Jocelyn Lessard

Le rendez-vous de la forêt québécoise : «blind hill» ou occasion à ne pas manquer ?

28 Nov. 2013

Les 21 et 22 novembre prochain, le gouvernement du Québec organise à Saint-Félicien le Rendez-vous de la forêt québécoise. Que pouvons-nous en espérer ?

Un événement qui comporte des risques de dérapage importants

Pardonnez l’anglicisme de mon titre. Je trouve que «blind hill» est plus parlant que «perte de visibilité» que l’on voit sur les panneaux bilingues du Nouveau- Brunswick. Ce terme illustre mieux l’inquiétude et l’insécurité que nous pouvons ressentir quand, à grande vitesse, on ne voit plus devant nous. Il est malheureusement possible que le Rendez-vous suscite un émoi similaire. Cela tient à la fois d’une impression d’improvisation, parce que ce genre d’événement requiert généralement pas mal plus de temps de préparation et de concertation. Le fait de situer le focus du Rendez-vous en aval du nouveau régime forestier pourrait aussi provoquer une relative frustration. Sa mise en oeuvre a suscité jusqu’à maintenant, tant pour la sylviculture que pour l’approvisionnement, davantage de contraintes peu productives que d’enthousiasme. Les craintes exprimées à plusieurs reprises par les coopératives forestières avant la mise en oeuvre du régime se sont, par exemple, plutôt confirmées jusqu’à maintenant. Le fait de réunir tous les utilisateurs de la forêt autour de la table est certainement nécessaire, mais sera-t-il enfin possible de prioriser les discussions qui redonneraient plus de tonus à la filière qui en a le plus besoin, soit la production de bois ? Enfin, le cadre purement politique du projet pourrait bien conduire à des chantages peu productifs et des tirages de couvertes qui nous éloigneraient de notre besoin de développer une vision commune structurante du développement forestier québécois.

Une ouverture à saisir

Malgré tous ces risques, il faut réaliser que ce Rendez-vous constitue certainement une occasion que nous ne pouvons pas manquer. Nous devons serrer les rangs en se dotant d’une vision plus nette de ce que nous voulons accomplir ensemble. Il existe un espace d’amélioration potentielle et il faut trouver ensemble comment l’exploiter. Le Rendez-vous a été annoncé par la Première ministre et elle fera l’ouverture de l’événement. Il s’agit d’un momentum dont le secteur forestier n’a pas souvent profité, celui d’être au coeur des politiques gouvernementales. De plus, Denis Trottier est le maître d’oeuvre du projet. Il est assez clair que ce rôle vise à lui servir pendant l’éminente campagne électorale, mais y a-t-il un député dont la loyauté et l’engagement envers la forêt ont été plus intenses au cours des dernières années? Nous n’avons pas encore en main les propositions gouvernementales, mais les sujets qui seront traités sont les bons. Nous parlerons de l’état de la forêt et des stratégies pour la mettre en valeur et non pas seulement de sa protection. Nous aborderons des questions délicates dont surtout l’amélioration de la compétitivité de notre fibre. Nous analyserons aussi où se dirige l’industrie de la transformation québécoise et comment l’aider à devenir plus performante. Tout cela représente un projet très ambitieux, mais avons-nous les moyens de ne pas mieux nous comprendre sur tout cela? Pouvons-nous sortir de Saint-Félicien sans un succès tangible pour tous les travailleurs forestiers et même pour nos institutions financières ?

Les coopératives forestières en mode solution

Nous avons très peu de temps, mais nous prenons l’engagement de travailler d’arrachepied avant, pendant et après le Rendez-vous. Nous avons déjà amorcé nos discussions avec les autres organisations en recherchant les consensus qui faciliteront les décisions gouvernementales. Nous sommes d’ailleurs disposés à travailler avec tous les groupes qui partagent notre lecture et comprennent l’importance de cet événement. Nous avons des propositions concrètes qui contribueraient à améliorer la situation et le fonctionnement du nouveau régime forestier. Nous sommes disposés à considérer toute autre proposition positive. En espérant que tous les acteurs soient dans les mêmes dispositions, la FQCF est prête à sortir de sa zone de confort tout en faisant preuve de beaucoup de vigilance pour le sort des travailleurs et des entreprises spécialisées en aménagement forestier. Nous allons jouer le jeu et tenter de trouver des solutions pratiques pour que le nouveau régime forestier fonctionne, mais, ultimement, nous espérons aussi qu’il sera possible, si nécessaire, de remettre en question certains de ses fondements.