Marc Beaudoin

Pensons un peu plus haut, un peu plus loin

28 Juin. 2018

Il y a quelques jours, on m’a invité à une rencontre de travail. En fait, plusieurs intervenants de différents milieux ont été approchés afin d’aider le gouvernement à identifier les priorités en matière de recherche en foresterie. J’étais très heureux d’apprendre que des acteurs de la forêt privée seraient au rendez-vous dès le départ. Je me suis donc préparé en conséquence.

Il s’agit d’un exercice très sérieux et qui demande beaucoup d’énergie. Toutefois, il a exigé de faire une introspection en profondeur. Qu’est-ce que ça prend à la forêt privée en termes de recherche, afin de tirer son épingle du jeu ? Ma première réponse : beaucoup ! En fait, il y a plein de sujets qui demanderaient à être approfondis. Plusieurs dans le domaine des connaissances fondamentales, d’autres qui touchent les applications techniques.

MÊME NIVEAU QUE LA FORÊT PUBLIQUE

Commençons donc ! Lorsque je regarde l’abondance de données en forêt publique, je dois admettre que je suis parfois jaloux. Ma première observation est donc la suivante : la nécessité d’amener les connaissances de base propres à la forêt privée au niveau de celles de la forêt publique. Nous pouvons initialement penser aux inventaires forestiers qui correspondent à la réalité des travaux en forêt privée. Certainement !.

Toutefois, nous venons de traverser une seconde période de consultations concernant la grille de taux en forêt privée. Il est apparu clairement que les données propres à la forêt privée manquaient cruellement. Le volume par tige, les prélèvements sont entre autres des thèmes à approfondir. Une campagne d’acquisition de connaissances de base est essentielle et non seulement sur l’écologie mais aussi sur les produits qui sortent de la forêt privée en vue d’atteindre la parité avec la forêt publique.

ANALYSE DE LA CHAÎNE DE PRODUCTION

Lorsque l’on initie quelqu’un aux différents processus propres à la forêt privée, le découragement se pointe rapidement. Statut de producteur, règlementations municipales, permis, contingent, rapports d’ingénieur, embauches de travailleurs, aide financière, etc. À eux seuls, ces mots peuvent occuper une équipe durant toute une saison. Bien que nous connaissions la lourdeur de ces processus, il est désormais temps d’en faire une cartographie juste et d’y accoler des coûts afin d’y voir plus clair.

En effet, il est relativement simple de comptabiliser des factures que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) paiera via un programme. Toutefois, il n’est pas évident pour la plupart des gens de comprendre ce qu’il en coûte aux acteurs de faire face à une telle lourdeur. Dans un contexte où une plus grande transparence dans l’utilisation des fonds publics est nécessaire, partout, nous ne pouvons passer outre.

TRANSPORT DE BOIS

La finalité de nos interventions est la récolte de bois. Qui dit récolte, dit aussi transport de bois. Or la réalité de la forêt privée est différente de celle de la forêt publique. Le système de transport avec chargeuse fixe et camion est très largement utilisé en forêt publique alors que celui avec autochargeuse est plus commun en forêt privée. Ce choix technologique a beaucoup à voir avec les conditions différentes rencontrées, telles que la multitude de produits différents, les chargements incomplets, les faibles volumes et la qualification particulière de la main-d’oeuvre.

En combinant ces facteurs avec le fait qu’une partie du transport du bois est sous la juridiction des syndicats de producteurs de bois, nous pouvons conclure que les mécanismes largement employés en forêt publique ne sont pas adaptés aux spécificités de la forêt privée.

PERFORMANCE DES ÉQUIPEMENTS EN FORÊT PRIVÉE

Les acteurs de la forêt privée relèvent quotidiennement le défi de la mobilisation des bois. Dans ce cadre, plusieurs d’entre nous ont investi des sommes importantes dans l’achat d’équipements performants. Toutefois, il s’agit d’investissements colossaux qui demandent une planification d’achats rigoureuse. Or, il existe peu d’analyses techniques qui permettent de réellement comprendre les performances des différents outils dans un contexte de forêt privée. Cette situation n’aide en rien l’intérêt ou le désir de devenir entrepreneur forestier en forêt privée.

EN GUISE DE CONCLUSION

Nous avons passé une journée à discuter de ces éléments. D’autres activités de ce genre devaient aussi avoir lieu. C’est très difficile d’en faire le résumé. Toutefois, ce qui me réjouit, c’est de voir que l’on a intégré des préoccupations de la forêt privée dès le début. C’est une bonne nouvelle. Par contre, ce qui m’inquiète c’est de voir que le déficit d’informations est très grand, ce qui demandera des efforts considérables dans l’avenir. À ce titre, il sera essentiel pour les partenaires de la forêt privée de s’assurer que notre voix sera toujours entendue.