Alain Demers

Perdrix tardives

21 Jan. 2014

Une fois les feuilles tombées, la plupart des chasseurs de perdrix rangent leur fusil alors qu’ils pourraient en profiter encore durant plusieurs semaines. En fait, pour les deux principales espèces, soient la gélinotte huppée et le tétras du Canada, la saison légale un peu partout au Québec s’étire maintenant jusqu’au 15 janvier.

Si vous ne possédez pas de lot boisé propice à la chasse à la perdrix, sachez que vous pouvez aller dans la réserve faunique La Vérendrye jusqu’à la même date. Cela dit, pour que vos excursions soient fructueuses, il y a deux conditions: éviter les grandes forêts matures non bordées de broussailles et marcher sur les rebords des boisés plutôt que dans le chemin.

Celles qui «bourgeonnent»

Il m’est arrivé plusieurs fois d’entendre des chasseurs, entre autres en Beauce, raconter à quel point il pouvait être facile d’abattre des perdrix lorsqu’elles se perchent en fin de journée pour manger des bourgeons de merisier. Un gars m’a dit le plus sérieusement du monde qu’un jour, il y avait tellement de perdrix en train de «bourgeonner » dans le même merisier que ça ressemblait à un arbre de Noël. Selon ses dires, il n’a eu qu’à les tirer une par une avec sa petite 22 jusqu’à ce qu’il atteigne sa limite, soit cinq perdrix. Entre vous et moi, je ne crois pas à ces histoires de chasse. Par contre, derrière toute anecdote, si exagérée soit-elle, il y a une part de vérité. Et la vérité, c’est que les perdrix, quand il commence à faire froid, ont souvent tendance à se percher pour manger des bourgeons. Par contre, ça ne semble pas se produire partout. Dans les secteurs habités du sud du Québec, je n’ai pas eu connaissance de ce phénomène. Serait-ce parce que les perdrix sont plus méfiantes et qu’elles hésitent à se tenir à découvert? C’est possible. Ou serait-ce parce qu’elles sont habituées à d’autres sources de nourriture dans les champs comme le trèfle ou les grains de maïs laissés après les récoltes?

Regarder en haut

Avant la tombée des feuilles, on chasse en scrutant le sol ou les abords des chemins. Mais une fois les feuilles tombées, il faut regarder régulièrement dans les arbres, surtout dans les régions où les perdrix ne sont pas farouches. Elles ne vont pas se percher seulement pour se nourrir de bourgeons. C’est aussi parce qu’avec le froid, la végétation au sol devient plus rare et les empêche de s’abriter. Elles se sentent alors plus en sécurité en hauteur. C’est vrai pour les gélinottes huppées mais c’est également vrai pour les tétras du Canada, parfois appelées perdrix noires.

Marcher dans les broussailles

Dans les secteurs habités où les perdrix sont plus farouches, il ne faut pas trop compter sur vos chances d’en voir une «branchée». Elles ont plutôt tendance à se tenir bien cachées aux abords des boisés, dans les broussailles ou sous des petits sapins. La façon la plus efficace de procéder consiste alors à marcher dans les broussailles, en battue. Cela fait en sorte qu’on tire souvent à l’envol, la chasse étant alors plus exigeante mais plus excitante. Ce n’est pas facile mais chaque coup de fusil est mémorable. Selon les boisés, les bordures que forment l’écotone sont constituées de ronces, d’aulnes, de fougères ou de jeunes arbres comme des bouleaux et des trembles. Cette végétation fournit beaucoup de nourriture, sous forme de feuilles, de fruits ou de bourgeons, selon les essences et la période de l’année. La végétation est parfois très dense, formant ainsi une cachette parfaite. Autre critère important pour un secteur propice: les buttes et les changements de niveau. Il y a deux raisons à cela: au printemps, ces monticules servent de promontoire pour que les coqs tambourinent et attirent les femelles. De plus, durant la saison de chasse, ils sont très utilisés car les perdrix s’y sentent bien cachées.

Champ de vision

Comme il s’agit souvent de tir à l’envol, la tombée des feuilles permet d’avoir un bien meilleur champ de vision. Au fur et à mesure que la saison avance, les fougères se dessèchent et s’aplatissent. Les hautes herbes aussi. Les perdrix se concentrent alors dans des bosquets et des talles de végétation encore debout. Se sentant camouflées mais craignant d’être vues si elles tentent de s’éloigner en marchant, les gélinottes attendent souvent que le chasseur soit tout près pour s’envoler. Résultat: elles finissent par jaillir des broussailles ou d’une talle de petits sapins à quelques mètres et presqu’à découvert. On y fait alors de très beaux coups de fusil.

L’arme idéale

Les rares francs tireurs de gélinotte ne jurent que par leur fusil de calibre 12 ou calibre 20 avec canons superposés. Comme le mécanisme de l’arme en réduit la longueur, il est plus facile et rapide de pointer un gibier en mouvement. Même si j’aime bien ce type d’arme, je ne saurais me passer de mon bon vieux fusil de calibre 12, semi-automatique, à canon tronçonné. Il faut alors modifier un fusil doté d’un canon conventionnel en faisant scier ce dernier chez un armurier. Une longueur de 26 po convient très bien. Personnellement, j’ai fait couper un canon à étranglement serré (full choke). À une longueur de 26 po, il en a résulté un étranglement cylindrique. La gerbe de plombs étant moins dense, c’est beaucoup plus approprié pour le tir à l’envol, à courte distance. Le petit plomb est de rigueur. Le no 7 1/2 m’apparaît une dimension idéale. Une charge standard est amplement suffisante.

Et vous les perdrix tardives, en chassez-vous?