Claude Dupuis

Politique énergétique: quelle place pour la biomasse forestière?

28 Nov. 2013

Le gouvernement actuel réfléchit à une nouvelle politique énergétique que le Québec doit se doter pour faire face aux enjeux de l’heure : dépendance au pétrole, changements climatiques, surplus d’électricité, etc. La biomasse forestière résiduelle possède de nombreux avantages qui doivent lui valoir d’obtenir une place de choix dans le portefeuille énergétique québécois.

Une commission sur les enjeux énergétiques

À l’initiative de la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, le gouvernement a mis sur pied une commission de consultation itinérante coprésidée par deux spécialistes de renom, Normand Mousseau et Roger Lanoue. Ceux-ci ont tenu plusieurs séances de consultation publique dans les différentes régions du Québec au cours des derniers mois et ils ont certainement entendu parler abondamment de biomasse forestière, car de nombreux mémoires traitent du sujet. La Fédération québécoise de coopératives forestières (FQCF) a aussi participé à cet exercice devant mener à la révision de la stratégie énergétique du Québec. Cette révision s’imposait pour plusieurs raisons dont, en ce qui nous concerne, celle d’une utilisation énergétique accrue de notre ressource (la biomasse forestière résiduelle) pour la production de chaleur en remplacement du mazout lourd et léger. Rappelons que la Stratégie énergétique 2006-2015 campait l’utilisation de la biomasse forestière dans la filière des biocarburants et plus spécifiquement, l’éthanol cellulosique. En 2009, le ministère des Ressources naturelles (MRN) présentait son plan de valorisation de la biomasse forestière où la filière de la production de chaleur supplantait celle de l’éthanol et se classait au premier rang des utilisations énergétiques projetées. Ainsi, quelques années seulement après le dépôt de ladite Stratégie, on pouvait déjà constater que les enjeux avaient changé et que des ajustements s’imposaient. La FQCF appuie donc l’initiative gouvernementale qui permettra, entre autres, de faire valoir les avantages d’une utilisation importante de la biomasse dans la filière de la production de chaleur et, par conséquent, devrait conduire à l’établissement d’objectifs ambitieux de développement de cette source d’énergie dans la nouvelle politique énergétique.

Une énergie mésestimée

Le document de consultation présente le portrait de l’énergie produite et consommée au Québec. On y apprend que la biomasse est la quatrième source d’énergie consommée par les Québécois derrière l’électricité, le pétrole et le gaz naturel. Fait intéressant à noter, l’énergie provenant de la biomasse représente 58 % de celle issue du gaz naturel, qui pourtant, fait l’objet de publicités constantes et de fréquentes interventions sur l’importance stratégique d’y avoir accès. Une autre comparaison surprenante peut être faite avec l’énergie éolienne qui, avec toutes les installations qui seront complétées en 2015, ne produira que 30 % de l’énergie générée actuellement à partir de la biomasse forestière. Malgré ces faits marquants, le document de consultation présente une analyse mitigée et plutôt décevante de l’utilisation énergétique de la biomasse. On soulève la faible maturité technologique de la filière des biocarburants ou on parle des effets nocifs de sa combustion lorsque la biomasse est mal utilisée ou encore, des coûts élevés de sa production en électricité sans mentionner que cette situation est associée à une faible utilisation de l’énergie thermique résiduelle du procédé. Appuyée d’une analyse rigoureuse et complète de la filière de la biomasse forestière pour la production de chaleur réalisée avec de nombreux partenaires et spécialistes en 2012-2013, la FQCF a profité de son passage à la Commission pour fournir aux coprésidents toutes les informations pertinentes sur cette filière qui justifient que celle-ci soit privilégiée. En effet, il s’agit de l’utilisation la plus performante qu’on puisse en faire tout en permettant de déplacer des produits pétroliers qu’on doit importer et qui coûte cher à l’économie du Québec. De plus, cette utilisation répond au fameux principe de la bonne énergie à la bonne place.

Filière vs orientations gouvernementales

L’approche retenue par le gouvernement pour définir la future politique énergétique du Québec est de tenter de concilier les enjeux énergétiques dont, l’atteinte d’une plus grande indépendance énergétique, avec ceux des changements climatiques et celui du développement économique de toutes les régions. La filière de la biomasse forestière pour la production de chaleur est certainement de celles qui concilient parfaitement ces enjeux. C’est pourquoi la FQCF s’attend à ce que les coprésidents recommandent à la ministre et au gouvernement d’appuyer son développement.