Alain Paradis

Pour la stratégie de production de bois

13 Nov. 2014

ROBERT BEAUREGARD, doyen de la faculté de foresterie et président du Chantier sur la production de bois, concluait le 14 octobre à Québec sa phase de consultation par la rencontre nationale. Cet éditorial vise à lui donner notre soutien.

Bravo monsieur le doyen

Le projet de stratégie déposé pour la consultation avait des imperfections, mais il touchait l’essentiel pour relancer le secteur forestier. Soyons prévenus, ce sera long, mais il faut prendre rapidement la bonne direction.

Le cœur de la proposition concerne le virage pour passer d’une logique de production de volumes vers une logique de production de valeur. Quand tout notre système repose sur la disponibilité de volumes et qu’il a une faible valeur, tout le monde écope.

Bien sûr, il faut que la valeur se traduise dans des volumes importants, nous ne ferions pas tourner plusieurs usines avec un seul arbre d’une très grande valeur. Nos stratégies sylvicoles doivent viser la production de volumes économiquement intéressants. La tendance constante de diminution du volume récoltée par tige traduit notre problème de faible valeur.

Le doyen nous propose une vision très intégrée de la chaîne de valeurs. Nous ne devons pas produire du bois sans objectif. Il faut tenir compte de notre capacité industrielle, mais il faut aussi entreprendre une modification de cette capacité pour viser des niches qui nous permettront de vendre des produits à plus grande valeur. C’est simple à dire, plus difficile à réaliser, mais avons-nous le choix ?

Enfin, en simplifiant, la stratégie de production de bois apporte une contribution à notre régime forestier parce qu’elle renforce le volet économique de la stratégie d’aménagement forestier durable. Ce volet est le parent pauvre, celui qui cède toujours le terrain face aux considérations environnementales et parfois sociales.

Le recentrage de la SADF avec un volet économique plus fort ne conduit pas à sacrifier les deux autres, mais le virage vers la valeur permettra de créer suffisamment de richesse pour les supporter. Robert Beauregard a conclu la rencon- tre de consultation en annonçant que son rapport final s’intéressera aux questions opérationnelles. Connaissant sa conviction pour la mise en place de sociétés d’aménagement, il faut s’attendre à une proposition qui bousculera un peu le cadre de notre actuel régime forestier, dont la reconnexion entre l’aménagiste et le transformateur, et c’est tout à fait souhaitable!

Des réactions inquiétantes

Les réactions des acteurs nous ramènent toujours au même point. Notre vision n’est pas commune et tous défendent leur position. Les groupes environnementaux et les autres utilisateurs des ressources ont manifesté une timide ouverture, mais ils ont insisté sur l’importance des autres ressources et de leur protection.

À un moment, j’ai même cru que la consultation portait davantage sur la création de valeur en forêt plutôt que sur une stratégie de production de bois. Soyons clair, il n’est pas question de renoncer à nos avancés en matière de gestion intégrée des ressources ou de protection de la biodiversité, mais ce que nous cherchons avec avidité est une stratégie de production de bois plus intensive qui respecte ces balises.

L’industrie forestière connait toujours des difficultés. Elle défend l’importance d’avoir accès à des volumes plus importants pour profiter de la légère amélioration des marchés. C’est pertinent et légitime. L’annonce du Forestier en chef de disponibiliser de volumes non récoltés constitue d’ailleurs une occasion qu’il faut saisir à court terme.

Cependant, ce sont deux dossiers séparés. Si l’industrie répond à la consultation en insistant pour avoir accès à des volumes plus importants et si elle reste silencieuse sur la proposition de la transition industrielle, cela envoie peut-être un mauvais signal quant à la pertinence de la proposition de stratégie.

La balle est dans votre camp monsieur le Ministre

Tous les ministres qui se succèdent avec la responsabilité des forêts répètent qu’ils ne sont pas là pour modifier le régime forestier, juste pour l’améliorer. Pour que nous réussissions à prendre le virage vers la valeur, il faudra beaucoup de leadership. LAURENT LESSARD a l’envergure pour exercer ce leadership. Laissons au doyen le temps de compléter son rapport, mais acceptez monsieur le ministre de revoir certains fondements du régime. Cela aidera pour convaincre tous les acteurs que nous ne pouvons pas nous priver de cette stratégie de production de bois.