Marc Beaudoin

Prévenir, c’est guérir!

28 Nov. 2013

Peu de gens sont au courant, mais j’aime beaucoup la musique. J’en joue un peu. Pas assez à mon goût, mais quand même, je me débrouille. J’ai même un petit studio à la maison pour enregistrer mes «performances». Quand j’en ai le temps, j’aime bien participer à des cliniques de musiciens. Durant deux heures, un professionnel nous montre des trucs, nous parle de ses expériences et de sa carrière. C’est toujours très intéressant!

À une occasion, j’ai eu la chance de discuter avec un musicien de jazz de calibre international. D’emblée je lui ai demandé :«Comment faites-vous pour improviser sur scène?» Et lui de répondre : «J’apprends les pièces par coeur!» En voyant mon visage hébété, il s’est empressé d’ajouter que le fait de connaître parfaitement la pièce de musique lui permettait d’oublier la technique et de libérer son esprit pour interagir avec les autres musiciens.

La prévisibilité au menu

Lors de son passage remarqué au congrès RESAM, madame Martine Ouellet nous a abondamment parlé du besoin de prévisibilité. L’importance de connaître le plan de la saison suffisamment tôt en saison pour avoir le temps de s’organiser efficacement. Pas besoin de vous faire un dessin, j’étais particulièrement content d’entendre cela. Mais dans les faits, à quoi ça rime au quotidien?

Connaître la chanson

Répétons-le une fois de plus, l’année 2013 a été une catastrophe sur le plan organisationnel. L’atterrissage du régime forestier a été douloureux. Il aura fallu se battre comme jamais pour garder un minimum d’investissement sylvicole et les conditions de la main d’oeuvre ne se sont pas améliorées, bien au contraire. Les fausses notes de la dernière saison doivent nous inspirer pour l’avenir. Si nous voulons que nos groupements forestiers, tant en forêt privée que publique, soient des modèles de création de richesse, nous devons leur en donner les moyens. Ces moyens commencent par une planification budgétaire connue d’avance. Chaque année, nous devons improviser, prendre des chances sur la hauteur des investissements sylvicoles gouvernementaux. Notre planification consiste souvent à se donner des portes de sortie, au cas où, si les nouvelles ne sont pas bonnes … en juillet. Nous sommes très loin d’une planification de développement, vous en conviendrez. La planification opérationnelle vient par la suite. Nous devons être au centre de cette activité. C’est nous qui connaissons le mieux le territoire, car nous y sommes présents plus de 200 jours par année. La planification devient plus efficace, car on limite les erreurs. La prospection devient plus rentable : on peut jumeler un secteur d’opération avec un autre tout près. Bref, on peut se permettre de renforcer la chaîne de valeur. Je parle aussi de la forêt privée, n’y aurait-il pas lieu de revoir le rôle de l’ingénieur forestier? Je pose la question.

Accorder nos violons

Je pourrais allonger la liste sans problème, mais vous aurez compris le principe : si nous avons une bonne planification, nous serons en mesure de bien organiser le travail. Mais tout comme mon musicien de jazz, il y a beaucoup d’autres avantages à connaître la chanson. Entre autres l’avantage de pouvoir s’adapter facilement et composer avec les changements. On sait tous qu’il y a des gains à faire avec une bonne planification. Par contre, on oublie souvent que l’énergie perdue dans la gestion d’une crise ne peut être utilisée pour le développement de l’entreprise et l’amélioration continue. Un rendez-vous forestier est en gestation. On nous demandera de trouver des solutions pour faire mieux, pour que nos investissements soient plus rentables. Je suis parfaitement d’accord, mais donnez-nous les moyens de le faire. Nos organisations sont certifiées par toutes sortes de normes, en forêt privée comme publique. Nos rapports de performance sont exemplaires, notre modèle d’affaires est contrôlé. De grâce, laissez-nous développer de meilleures pratiques. Utilisons ce temps pour mettre en marche nos 2600 employés, pour qu’ils puissent changer les modes d’opération, accompagner les producteurs, développer de nouveaux traitements sylvicoles. Il faut toujours garder à l’esprit que s’il existe une industrie liée à la foresterie, c’est qu’il y a des gens courageux, oui courageux, qui chaussent leurs bottes très tôt le matin, pour mettre à profit leurs connaissances afin d’assurer la viabilité du milieu. Sans eux, il ne pourrait pas y avoir de Rendez-vous forestier.