Jocelyn Lessard

Prêts pour le développement de la biomasse forestière ?

12 Mai. 2015

Le gouvernement québécois souffle le chaud et le froid pour la filière de la biomasse forestière. Pas facile de connaître sa réelle volonté politique de soutenir cette filière.

Qu’est-ce qui cloche ?

Le gouvernement du Québec a entrepris une nouvelle consultation avant d’adopter sa politique énergétique. En 2013, le rapport «Maîtriser notre avenir énergétique» produit par Normand Mousseau et Roger Lanoue, de la Commission sur les enjeux énergétiques, reconnaissait que la chauffe à la biomasse forestière faisait partie des priorités pour déplacer les énergies fossiles.

En 2015, la nouvelle consultation semble vouloir ignorer cette filière au profit des biocarburants dont le biodiesel à partir de l’huile pyrolytique. C’est à la fois surprenant et préoccupant. Toutes les études que la FQCF a consulté au cours des dernières années démontrent que la chauffe se classe loin devant les autres filières en bioénergie par sa compétitivité et parce qu’elle présente le meilleur bilan énergétique et le meilleur bilan carbone. Les biodiesels présentent bien sûr un intérêt, mais cette filière est loin d’avoir atteint son optimum technologique.

Lors de la séance de consultation sur les énergies renouvelables, les promoteurs de la filière parlaient de prix de vente de 25 $ à 42 $ /gigajoule, voire 50 $ à 62 $ alors que le mazout lourd est actuellement à plus ou moins 10 $/Gj. Du même souffle, ils insistaient pour obtenir des garanties d’approvisionnement de 20 ans à très faible coût pour permettre à la filière de se développer.

En clair, les utilisateurs de la ressource n’auront jamais les moyens de payer décemment pour prélever la biomasse, alors que la filière de la chauffe permet de mobiliser cette ressource. Avec la possibilité de substituer 1 milliard de litres de mazout ou de propane (hors Montréal) la filière de la production de chaleur s’appuie sur un marché intérieur énorme.

Le coût du combustible est aussi attractif à seulement 6,55 $/Gj. Elle obtient également une bien meilleure acceptation sociale, même auprès des groupes environnementaux. Elle crée plus d’emplois et assure des retombées dans toutes les régions.

Autre coup dur pour la filière, le programme de biomasse forestière annoncé lors du Rendez-vous de Saint-Félicien, suspendu dès septembre 2014, n’est pas encore disponible. Tout le monde s’attendait à ce que les fonds annoncés de 13 M $ pour l’année soient accessibles le 1er avril, mais ce n’est pas le cas. Ajoutons à ces éléments que le dernier budget a encore favorisé le déploiement du réseau de distribution du gaz naturel.

Certes, le bilan environnemental de ce combustible est supérieur au mazout, mais il s’agit d’un carburant fossile encore acheté à l’extérieur du Québec.

Des bonnes nouvelles

Le gouvernement a tout de même confirmé dans son budget son implication pour un fonds de 20,2 M $ en collaboration avec Fondaction et la FQCF. Ce fonds d’investissement devrait faire l’objet d’une annonce éminente. Lors du congrès de la Fédération, Laurent Lessard, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, mentionnait dans son allocution son intérêt à créer un partenariat avec les coopératives forestières et La Coop fédérée pour utiliser la biomasse forestière afin de fournir de l’énergie au Nord.

Il dispose même d’une enveloppe financière de 5 M $, tiré du budget du Plan Nord, pour soutenir cette activité. Il a d’ailleurs répété cette proposition devant la Table des partenaires du secteur forestier en ajoutant qu’il faudrait peut-être impliquer le Mouvement Desjardins dans cette démarche.

Si l’on considère que le programme de la biomasse devrait en principe être réactivé prochainement avec de nouveaux critères déterminant l’aide accordée, nous allons bientôt pouvoir faire progresser la filière.

Besoin d’une vision nette

La biomasse forestière devrait constituer un outil de développement des collectivités servant à la fois à créer des emplois et à diversifier le portefeuille énergétique procurant ainsi une plus grande sécurité d’approvisionnement. Cette filière contribuera aussi à consolider les activités forestières traditionnelles en offrant un débouché aux volumes sans intérêt pour la transformation. Bref, pour saisir ce potentiel, le gouvernement doit se doter d’une vision globale du développement de la filière de la chauffe à la biomasse en se donnant des cibles précises à atteindre dans sa politique énergétique 2016-2025.