Renald Bernier

Un budget à craindre ?

10 Déc. 2012

Novembre est souvent considéré comme un mois triste. Triste et sombre. Pour plusieurs, il engendre une dépression émotive provoquée par le manque de luminosité. Pour d’autres moins dépendants du soleil, il n’est qu’une entre-saison mettant la table aux joies de l’hiver et du temps des Fêtes. L’éternelle question philosophique du verre d’eau rempli /vide à demi. J’espère que le gouvernement en place a fait le plein de lumière, car il dépose sous peu son budget. Et le monde de la forêt privée ne pourra se permettre un budget pluvieux.

La juste part de la forêt privée

Les échos concernant le budget à venir sont à l’image de novembre, très sombres. On nous chuchote à l’oreille des coupures dépassant le milliard et demi de dollars. Au moment où vous lirez probablement ces lignes, le budget du gouvernement en place sera tout chaud. Nous serons alors à le décortiquer pour cerner la vision qu’a le Parti québécois de la forêt et en déduire ses intentions pour le dépôt des crédits à venir. Heureusement, la première ministre, Mme PAULINE MAROIS a pris position pour la forêt dans sa campagne électorale. Elle s’était engagée entre autres a bonifier de 35 M$ annuellement, durant quatre ans, le soutien consenti aux travaux sylvicoles. N’oublions pas non plus les travaux du Rendez-vous sur la forêt privée qui s’appuyait sur la prémisse que le financement serait stable. La forêt privée est la plus productive du Québec. Elle est située près des usines de transformation et son utilisation doit être priorisée face à celle de la forêt publique. Elle participe historiquement à 20% de l’approvisionnement en bois du Québec. Les propriétaires privés escomptent donc leur juste part de l’effort sylvicole annoncé. Un investissement de la sorte permettrait de confirmer officiellement la lueur de reprise économique en forêt privée qui se fait sentir, mais se laisse désirer. Qui plus est, cet investissement viendrait mettre à niveau un programme d’aménagement qui en a bien besoin.

Tout émane du terrain

Le programme de mise en valeur des forêts privées a été instauré pour permettre à la forêt privée de contribuer, de façon durable, au développement du Québec et de ses régions par la création de richesse économique. Fait d’armes, il atteint ses objectifs depuis plus de 40 ans. Il est le fleuron qui a permit l’émergence des groupements forestiers et conséquemment, le développement d’une véritable économie sylvicole sur tenure privée. Toutefois, nous le voyons être délaissé d’année en année à coup de coupures et d’absence d’indexation. À un tel point qu’il a atteint le seuil critique permettant le soutien minimal des propriétaires de boisés. Depuis 17 ans, nous avons vu fondre la part du budget qui sert à la réalisation de travaux sylvicoles. Comme on le dit en région, l’argent doit « aller sur le terrain ». Il doit être dirigé vers les propriétaires et les travailleurs. Cette part d’argent terrain est à son minimum. Passé ce seuil, une réflexion s’imposera. En 2011, environ 35 M$ des 38,8 M$ ont été directement dirigés vers la réalisation de travaux. Ce montant doit demeurer. Si nous devions faire plus avec moins afin de conserver les montants investis en travaux, il faudra alors penser différemment la structure du réseau qui aura, le cas échéant, fait la démonstration de ses limites. Le budget à venir sera austère. Cela se sent, cela se comprend. Mais le programme de mise en valeur doit être mis à l’abri des coupures. Une ponction dans ce budget ferait inévitablement basculer l’équilibre de la forêt privée. Elle nous forcerait à poser des gestes drastiques altérant notre stratégie de développement à long terme. À l’inverse, un investissement, peu importe l’ampleur, permettrait de consolider ce sentiment de reprise économique. N’oublions pas que la structure de gestion de la forêt privée nous permettrait de doubler sans aucun problème l’effort sylvicole, mais elle n’est pas taillée pour gérer une décroissance constante. Une coupure nous forcerait inévitablement à déstructurer un échafaudage solide, prêt à intensifier la foresterie privée.

Conclusion

Le gouvernement a un épineux problème. À travers un environnement économique très difficile, il doit choisir entre préserver une décennie de construction ou en faire table rase pour une économie illusoire de quelques millions de dollars. Pour notre part, nous serons à l’affût de leur décision. Et une chose est certaine, nous nous battrons bec et ongles pour préserver le montant investi en travaux sylvicoles chez les propriétaires de forêt privée, car ces derniers ont déjà trop contribué aux coupures. Ce n’est plus une question de verre d’eau à demi vide, c’est une question d’assurer un minimum d’eau dans le verre…