Martin Béland

Rapport du vérificateur général : préoccupant, mais occasion à saisir

21 Sep. 2017

Le vérificateur général (VG) a rendu public son rapport en mai avec une section sur le programme sylvicole. La première lecture est décourageante, mais bien des choses positives en découleront.

MES OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

Des constats généraux ressortent de la lecture du rapport. Sachons dès le départ que le VG n’est pas là pour remettre des médailles aux ministères. Étrange que cette section soit préparée par le commissaire au développement durable parce que son angle d’analyse semble se limiter au volet économique. Le VG ne semble pas non plus comprendre l’ampleur du bouleversement qui découle du nouveau régime. Il s’attendait à une transition immaculée et sans surprise?

Après toutes les démarches de concertation pour définir le cadre de réalisation des travaux, j’ai eu une petite déception quand le VG a prétendu que le MFFP n’a pas réussi à justifier sa gestion du marché des travaux. La dernière section, réservée au MFFP, me rassure à ce sujet. Nous avons joué dans le même film.

Pris à la lettre et sans nuance, le rapport est accablant pour le MFFP. J’ai pourtant le mauvais pressentiment que les entreprises sylvicoles et les ouvriers pourraient devenir les véritables victimes collatérales de ce rapport.

LES PRINCIPAUX REPROCHES

Le VG a simplifié un sujet complexe et je m’apprête à le schématiser davantage. Si vous voulez retrouver les nuances, je vous invite à le lire attentivement. Le VG attaque la gestion du MFFP sous deux principaux angles.

Le premier concerne l’ensemble du processus d’encadrement et de planification de la sylviculture. Il estime que le MFFP n’est pas en contrôle pour déterminer comment optimiser les investissements, ni d’en mesurer les effets. Il constate que l’évolution des connaissances scientifiques ne percole pas sur le terrain, notamment pour tenir compte de l’effet des changements climatiques. Il considère que le MFFP n’utilise pas les moyens qui ont été développés pour prioriser les interventions les plus rentables économiquement.

Il dénonce notamment l’importance que conserve l’éclaircie précommerciale. Il souligne que le MFFP ne tient pas compte des risques ni de l’importance de créer de la richesse pour les Québécois. Il a l’impression que les moyens en place pour suivre l’évolution des travaux sont insuffisants et il n’exerce pas un contrôle adéquat sur ce qui se fait. La reddition de compte aux Québécois serait aussi trop faible.

L’autre angle porte sur l’octroi des contrats. Il conteste la faible proportion de travaux confiée en appels d’offres, parce que cela ne correspond pas à ce qui avait été planifié. Il dénonce la manière d’établir la valeur des traitements sylvicoles et il écorche en passant Rexforêt en soulignant son manque de transparence. Ouf!

PLUSIEURS OCCASIONS

La première lecture entraîne un certain découragement parce qu’il fait ressortir deux menaces préoccupantes. L’une consisterait à augmenter significativement les effectifs du MFFP pour encadrer le processus. Cela pourrait faire réduire le financement pour la réalisation des travaux. L’autre consisterait à faire jouer le «marché» davantage pour faire baisser les prix. Le Québec en tirerait des avantages à court terme, mais à quel prix à long terme?

Je suis quand même optimiste. L’industrie, en partenariat avec l’État, a effectué, avec qualité, près de 100% des travaux planifiés dans le nouveau régime. Aujourd’hui, le virage vers la valeur est nécessaire. Nous en convenons depuis longtemps. Cela doit aussi valoriser les entreprises impliquées.

Pour donner suite au rapport du VG, le MFFP devra au départ se demander quelle industrie sylvicole il souhaite supporter. Il peut miser sur le marché pour faire baisser les prix à court terme et rendre les entreprises et les travailleurs de plus en plus précaires.

Il peut choisir de poursuivre le partenariat en développant une industrie agile et innovante mettant à contribution son potentiel pour relever les défis stimulants de la foresterie québécoise moderne. Dans cette voie, il choisira d’augmenter les responsabilités des entreprises sylvicoles en misant sur une véritable gestion participative. Elles peuvent en assumer beaucoup plus en amont et en aval de l’exécution des travaux, comme elles le faisaient avant. En conservant les fonctions stratégiques, le MFFP peut mettre en place un système efficace pour rencontrer toutes les exigences du VG. J’ai confiance que nos élus feront ce choix.