestier, le taux de roulement de la main-d’oeuvre est 3 fois moindre chez les groupements forestiers? Si ce n’est pas un résultat probant, que peuton demander de plus?

Un processus important, deux sujets reliés

Si je vous parle de notre capacité à intéresser la main-d’oeuvre au travail forestier, c’est qu’il y a actuellement des travaux concernant l’implantation de décisions du rendez-vous sur la forêt privée qui sont très intéressants. Deux m’interpellent plus particulièrement, à savoir la mise en place d’un processus d’établissement de la valeur des taux et la protection des conditions des travailleurs. À ce sujet, nous avons déposé un mémoire au MRN il y a quelques semaines. Il est nécessaire de se rappeler que ces décisions émanent de l’inconfort du MRN face à la multitude de méthodes d’établissement de la valeur des taux et le doute persistant sur la véracité des résultats en constatant les écarts importants observés d’une région à l’autre. Ainsi, le MRN et ses partenaires ont convenu qu’il était nécessaire de s’assurer d’une évaluation juste de la valeur des travaux, de s’assurer que les conditions des travailleurs sont préservées, et enfin, de garantir au Conseil du trésor du Québec la robustesse des données et des résultats.

Voir différemment la main-d’oeuvre

Le défi de la main-d’oeuvre est l’un des plus importants auquel nous devons faire face. Depuis plusieurs décennies, des efforts importants ont été consentis pour rationaliser les opérations forestières. Malheureusement, nous avons souvent gardé comme hypothèse que la main-d’oeuvre sylvicole serait au rendez-vous. Force est d’admettre qu’aujourd’hui, nous observons une raréfaction de cette main-d’oeuvre. Ainsi, la question ne peut plus se limiter à étudier quels sont les coûts actuels de la main-d’oeuvre dans la valeur de réalisation des travaux sylvicoles. Elle doit beaucoup plus être abordée en se questionnant sur quels sont les métiers dans la région qui viennent nous compétitionner pour le recrutement de la main-d’oeuvre?

Des exemples?

Nos travailleurs de l’Abitibi sont fortement sollicités par la filière minière. Oui, le travail est différent, mais lorsque l’on vous offre du travail «garanti» sur une plus longue période avec un salaire plus intéressant, c’est difficile de ne pas y penser, non? Autre cas, l’avènement du nouveau régime forestier a fait en sorte que nos techniciens et ingénieurs forestiers ont été très courtisés par le MRN. Fonds de pension, journées de travail plus courtes, sécurité d’emploi, etc. Difficile de compétitionner pour l’instant. Si nous voulons garder notre maind’oeuvre, il faudra pouvoir offrir des emplois à des conditions équivalentes. Or actuellement, la grande majorité des entreprises sylvicoles font en-deçà de 6% de bénéfice avant impôts. Ce n’est pas une marge de manoeuvre qui permet d’offrir des conditions de travail compétitives. L’exercice d’établissement des taux doit tenir compte de cette nouvelle réalité. Le calcul doit non seulement déterminer ce que gagne actuellement la main-d’oeuvre impliquée, mais aussi ce qu’elle devrait gagner, avantages sociaux associés, afin de maintenir une force de travail compétente dans les prochaines années. Les travaux sylvicoles doivent, en plus de tout cela, demeurer un investissement. Outre les retombées économiques indirectes et sociales, un traitement doit assurer un certain rendement. Nous avons d’un côté un taux maximum, passé lequel la sylviculture devient questionnable et de l’autre, une main-d’oeuvre dont les conditions se doivent d’être revues et améliorées. La marge d’intervention devient soudainement plus complexe.

Rigueur et considération

Nous supportons totalement le ministère dans sa démarche. Mais nous servirons aussi de chien de garde. Nous tenons à ce que l’on garde en tête que les torts causés aux travailleurs, aux propriétaires et à leurs organisations par une évaluation non rigoureuse des coûts de réalisation des travaux sylvicoles pourront difficilement être réparés à posteriori. Et que, le marché de l’emploi oblige, nous marchons sur des oeufs. Il importe donc que l’évaluation des coûts se base sur des données valables et que l’exercice permette enfin au secteur de l’aménagement sylvicole d’être un domaine d’emplois valorisés.