Alain Paradis

Pour un investissement sylvicole soutenu

3 Fév. 2015

Pour un investissement sylvicole soutenu

Au cours des dernières semaines, des rumeurs ont percolé annonçant une remise en question des investissements en sylviculture. Considérant la crise des finances publiques et les bouleversements qu’elle entraîne dans la société québécoise, il faut prendre ces rumeurs au sérieux.

Le ministre Lessard rassurant

Le premier ministre accompagné du nouveau ministre des Forêt, de la Faune et des Parcs annonçaient ce printemps un investissement supplémentaire de 42 millions de dollars pour la sylviculture. Quelques mois plus tard, un article du Journal de Québec annonce la remise en question du financement de la sylviculture.

L’article ne recevra pas de prix pour sa clarté. Aucune source n’était citée et il était impossible de comprendre de quoi il était vraiment question. Est-ce que la nouvelle portait pour la saison en cours ou celle de 2015 ? Était-il question de l’enveloppe supplémentaire ou du budget complet? Dans un contexte où le gouvernement coupe sévèrement dans plusieurs programmes, ce genre de nouvelles crée de l’incertitude et de l’inquiétude.

Heureusement, notre conseil d’administration a eu l’occasion de rencontrer le ministre Laurent Lessard, quelques jours seulement après cette «nouvelle». Nous avions plusieurs dossiers à aborder, mais nous l’avons bien sûr questionné à ce sujet. Il nous a rassurés. Il ne connaissait pas la source de la nouvelle et il nous a affirmé que non seulement il visait à renouveler le budget de 225 millions de dollars pour 2015-2016, mais qu’il tachait d’obtenir un engagement budgétaire de deux ans. En plus, il visait à attacher tout le processus dès le mois de février 2015.

Pourquoi continuer à investir en sylviculture ?

J’ai une grande confiance dans le ministre Lessard, mais je prends des précautions pour m’assurer qu’il aura tous les arguments en main pour convaincre ses collègues du conseil des ministres.

D’une part, parce que je sais que la compétition pour les ressources publiques sera féroce, mais aussi parce que parfois, même dans le secteur forestier, d’autres acteurs questionnent cet investissement par manque de vision à long terme.

Créer de la valeur

La plus grande raison qui justifie le maintien de l’investissement sylvicole est reliée à notre capacité de créer de la valeur en forêt. La sylviculture oriente la production vers les espèces et les tiges qui nous intéressent le plus. Nous devons miser sur la venue de peuplements proches du plein boisement avec des tiges ayant le plus de valeur possible. Cela commence avec une régénération adéquate qu’il faut ensuite éduquer pour obtenir les caractéristiques que l’on recherche. Toute la chaîne de valeurs profite de la présence de tiges de plus fort diamètre. L’entrepreneur forestier et le scieur augmentent leur productivité en manipulant des arbres plus gros et le panier de produits est plus intéressant. La forêt naturelle a besoin de beaucoup de temps pour arriver au même résultat.

Produire du volume

Des volumes de bois sans valeur ne rendent service à personne, mais pour faire tourner des usines, cela prend beaucoup de volume. La réduction du territoire forestier, qui joue d’autres rôles, menace l’approvisionnement de nos industriels. La sylviculture intensive, misant sur les traitements les plus rentables et les plus efficaces doit compenser. L’effort sylvicole est la preuve que nous misons sur la foresterie à long terme pour occuper notre territoire.

Réduire la vulnérabilité de la forêt

Avec la présence de la tordeuse des bourgeons d’épinettes, il est évident qu’il faut réduire la vulnérabilité de nos peuplements forestiers. Le sapin est très sympathique pendant le temps des fêtes, mais il ne faut pas compter sur lui pour sauver notre industrie à long terme.

En augmentant la proportion d’épinettes dans nos peuplements et en les éduquant convenablement, nous réduisons aussi les risques de chablis.

Créer des emplois

J’ai mis cet argument en bout de liste parce que je suis fatigué que l’on justifie la sylviculture seulement par la création d’emplois. Ce que nous produisons, est de la richesse et de la prospérité à long terme et par bonheur, cela crée aussi des emplois intéressants immédiatement en région. Alors que le bilan québécois en matière de création d’emplois n’est pas trop reluisant, cet argument sera certainement utile pour cadrer dans les priorités gouvernementales.