Martin Béland

Pour notre précieuse main-d’oeuvre

21 Sep. 2017

Je me réjouis de l’intérêt que porte maintenant le secteur forestier pour sa main-d’oeuvre. Voici une brève réflexion pour l’aménagement forestier.

Pratiquement tous les secteurs économiques de la province réalisent qu’il devient plus laborieux de trouver une main-d’oeuvre compétente. Pour le secteur forestier, une sévère prise de conscience de cette problématique a émergé pendant le Forum Innovation Bois de Rivière-du-Loup. Quand les cinq grands secteurs industriels soulignent ensemble leurs inquiétudes face à leur capacité d’attirer de nouveaux travailleurs, il faut réagir. Est-ce possible que cela soit plus facile en forêt?

PROCHAINE PÉRIODE QUINQUENNALE SYLVICOLE

Nous complétons la dernière année de la première période quinquennale sylvicole et nous essayons de définir le fonctionnement de la prochaine. Le MFFP a effectué un travail colossal, en collaboration avec Rexforêt et les trois associations, qui représentent des entreprises sylvicoles, pour effectuer le bilan de la première période.

Tous les acteurs de l’activité sylvicole doivent être fiers de leurs réalisations. Alors que des changements de responsabilités drastiques ont été imposés, il a été possible de réaliser presque 100 % des travaux tout en atteignant une excellente qualité. Chapeau à tous les travailleurs pour avoir contribué à ce succès.

Ce bilan et plusieurs autres intrants, dont le sévère rapport du vérificateur général, nous permettent d’avoir toutes les cartes en main pour proposer la prochaine configuration du système. Ce qui risque de diviser le plus les parties dans les discussions à venir concernent les responsabilités techniques supplémentaires à confier aux entreprises et la tentation de libérer le marché.

Dans un contexte de pénurie de main d’oeuvre généralisée, les entreprises sylvicoles doivent persuader leurs employés de travailler seulement sur une base saisonnière, d’être payé à forfait, de vivre dans des camps et d’absorber tous les chocs que la nature impose, comme les extrême climatique, les insectes piqueurs et des conditions de terrain très variables.

En plus, ces travailleurs doivent gagner leur salaire en respectant des exigences techniques souvent complexes. Il faut espérer qu’ils aiment cela… Déjà les signes de pénuries sont apparents. En perdant les responsabilités techniques antérieures, des entreprises se dé-professionnalisent. Elles perdent des contremaîtres, des techniciens et des ingénieurs qui sont très difficiles à remplacer. Les reboiseurs se font rares et les débroussailleurs vieillissent rapidement. Pensez-vous que cela va aider si nous devons obtenir ces travaux dans une proportion encore plus importante sur le libre marché? Les trois associations ont déposé au ministre Blanchette quatre propositions concrètes pour faire en sorte que cette nouvelle période quinquennale donne plutôt un nouvel élan à la main-d’oeuvre sylvicole.

ENTREPRENEURS ET OPÉRATEURS DE RÉCOLTE ET DE TRANSPORT

Leur situation est moins bien documentée, mais plusieurs signes nous indiquent qu’il faut aussi agir avec prudence avec ce segment de l’aménagement forestier. Dans certaines régions, la pénurie d’entrepreneurs est visible. Les opérateurs talentueux sont aussi très en demande. Quand un entrepreneur en perd un, c’est une catastrophe qui affecte directement la rentabilité de ses coûteux équipements.

Certes, la majorité des ces employés ne sont pas payés à forfait, mais l’entrepreneur artisan qui possède les équipements est rémunéré en fonction de sa production, la pression est donc là aussi. Il est plus confortable d’être assis dans une cabine d’une machine sophistiquée quand il pleut, mais les journées sont longues et il faut beaucoup de débrouillardises et de courage pour opérer ces équipements en pleine nuit au plus froid de l’hiver.

Il faut aussi souvent accepter la vie en campement et les très longs déplacements en forêt pour être heureux dans ce métier. Le groupe de travail sur l’entrepreneuriat forestier se penche actuellement sur la situation de ces entreprises et travailleurs et il faudra trouver des réponses concrètes pour s’assurer de créer des conditions attrayantes pour ces travailleurs et entrepreneurs exceptionnels.

S’INTÉRESSER AU SYSTÈME

Il faut trouver des moyens concrets pour valoriser nos travailleurs forestiers, notamment pour renforcer leurs compétences et leur offrir des outils adaptés. Mais il ne faut pas se leurrer. Tous nos efforts seront vains si le système dans lequel évoluent les travailleurs n’est pas optimal. Une question fondamentale me semble encore se poser pour comprendre comment l’État peut à la fois être le fiduciaire des forêts et l’acteur dominant dans la sphère économique de l’activité forestière.