Jocelyn Lessard

Optimisme pour la prochaine période quinquennale sylvicole

21 Mar. 2018

Le ministre Luc Blanchette a pris position quant au cadre de réalisation des travaux sylvicoles pour la prochaine période quinquennale. Bonnes nouvelles, mais encore une petite inquiétude.

ACCORD AVEC LES ASSOCIATIONS

En personne et par une lettre officielle, le ministre Blanchette a donné son appui aux demandes des trois associations impliquées en sylviculture. Ces demandes s’inscrivaient dans un contexte précis d’inquiétudes pour la relève et de réponse aux principales recommandations du Vérificateur général.

Soulignons au passage l’excellent travail du MFFP et de Rexforêt qui ont dressé le bilan des cinq premières années du régime forestier, une source utile pour appuyer les réflexions qui ont conduit à ces demandes.

LA PLANIFICATION COLLABORATIVE

Pendant les premiers cinq ans, les entreprises sylvicoles ont souffert par rapport au mode de planification de l’ancien régime. Elles sont passées d’un système clés en main de planification et de prescription à un système par contrat avec beaucoup moins de responsabilités.

Plusieurs équipes techniques se sont étiolées pendant cette période. L’objectif de disposer d’une planification d’une année complète, avant le début des travaux, n’a pas été atteint non plus. Tous les acteurs veulent maintenant s’inscrire dans une démarche de planification collaborative.

L’objectif principal consiste à améliorer la performance de la planification, mais aussi de consolider les équipes techniques. Ces équipes constituent des composantes essentielles pour professionnaliser les entreprises sylvicoles. À cause des pénuries d’employés techniques, tant pour les entreprises que pour l’État, la collaboration et la recherche de synergie devient une évidence.

LA STABILISATION DES BUDGETS

Depuis 2013, les entreprises ont bénéficié d’ERTS stables. Des craintes sont apparues que cette stabilité soit compromise pour augmenter la part du libre marché. Tel que nous l’espérions, le ministre Blanchette a garanti aux entreprises le même niveau budgétaire. Il travaille plutôt à faire croître le budget des appels d’offres pour en faire augmenter la proportion.

L’AMÉLIORATION DU SYSTÈME D’APPEL D’OFFRES

En plus d’une augmentation de budget, qui devrait se confirmer lors de l’adoption du budget provincial, le MFFP s’est engagé à améliorer le système d’appel d’offres. Les règles devraient être plus claires et les résultats deviendraient utilisables pour la transposition dans la grille des taux. Le BMMB élaborera un guide pour décrire le fonctionnement du marché.

LA CONSOLIDATION DE L’INDUSTRIE

Il existe toujours plusieurs entreprises qui détiennent un historique dans ce marché. La majorité réalise d’autres activités. Jusqu’à maintenant, ces entreprises ne pouvaient pas vendre leur historique si elles ne voulaient pas céder leurs autres activités. En fonction de conditions qui restent à définir, notamment pour assurer un bon niveau de compétition par région et par famille de traitements, il sera possible de vendre des ERTS pour accélérer la consolidation.

DES INQUIÉTUDES RÉSIDUELLES

Une meilleure planification, des budgets supplémentaires pour les appels d’offres et une industrie consolidée amèneront des progrès indubitables. Pourquoi alors ressentir encore un malaise? La main-d’oeuvre sylvicole est vieillissante et la relève est absente, notamment à cause de la saisonnalité, la vie en campement et la rémunération à forfait. Cette vulnérabilité est sérieuse et la moindre perturbation de l’équilibre pourrait avoir des conséquences néfastes.

Mes inquiétudes ont deux origines. La première est fondée sur l’écart de perception qui semble subsister entre les deux côtés de la clôture. Plusieurs personnes du MFFP ont encore l’impression que les entrepreneurs sont vraiment chanceux d’avoir des ententes à long terme. Sera-t-il possible de s’entendre pour mettre en place une véritable planification collaborative qui intègre de légitimes préoccupations économiques, sociales et opérationnelles?

L’autre inquiétude concerne le libre marché. Deux forces vont s’opposer et l’une me semble privilégiée pour l’emporter. En transposant les résultats des AOP dans l’historique et dans les taux, les entreprises devront faire des choix. Si elles sont agressives, elles obtiendront plus de volumes à court terme et elles feront grandir leurs parts de marché. Cette agressivité conduira par contre à la diminution des taux. Allons-nous réussir à recruter et à retenir de nouveaux travailleurs dans un système où leur rémunération diminue?

Ce n’est pas facile d’imaginer un système différent quand c’est l’État qui confie des contrats à partir de fonds publics. Sera-til possible de continuer d’être créatif en poussant les consensus plus loin et en osant remettre en question le sacro-saint principe du prix le plus bas?