Renald Bernier

Tissés serrés

28 Nov. 2013

Ça fait plutôt longtemps que, lors de mes allocutions ou de mes éditoriaux, je vous parle des liens qui unissent les groupements forestiers. Je ne compte plus les occasions où je vous ai entretenu de l’importance de ce sentiment d’appartenance qui lie le propriétaire à son groupement forestier. Je continuerai à le faire parce que réside, là quelque chose de peu commun: une cohésion que plusieurs nous envient et qui fait notre force.

D’où ça vient?

Il faut retourner aux opérations dignité pour comprendre la genèse des groupements forestiers. Une entité provinciale (Le Bureau d’Aménagement de l’est du Québec) qui désire fermer des paroisses. Des habitants de ces paroisses qui refusent de baisser les bras et mettent en commun leurs ressources pour continuer à vivre dans leur patelin. On comprend facilement l’énergie déployée par ces hommes et ces femmes à l’époque. On les déracine et eux doivent ramer à contre-courants pour rester accroché. Pas facile à faire, vous conviendrez. Aujourd’hui toutefois, malgré certaines difficultés, le Gouvernement ne parle pas de fermer des villages. La relocalisation de populations vers les centres urbains n’apparaît plus à l’agenda. Pourtant les groupements forestiers sont toujours là après quarante ans. Qui aurait pu le prédire? Comme dans bien des cas, une fois l’énergie du départ essoufflée, une fois l’objectif initial atteint, il aurait été plausible que l’aventure s’achève. Pourtant, ce n’est pas le cas. Les groupements répondent toujours présents. Les groupements se sont développés. Les groupements sont reconnus. Les groupements sont la principale force de l’aménagement des forêts privées. À chaque année, ce sont des centaines de propriétaires qui prennent part aux assemblées générales. Le dynamisme est bel et bien toujours là.

Pourquoi donc?

Je ne suis pas un grand spécialiste du développement organisationnel mais j’ai tout de même ma petite idée làdessus. Je crois qu’il y a trois grands éléments qui peuvent expliquer notre succès.

Nous sommes capables de nous remettre en question

Il est facile de s’obstiner et de garder la même recette. Il est plus difficile de tout remettre en perspective et de se demander si notre recette est toujours la bonne. Au fil des ans, les groupements forestiers se sont souvent remis en question afin de s’assurer qu’ils prenaient les meilleurs moyens pour atteindre leurs objectifs. Ainsi nous avons été des précurseurs dans la certification environnementale en forêt privée. Nous avons fait nôtre le principe des saines pratiques forestières. Dernièrement, nous n’avons pas eu peur d’entreprendre un vaste chantier sur la gouvernance des groupements forestiers, de manière unanime et avec l’enthousiasme de tous. Difficile de reculer dans ces conditions, non?

Nous cherchons l’innovation

Aller de l’avant, chercher de meilleurs manières de faire les choses, c’est un leitmotiv pour plusieurs d’entre nous. Pour qu’une innovation fasse son chemin, ça prend des porteurs qui ont vu le besoin et qui ont identifié une solution. Mais nous avons surtout besoin d’organisations qui sont capables de penser en dehors du cadre. Nous avons fait la preuve que nous faisons partie de ces organisations. Combien d’essais techniques sont issus des groupements forestiers. Quoi penser des innovations proposées à chaque année en matière sylvicole? Combien de firmes se sont développées à partir de nos organisations afin d’offrir en région de l’expertise en matière environnementale, éolienne, aménagement du territoire, et j’en passe. La réponse: plusieurs. Chaque groupement forestier se pose la question à chaque jour et innove dans sa pratique afin de rester en phase avec ses membres et sa communauté.

Des personnes de qualité

Selon moi, la principale raison qui explique le succès des groupements forestiers est la présence de gens de qualité au sein de l’organisation. On sait que la «cohésion sociale» désigne l’état d’un groupe où la solidarité est forte et les liens sociaux intenses. Pour avoir passé le test des quarante ans, pour avoir survécu aux nombreuses menaces de fermeture, les groupements forestiers ont profité de ces liens intenses. Mais pour les créer et les maintenir, nous avons besoin de gens animés de valeurs compatibles aux nôtres et possédant une capacité de regrouper les forces autour d’eux. Que ce soit des administrateurs ou des employés, les groupements forestiers peuvent compter sur ces personnes qui sont souvent dans l’ombre. À chaque année, RESAM décerne un prix pour honorer une personne qui a su faire grandir la formule regroupée. Regardez un peu autour de vous et vous découvrirez plusieurs récipiendaires potentiels. À vous de les faire connaître…