Renald Bernier

Où en est-on ?

21 Fév. 2013

Normalement, l’éditorial de décembre est le moment de tenir des propos plus légers, de préparer la période des Fêtes. Malheureusement, cette année ce ne sera pas le cas. Depuis quelques semaines, se succèdent lueurs d’espoir et nouvelles accablantes, confirmations et doutes. Au moment d’écrire ces lignes, l’incertitude persiste toujours. Il est temps de faire le point, de se mobiliser et de s’assurer que les événements suivront un cours logique d’ici mars 2013.

Supporter le régime

Depuis plus de 4 ans, RESAM contribue activement à l’élaboration du régime forestier. Tant en forêt privée que publique. Nous avons toujours cherché un équilibre entre les objectifs du MRN, les besoins des communautés forestières, ceux de nos partenaires et la capacité des groupements forestiers à jouer leur rôle. Pour y arriver, des compromis ont été nécessaires de part et d’autre. Mais alors que nous devrions nous jeter à l’eau et nager, un doute persiste : est-ce que toutes les conditions pour une mise en place efficace du régime forestier seront réunies à temps ? Les ressources seront-elles disponibles ? Va t’on plonger dans une piscine dans laquelle il manquera d’eau ? Ne vous méprenez pas. Nous supportons toujours le régime forestier et nous croyons qu’à terme, il sera très bénéfique pour le Québec. Par contre, aujourd’hui, en écrivant ce texte, je dois reconnaître que rien n’est encore confirmé pour les investissements en forêt privée alors que pour la forêt publique, ça semble réglé. J’observe que dans certaines régions, le profil économique s’est encore dégradé. Finalement je dois aussi reconnaître que les conditions du travail sylvicole ne se sont pas améliorées. On arrête toutes les machines, donc ? Non, pas du tout. On avance, comme on l’a toujours fait, car la seule chose qui accompagne le désir de perfection est l’immobilisme. Par contre, peutêtre que l’on peut se donner un peu plus de temps. Peut-être doit-on ajuster nos stratégies en fonction de l’état de nos régions.

La forêt privée

Il est impossible de dissocier la forêt privée de la forêt publique lorsque l’on met en place un régime forestier. En 2011, lors du Rendez-vous sur la forêt privée, nous avons tenté de créer une synergie entre les deux régimes de manière à augmenter la création de richesse. La pierre angulaire de notre réflexion consistait à s’appuyer sur un financement stable et suffisant de manière à permettre aux entreprises de penser au développement. Nous avons bien reçu le message de madame la ministre MARTINE OUELLET qui affirmait qu’« il est important que les montants attribués à l’entreprise privée pour l’ensemble des travaux sylvicoles soient maintenus». Nous ne pouvons qu’applaudir cette prise de position. Par contre, personne n’est en mesure de nous confirmer que cette volonté s’applique aussi à la forêt privée. Cette absence de confirmation jumelée à la présentation du budget provincial 2012 et au récent dépôt des crédits sème beaucoup d’inquiétude dans les régions. Estce que le financement du PIS sera renouvelé? Est-ce que les approches auprès du fédéral permettront de reconduire l’IPREFQ ? Le PCEF demeurera-t-il intact ? Le nouveau PRTF sera-t-il finalement instauré. Tous ces acronymes vous semblent du charabia mais sachez qu’ils constituent, avec le programme régulier d’aménagement, l’assise des travaux sylvicoles en forêt privée. Or, aucun signal ne nous indique que les sommes seront présentes en 2013! L’annonce de madame Ouellet est une bonne nouvelle et nous demeurons confiants que les sommes dirigées vers les entreprises pour la réalisation des travaux en forêt privée seront maintenues. Comment penser autrement ? Je n’ose même pas imaginer qu’un tel énoncé pourrait exclure la forêt privée. Particulièrement parce que nous parlons des mêmes travailleurs, des mêmes entreprises, des mêmes communautés. Qui plus est, ne pas maintenir les investissements sylvicoles priverait les régions de la contribution directe des propriétaires privés et mettrait en danger les investissements consentis depuis plus de 40 ans, faute de réaliser toute la recette sylvicole. Ce serait, depuis 1988, l’année ou l’État investirait le moins en forêt privée. Nombre de groupements forestiers et de conseillers indépendants ne résisteraient pas à un tel abandon de l’État ; les pertes d’emplois seraient à prévoir par centaines. En fait, c’est toute l’organisation de la forêt privée qui serait en péril. Alors nous mettons en garde l’État. Il est essentiel que les sommes dirigées sur le terrain ne diminuent pas par rapport à la saison dernière.

Les travaux sylvicoles en appels d’offres

RESAM est aussi inquiet de certaines dispositions concernant l’aménagement de la forêt publique. Dans un contexte ou l’État investissait suffisamment en sylviculture et où les conditions des travailleurs étaient préservées, voire en voie d’être améliorée, nous avons accepté l’idée d’un marché limité pour les travaux sylvicoles. Nous le supportons toujours. Or, les conditions économiques ont continué de se détériorer et les volumes de travaux proposés aux entreprises sont souvent très inférieurs à ceux estimés de prime abord. De plus, le processus d’appels d’offres et la signature d’ententes de réalisations sont très en retard. Des entreprises sont maintenant en danger et ne pourront plus supporter l’économie locale. Il est évident que certaines régions ne rencontrent plus les conditions de base afin de tenir un marché de 25% des travaux sylvicoles, voire un marché tout court. Il faudra très rapidement se pencher sur la question. Il sera impératif de limiter au maximum le volume d’appels d’offres au cours des prochaines années afin de s’approprier le mécanisme. Il sera aussi impératif de revoir le processus afin de tenir compte des réalités économiques des régions et mettre en place des mesures spécifiques pour préserver la vitalité des entreprises et de leur milieu.

Les différentes certifications

Nous en avons déjà discuté par le passé, mais l’imposition de différentes couches de normes pèse lourd dans le portefeuille des entreprises et de l’État sans nécessairement ajouter quelque valeur que ce soit. La norme ISO 14001 est très onéreuse et ne doit plus être imposée comme une condition préalable à la réalisation de travaux sylvicoles. Nous avons créé la norme PGES avec nos partenaires de manière à pouvoir ajouter des modules au besoin. Il est préférable de mettre un peu de temps pour bonifier cette norme que d’imposer une nouvelle structure de suivi. Ici, c’est le gros bon sens qui doit primer.

Appel à la mobilisation

Le 29 novembre dernier, constatant que le ministère des Ressources naturelles se voyait amputé de 23 % de ses fonds, je m’adressais personnellement aux présidents des groupements forestiers afin d’éclaircir la situation mais aussi, pour faire un appel à la mobilisation. La situation étant très sérieuse mais non désespérée si tous mettent l’épaule à la roue. Amis lecteurs, permettez-moi quelques lignes afin de réitérer mon invitation et de m’adresser directement à eux. Actuellement, RESAM est en liaison continue avec le MRN. Nous avons entre autres déposé une lettre expliquant les dangers de diriger moins d’argent sur le terrain que par le passé. Des approches de collaboration ont aussi été faites avec nos partenaires. Il faut faire attention de ne pas céder à la panique, mais Il est évident que les prochaines semaines seront cruciales pour l’avenir du financement de la forêt privée. RESAM continuera de rencontrer les décideurs pour leur faire valoir la pertinence d’investir en forêt privée et le danger de couper dans ces programmes. Mais les groupements forestiers auront aussi un rôle à jouer en sensibilisant les intervenants régionaux à la précarité de la situation. Rencontrez vos députés évidemment, mais aussi, assurez-vous d’obtenir des appuis de partenaires régionaux afin de donner des armes à vos députés et à notre ministre. Je suis confiant qu’en nous mobilisant, nous serons à même de non seulement sauver le financement des programmes de forêt privée mais aussi de positionner les groupements forestiers comme l’acteur qui permettra à la forêt privée de jouer son rôle de catalyseur économique des communautés forestières.

En conclusion

Nous désirons que soit mis en place le nouveau régime forestier. Plus que tout, nous désirons que ce régime soit une réussite. Il serait sage de prendre le temps de bien faire les choses plutôt que de précipiter nos gestes, car si le succès n’est pas au rendez-vous, les régions en pâtiront !

Épilogue

Permettez-moi au nom de RESAM, en mon nom personnel et au nom du directeur général à qui j’ai emprunté son espace de texte ce moisci, de vous souhaiter de joyeuses Fêtes et une bonne année 2013. Malgré l’ombre qui plane toujours, je suis convaincu que nous sommes en mesure, encore une fois, de tirer notre épingle du jeu.