Renald Bernier

Prenons-nous en main et concrétisons nos espoirs

8 Oct. 2020

Il y a cinquante ans, des personnes comme Charles Banville, Jean-Marc Gendron et Gilles Roy, arrêtaient d’attendre le Messie. En effet, on leur avait annoncé que leur paroisse étaient marginales. Que le mieux que l’on pouvait faire était de déménager la population et de brûler ce qui restait des villages. Une espèce de crémation pour éviter de laisser des traces.

À quoi bon s’entêter! Le Bureau d’Aménagement de l’Est-du-Québec (BAEQ) avait élaboré un plan directeur d’aménagement visant à redynamiser et consolider l’économie. Dix volumes, 2000 pages d’explications et plus de 231 recommandations dans lesquelles on y aborde des questions aussi diversifiées que l’éducation, les transports, le tourisme, l’agriculture, la forêt. Mais la mesure la plus spectaculaire était sans contredit la fermeture des paroisses marginales.

Aide-toi et le ciel t’aidera!

Le Messie n’arriverait pas. Dix municipalités étaient déjà rayées de la carte.  Plus de 70 autres devaient disparaître sous peu. Pas facile de déraciner une population sans laisser des traces profondes. Mais plutôt que de subir cet enfer, les gens ont décidé de donner un coup de main au Ciel.

Refusant d’accepter le sort, le 22 septembre 1970, Sainte-Paule devint le lieu d’une manifestation réunissant plus de 3000 personnes venues défendre leur droit à habiter leurs municipalités et à vivre de la forêt qui les entoure. Opération dignité Ie voyait le jour.  Ce fut la plus importante mobilisation en milieu rural de l’histoire du Canada.

Ce qu’il y a de fascinant avec les opérations dignité I, II et III, ce n’est pas seulement qu’il y ait eu des manifestations. Des manifestations, on en voit régulièrement. Ce n’est pas d’avoir soulevé l’indignation ou d’avoir décrié une injustice. C’est d’avoir décidé de se prendre en main. De décider ce que l’on voulait et de prendre les moyens pour arriver à nos fins. Parmi ces moyens, figure l’apparition des groupements forestiers. Le premier, celui de Ristigouche, apparaît en 1971.

Un devoir de mémoire

Le 50ème anniversaire des opérations marque un jalon important dans l’histoire du développement régionale et de la gestion des forêts. Nous devons faire en sorte que ce souvenir ne nous quitte jamais. Il faut se rappeler que des hommes qui jusque-là̀ étaient cultivateurs, bucherons, «jobbeurs», camionneurs ou commerçants, sont devenus des administrateurs et gestionnaires d’entreprises collectives vouées à la gestion intégrée des ressources. Il faut se souvenir qu’ensemble, nous pouvons changer le cours des choses et que tout est à notre portée. Pour peu qu’on se force à bouger nous-même.

Mais ce devoir de mémoire ne doit pas demeurer nostalgique. Il doit aussi nous servir de motivation. Parce que des femmes et des hommes ont décidé de vivre en mettant en commun leurs forces et en gérant leur territoire de manière intégrée, ils ont mis en place une formule de gestion unique.

En effet, la création des groupements forestiers a permis de structurer des actions collectives d’aménagement forestier des forêts privées. Les groupements forestiers, d’organisations artisanales qu’elles étaient, sont devenus des entreprises modernes et expertes en matière de mise en valeur du territoire forestier privé.

Les groupements forestiers sont dorénavant des instruments de consolidation des forces vives du milieu en maintenant en place une main-d’œuvre capable et efficace. Ils consolident également le tissu régional en favorisant les achats locaux et les implications sociales ainsi qu’en veillant aux intérêts forestiers et environnementaux des collectivités régionales. Un grand merci aux acteurs des opérations dignité!

Un exemple à suivre

Penser à la crise qui a mené à l’émergence des opérations dignité n’est pas sans me rappeler notre crise sanitaire actuelle.  En effet, nos institutions sont durement touchées et nos habitudes chamboulées. Nous avions tous espoir d’avoir traversé le pire de la tempête, mais la réalité nous rattrape.

Cette situation mettra de la pression sur les travailleurs et leurs familles, sur les producteurs forestiers et bien d’autres. Je vous invite à continuer à travailler fort tout en respectant les consignes sanitaires car, si nous prenons en main notre développement, nous avons tous les moyens de concrétiser nos espoirs.