Marc Beaudoin

Quand on mélange tout!

13 Mai. 2014

La folie du jour chez les jeunes garçons, c’est de faire des batailles avec des fusils Nerf. Nerf? Oui, oui, vous vous rappelez les balles de mousse? Maintenant ils font des fusils avec ça. Il y a même des armes automatiques qui fonctionnent avec des piles.

Tous les jeunes garçons en ont un. Je ne sais pas pour quelle raison, mais mon sous-sol sert de champ de bataille. Au début, le derrière des meubles offrait une belle cachette, mais petit à petit, les gars ont eu besoin d’équipement supplémentaire. La dernière fois, ils ont sorti la vieille maison de Barbie pour faire office de ruine. Quand mes «appelants d’oies» se sont retrouvés tout le tour de mon fauteuil (j’en ai 300), il a fallu que je mette mon pied à terre. Une petite discussion s’en est suivi. -Thomas! Tu peux jouer, mais ramasse tout après. – Oui, oui! – Oui, oui, quoi ? et l’échange se poursuit jusqu’à ce que son ami nous fasse une proposition des plus surprenantes. – Monsieur Beaudoin, si c’est trop compliqué de tout ramasser, je pourrais partir avec les fusils de Thomas, comme ça on ne ferait plus de batailles dans le sous-sol! – Oui! bonne idée, mais on va faire autre chose quand même…

Un beau champ de bataille

Lors du Rendez-vous sur la forêt privée de mai 2011, il avait été convenu de développer une mécanique d’établissement des taux applicable à toutes les agences du Québec. Cette décision était appuyée par la volonté commune de définir le coût réel de la réalisation des traitements sylvicoles et d’expliquer les écarts entre les régions. Les agences de mise en valeur des forêts privées ont été saisies de cette volonté et ont, en collaboration avec le MRN, développé un mécanisme d’évaluation de la valeur de réalisation des travaux sylvicoles. L’application de cette méthode s’est faite différemment d’une région à l’autre et avec un succès tout aussi variable. Bien que pour les travaux non–commerciaux les résultats semblent satisfaisants certains sont mal à l’aise avec les résultats des calculs de la valeur des travaux commerciaux. On avance même l’idée de retirer l’intrant «redevance au propriétaire» dans le calcul de l’aide financière pour les travaux commerciaux pour obtenir des résultats plus «justes».

Le droit de coupe au propriétaire, une nécessité

Le droit de coupe est un montant d’argent donné à un propriétaire par un acheteur pour avoir le droit de récolter les bois sur son terrain. C’est la finalité du travail sylvicole qu’il a accompli depuis des années. S’il produit du bois, c’est pour avoir une rémunération lorsqu’il le coupe évidemment. À titre de propriétaire de la forêt publique, l’État retire une redevance prévisible et calculée pour tous les bois qui sont récoltés sur le territoire public. Faut-il comprendre que l’État désirerait dorénavant se passer de cette redevance en forêt publique? La réponse est non bien sûr. En forêt privée, ce doit être la même chose. Le retrait du calcul du droit de coupe dans l’évaluation des coûts de réalisation des travaux sylvicoles occulte une question fondamentale : «Pourquoi un propriétaire de lot boisé couperait ses arbres s’il n’obtient pas un revenu net à la fin de l’opération?» La réponse est fort simple, il ne les coupera pas, un point, c’est tout! En effet, avec la multiplication des usages d’un lot boisé, et la durée de vie du produit, il choisira dans bien des cas d’attendre pour obtenir un revenu satisfaisant. La chute des marchés du bois des dernières années illustre bien cette tendance. Les prix étaient très bas et les propriétaires ont diminué de moitié leurs livraisons aux usines. Dans ces conditions, il sera impossible de réaliser les travaux d’éclaircies commerciales que le MRN tenait tant à réaliser.

Le mauvais champ de bataille

En regardant tout cela, j’ai une impression de déjà-vu. C’est un peu comme si j’avais donné la permission à mon garçon de jouer avec ses fusils Nerf au sous-sol pour me rendre compte qu’il a envahi le salon et utilise ma nouvelle télévision comme barricade. S’il y a un problème avec les intrants de la formule, documentons les opérations! Si le calcul des droits de coupe n’est pas juste, mettons en place un nouveau système pour les estimer. Mais de grâce, n’utilisons pas des moyens détournés pour faire baisser la valeur des taux qui, à terme, vont créer plus de problèmes qu’autre chose. En tous les cas, pour nous c’est certain, nous ne laisserons pas des acteurs partir avec les redevances pour éviter, à moyen terme, de faire le ménage.