Jocelyn Lessard

Prêt pour une autre crise?

26 Oct. 2015

Le secteur forestier québécois n’a pas encore repris son élan et des signes précurseurs de crise économique se profilent. Est-ce que nous sommes prêts? Pouvons-nous éviter cela dans l’avenir?

Signes avant-coureurs?

Êtes-vous attentifs aux soubresauts de l’économie planétaire? La mondialisation est utile pour faciliter le commerce et ouvrir les marchés. Cette économie globale semble aussi aujourd’hui cependant dangereusement interreliée. Dès qu’un problème apparaît quelque part, la crise se propage par effet domino.

Les premiers chocs sont apparus avec les problèmes de la Grèce. Est-ce que le pays va déclarer faillite en faisant sombrer plusieurs institutions financières? Sortira, sortira pas de la zone euro? Un compromis de dernière minute a été trouvé, mais la culbute de la Grèce aurait eu des effets jusqu’au Canada.

L’autre onde a été plus violente. Poussée par de «fausses» informations, la bourse de Shanghai a perdu plus du tiers de sa valeur en quelques mois, dont une chute vertigineuse de 8 % en une seule journée. La contagion a été rapide. Toutes les places boursières du monde ont connu de sévères corrections et le spectre de la crise économique a plané. Le Canada est officiellement en récession et nous contemplons le triste spectacle de millions de personnes à la recherche d’une terre d’accueil.

Au niveau des individus, une statistique alarmante nous parvenait la semaine dernière à l’effet que plus de 65 % des travailleurs du monde ont un statut précaire, c’est-à-dire sans contrat à long terme et même, bien souvent, captif de l’économie souterraine.

L’opinion de Jacques Attali

Jacques Attali, économiste et auteur prolifique a été conseiller du président français François Mitterrand. Il a été conférencier pendant le premier Sommet international des coopératives. Cet été, il a signé un article dont le titre était Le monde s’approche d’une grande catastrophe économique. Et personne n’en parle. Il évoquait les ricanements qui ont suivi sa première sortie de février. Il dénonçait alors la situation de la Chine «sous la gouvernance irresponsable d’individus dont les stratégies comportementales encouragent l’accélération du développement économique monétaire capitaliste au détriment du développement humain novateur: les politiciens et leurs complices entrepreneurs opportunistes industriels».

Il continuait en évoquant l’urgence de «réformer la fondation de l’économie sur une base humaine et non monétaire. Ce n’est pas l’argent qui peut mesurer la valeur d’une société ni nourrir sa population, mais bien la valeur des individus par leur apport novateur à la collectivité en créant des solutions viables et durables.

Il est urgent de favoriser des comportements de survie et d’évolution de l’espèce en symbiose avec l’environnement biophysique et non en surexploitant ses ressources au bénéfice d’un système qui consomme tout le reste à petit feu sans vraiment apporter grand chose de viable».

Revenant sur la crise actuelle, il précise qu’il était évident que la croissance de 10% par année de la Chine était insoutenable. Il prédit une suite probable des événements et la contagion qui atteindra le monde.

S’y résoudre?

Je suis certain que plusieurs ricanent en lisant mon éditorial en pensant à tous ceux qui ont prédit à tort la mort du capitalisme. Ne vous y trompez pas d’ailleurs, j’espère que le système va résister parce que j’en profite confortablement aussi.

Pourtant, je ne peux éviter de craindre que le déséquilibre existant ne dure pas. Je suis incapable de dire si nous sommes proches du point de bascule. Ce que je suis presque certain, c’est qu’il faut nous préparer à accepter un déclin de notre niveau de vie. Nous devrons, d’une façon ou d’une autre, partager avec le reste des humains de la planète et pendre soin davantage de notre terre.

Je suis comme vous impuissant devant l’ampleur des changements qu’il faudrait entreprendre pour changer de système en replaçant les humains au centre. La grande inertie vient certainement de nos politiciens. Aucun parti en lice au Canada ne semble actuellement conscient de l’ampleur de ces enjeux.

Pour terminer sur une note positive, je me rassure en continuant de croire que la coopération fait partie des solutions. Militons pour avoir plus de coopératives pour satisfaire les vrais besoins des personnes et pour la coopération entre les pays pour réduire les écarts. L’aménagement forestier durable me semble aussi faire partie des outils nécessaires pour un monde meilleur.