Renald Bernier

Saint-Pascal, décembre 2067

30 Jan. 2018

C’est aujourd’hui qu’avait lieu la présentation des ÉTATS sur la FORÊT QUÉBÉCOISE, force est de constater le succès de la politique 2020-2060 adoptée par le gouvernement québécois de l’époque.

Les résultats parlent d’eux-mêmes : la forêt couvre plus de 85% de la superficie du Québec. Le rendement forestier qui était de 1m3/ha/an au début du millénaire surpasse maintenant les 4m3/hectare/ an. Les propriétaires privés détiennent 75% du territoire forestier, le mettent en valeur et le rendent disponible à l’ensemble des citoyens.

Plusieurs fois par semaine, la forêt est envahie par des cohortes d’étudiants en manque d’air pur. Les édifices publics ont, règle générale, des structures et des murs faits de bois; dans quelques cas, on peut avoir un permis spécial pour faire autrement, mais ça n’arrive pas souvent. Des municipalités entières sont chauffées et climatisées grâce aux centrales d’énergie fonctionnant à la biomasse forestière. Le niveau de fierté des citoyens envers leurs forêts n’a jamais été aussi élevé. Aujourd’hui, le secteur forestier est « le moteur » de l’économie du Québec.

En effet, la forte augmentation du PIB des 15 dernières années est le fruit de la transformation des produits issus de la forêt. Il en est de même pour la balance commerciale plus positive que jamais. Si nous avons pu y arriver, c’est par l’effort de l’ensemble des utilisateurs de la forêt. Tous ont décidé de mettre l’épaule à la roue plutôt que d’agir en passagers. Des partenariats se sont développés pour la récolte et la transformation de la matière ligneuse en bois d’oeuvre, en pulpe, en bioproduits de toutes sortes ou encore la cueillette et la commercialisation de produits forestiers non ligneux (PFNL). Les municipalités, les chercheurs, les investisseurs ont tous uni leurs forces avec les acteurs du territoire afin rendre ces partenariats profi tables pour tous.

« Mesdames et Messieurs, veuillez boucler vos ceintures et vous préparer à l’atterrissage, nous serons à Toronto dans 10 minutes. » Bon sang, ce n’était qu’un rêve ! Il est vrai que j’ai peu dormi ces derniers jours avec un cochambreur au ronflement, disons, impressionnant. J’essaie tant bien que mal de reprendre mes esprits. Un peu déçu certes. C’était peut-être trop beau pour être vrai.

Non, pas vraiment au fond. Je viens de passer huit jours en Suède. Cette mission que RESAM a organisée me conforte dans l’idée que tout est possible avec le potentiel de la forêt québécoise. Nous avons la forêt, nous avons les gens, nous avons le savoir, nous avons les marchés, nous avons des utilisateurs, nous avons ce qu’il faut.

Les Suédois ont décidé au début du 20e siècle que la forêt serait le moteur de leur économie. D’ailleurs, la première loi sur les forêts a été adoptée en 1903. Relativement simple, chaque arbre coupé devait être remplacé par au moins un arbre planté. Plus de 100 ans plus tard, les résultats sont bien présents. Ils ont pris les décisions en conséquence. Toutes les décisions pour que ça fonctionne.

Alors, je vous demande : pourquoi cette mission ne serait-elle pas un point tournant? Une occasion de mettre la table pour une redéfinition des objectifs et des moyens? Plus que jamais, il faut avoir le courage de se poser les questions sur le comment, le qui, le pourquoi et surtout le pour qui ?

Par contre, pour le quand la réponse est facile : le plus vite possible! On ne peut certainement pas appliquer tout le modèle suédois au Québec. Ce serait utopique et mal avisé dans certains cas. Par contre, on peut assurément s’inspirer du courage des Suédois, de leur acharnement à faire de leur secteur forestier, la pierre angulaire de leur économie. Ils ont certes une croissance supérieure à la nôtre grâce à des décisions ingénieuses axées sur la productivité (remise en production massive) et des conditions climatiques favorables, mais de notre côté, nous avons un territoire vaste qui ne demande qu’à être exploité de façon plus intensive.

J’ai déjà invité les partenaires de la forêt privée à faire leur, l’objectif de réaliser la totalité de la recette sylvicole en forêt privée. Aujourd’h ui, j’ai envie d’aller plus loin, d’inviter tous les acteurs du secteur forestier à imaginer ce qu’ils pourraient faire pour contribuer à la chaîne de valeur et non uniquement comment l’utiliser à leur avantage. À vous tous, propriétaires regroupés, travailleurs, partenaires, un beau et joyeux temps des Fêtes.