Jocelyn Lessard

Troublant état du monde

21 Sep. 2017

Les vacances permettent de mieux suivre l’actualité, mais les nouvelles étaient préoccupantes. Au-delà de l’effroi qu’elles inspirent, c’est leurs effets qui m’inquiètent et notre apparente impuissance à y réagir.

RÉCHAUFFEMENT VOUS DITES?

Au moment d’écrire ces lignes, Irma a déjà fait plusieurs morts et elle se dirige vers la Floride où on s’attend au pire. Les dégâts de Harvey ne sont même pas résorbés. Les États-Unis ne sont pas le seul endroit où les inondations ont fait des ravages. Le sud est asiatique a connu une période de mousson extrême avec 1 200 morts et 40 millions de personnes touchées. J’imagine que vous n’avez pas oublié non plus nos inondations du printemps.

Paradoxalement, les incendies de forêt ont aussi été catastrophiques cette année en Colombie-Britannique, en Californie et dans plusieurs pays méditerranéens. Il est toujours impossible de lier ces événements aux changements climatiques, mais les experts affirment qu’ils amplifient les phénomènes météorologiques extrêmes.

J’entends certains se réjouir parce que ces feux de forêt nuisent à nos compétiteurs et que les dommages des inondations vont augmenter la demande de bois pour la reconstruction. Ils ont raison, mais c’est curieux que nous obtenions l’impression que nous créons de la richesse. Ce qui me trouble le plus, c’est que certains contestent encore l’existence des changements climatiques. Cette négation défendue pour protéger des intérêts économiques à court termes, est ahurissante, surtout parce qu’elle retarde la mise en oeuvre de moyens de lutte qui est pourtant urgente.

DES MIGRANTS EN MOUVEMENT

Même si je frémis face à la surenchère de deux leaders politiques irresponsables qui manipulent sans précaution des menaces nucléaires, je vais plutôt me concentrer sur les mouvements massifs de populations. Il faut essayer de comprendre ce bouleversant phénomène. Nous avons vécu un épisode éprouvant cet été avec l’arrivée massive de migrants à notre frontière, dont une proportion importante provenait à l’origine d’Haïti.

L’accueil de 150 personnes par jour constitue un défi important pour nous. Imaginez maintenant l’effet des vagues successives de millions de personnes qui traversent la Méditerranée à la recherche de terres d’accueil. Vous êtes-vous déjà demandé qu’estce qui ferait en sorte que vous décideriez de tout abandonner et de prendre la route avec votre famille, une valise sur le dos pour affronter l’inconnu? Pas facile n’est-ce pas? C’est pourtant ce que font ces millions de gens.

Je ne veux pas sous-entendre que nous devons accueillir tout le monde sans poser de question. La cohésion sociale doit être préservée pour que le pays « fonctionne ». Cependant, je suis totalement incapable de comprendre pourquoi ces phénomènes entraînent des réactions de haine. La montée de l’extrême droite me bouleverse. Est-ce que ce sont des migrants envahisseurs? Est-il décent d’utiliser ces situations dramatiques pour mousser des carrières politiques?

QU’EST-CE QU’ON PEUT FAIRE?

Certains doivent se demander pourquoi je vous parle de tout cela dans les pages du journal Le Monde forestier. En fait, c’est surtout, je pense, parce que je n’accepte pas ce sentiment d’impuissance. Je mise toujours sur le progrès et la civilisation. Pas à l’égoïsme et à la loi du plus fort. Il faut parler de ces phénomènes pour contrer les réactions haineuses. Sans illusion sur la portée et la vitesse effective des changements que nous pouvons induire, je me réjouis de croire que je milite en faveur de bons outils de résistance.

La forêt peut et doit lutter contre les changements climatiques. Elle possède un pouvoir réel de captation et de réduction des émissions. Cette option fait certainement partie de la « Forêt de possibilités ». Nous devons tout faire pour exploiter son plein potentiel pour contribuer à ralentir les changements climatiques.

L’autre outil est bien sûr la coopération. Elle peut jouer un rôle positif aux deux bouts de la chaîne de migration. Elle peut, par ces multiples formes, faciliter l’accueil de ces migrants pour leur procurer du travail, les loger, leur fournir un compte bancaire, etc. Le mieux serait bien sûr de travailler en amont en introduisant plus de coopération dans les pays que trop de gens veulent quitter. La coopération ne peut rien contre un conflit armé, mais, quand elle est plus importante dans une société, elle limite les risques en réduisant les inégalités et en donnant de l’espoir aux plus démunis.