Jocelyn Lessard

Nos précieux travailleurs!

28 Nov. 2013

Selon le recensement que la FQCF vient de réaliser, la réduction du budget pour la réalisation des travaux sylvicoles a conduit ce printemps à la coupure dramatique de plus de 200 postes et au licenciement de 160 travailleurs, une majorité de débroussailleurs, mais aussi plusieurs reboiseurs.

Un drame à plusieurs facettes

Le drame le plus important se vit à l’échelle des individus qui ont perdu leur emploi. Lorsque plusieurs entreprises connaissent des difficultés semblables, il n’est pas facile de trouver un emploi dans son domaine d’expertise et sa région. Quand ils sont mal planifiés, les licenciements d’employés saisonniers sont encore plus douloureux parce qu’ils surviennent quand les personnes ont déjà épuisé leur prestation d’assuranceemploi. À l’échelle des coopératives, ce n’est pas réjouissant non plus. Le bris du lien d’emploi conduit à la perte du statut de membre. C’est encore plus déchirant de remercier l’un des copropriétaires qui faisaient partie de l’entreprise parfois depuis plusieurs années. À cause des règles d’ancienneté, la coopérative voit souvent partir les plus jeunes et parfois les plus productifs travailleurs, ce qui augmente les frais d’encadrement. En plus, la coopérative doit absorber la perte du chiffre d’affaires, ce qui accentue les pressions sur la rentabilité de l’entreprise à cause de l’importance des frais fixes. À l’échelle du secteur, le départ forcé de ces travailleurs entraîne une perte d’expertise. Il est pourtant très long et coûteux de former des travailleurs sylvicoles compétents. En plus de devoir compter sur une condition physique exceptionnelle, ils doivent maîtriser des connaissances avancées sur la forêt et appliquer des directives complexes en prenant à chaque seconde des décisions qui auront des effets majeurs sur la forêt de demain. Ajoutons à ce triste tableau que la majorité des coopératives n’ont considéré que le seul problème budgétaire pour constituer leurs équipes. Le fait de devoir composer aussi avec les effets de la réforme de l’assurance-emploi était trop difficile à court terme.

Des stratégies pour s’adapter

Les coopératives forestières sont heureuses de pouvoir bénéficier du programme de mesure de formation en entreprise (MFOR) pour former leurs travailleurs à développer de nouvelles compétences. Cette polyvalence accrue permet de prolonger les saisons de travail et de sauver des emplois. Emploi-Québec a fait preuve de beaucoup d’ouverture pour permettre aux entreprises de diversifier l’offre de formation pour placer la polyvalence des ouvriers au coeur du programme. La possibilité existait déjà d’acquérir une compétence supplémentaire parmi les trois reconnues jusqu’à maintenant, soit le débroussaillage, le reboisement et l’abattage manuel. Il sera dorénavant possible d’ajouter les techniques d’élagage, les travaux techniques pour effectuer des inventaires, les opérations mécanisées ou même la récolte des produits forestiers non ligneux. Ces options ne sont pas disponibles dans toutes les coopératives parce qu’elles doivent au préalable réaliser ces types de contrat. Soulignons aussi l’enthousiasme manifesté par plusieurs travailleurs qui comprennent qu’ils doivent s’adapter à la situation, même si ce n’était pas forcément leur premier choix. Les coopératives misent sur le libre marché des travaux sylvicoles pour augmenter leur volume de travail. Elles s’intéressent aussi aux appels d’offres d’Hydro-Québec et à tout autre client qui a besoin de la force de travail dont elles disposent. Certaines ont même commencé à recueillir des informations pour savoir, parmi leurs travailleurs, ceux qui ont déjà accumulé des semaines de travail pour s’assurer que leurs membres pourront tous se qualifier pour l’assurance-emploi.

Pouvons-nous voir venir?

Nos travailleurs sont trop précieux pour que nous puissions continuer à improviser comme cela. Comme la gestion de la forêt doit absolument s’inscrire dans le long terme, nous devons connaître longtemps à l’avance les besoins en main-d’oeuvre. D’une part, il faut éviter de continuer à nuire à notre réputation de secteur peu fiable, mais, d’autre part, nous devons avoir le temps de former nos ouvriers pour qu’ils possèdent les compétences dont nous avons besoin. Il est donc urgent de savoir collectivement où nous allons. Quels seront les travaux que nous devrons réaliser au cours des cinq prochaines années et est-ce que le budget est garanti, ce sont les deux informations dont nous avons absolument besoin. Mentionnons aussi que la tendance immédiate que nous constatons sur le libre marché n’est pas réjouissante. Nous pourrons difficilement absorber une détérioration des conditions de travail.