Renald Bernier

Un changement à baliser

7 Avr. 2016

Depuis 2011, nous appuyons l’idée de développer une grille unique pour l’établissement des taux en forêt privée. Nous continuons de le faire. Pour nous, il est important de démontrer que l’aide fournie par l’État pour la réalisation de travaux sylvicoles est cohérente avec le coût de réalisation sur le terrain.

Le changement qu’amène la mise en oeuvre d’une grille de taux unique est important et aura des conséquences majeures sur les acteurs de la forêt privée.

Il nous semble que le Bureau de mise en marché des bois (BMMB) soit le meilleur outil pour y arriver, car il possède l’expertise nécessaire et qu’il est indépendant.

Contexte difficile pour tous

Les délais de consultation pour un changement de cette envergure ont été très serrés. Afin d’être constructifs, nous avons sollicité abondamment nos organisations pour fabriquer nos propres banques d’informations.

C’est avec fierté que RESAM a présenté aux autorités un mémoire étoffé sur la grille de taux en forêt privée, fruit du travail acharné des 42 groupements forestiers du Québec.

Des modifications nécessaires à court terme

L’application sans modification du projet de grille proposé par le ministère des Forêts, de la faune et des parcs n’est aucunement envisageable pour RESAM. Par contre, nous croyons qu’il est possible, avec quelques changements, de rendre la situation viable pour l’année de transition 2016-2017.

Ces modifications permettraient en plus de mettre en place une structure qui pourra être améliorée d’année en année. Selon nous, nous devons absolument dès cette année:

• A méliorer la mobilisation des bois en incluant la rente du producteur dans le calcul des taux et par l’ajout de traitements sylvicoles qui ont disparu

• Définir clairement les activités prévues dans le taux technique et calculer sa valeur avec des vraies données

• Créer des taux variables ou semi-variables qui s’adaptent aux conditions du terrain sur le principe de ce qui se fait en forêt publique.

L’importance des groupements forestiers dans cette démarche

Comme je l’ai dit, cette transition ne sera pas aisée. Par chance, le ministre Laurent Lessard peut compter sur les groupements forestiers pour l’appuyer dans ses démarches, car ne l’oublions pas, les groupements forestiers sont des instruments de consolidation des forces vives du milieu. Ils maintiennent en place une main-d’oeuvre capable et efficace. Ils consolident le tissu régional en favorisant les achats locaux et les implications sociales ainsi qu’en veillant aux intérêts forestiers et environnementaux des collectivités régionales.

Qui plus est, l’utilisation efficace des fonds publics en forêt privée est sauvegardée par le modèle d’affaires des groupements forestiers, puisque l’intérêt financier n’est pas le motivateur premier de l’entreprise. Il s’agit plutôt de la qualité des services rendus aux propriétaires membres et non membres.

Comme le démontrent les états financiers des groupements, les surplus, lorsque constatés, sont réinvestis dans le développement de nouvelles activités, dans les équipements, dans une participation auprès à des entreprises connexes ou dans le paiement collectif d’une partie de la contribution des propriétaires au programme d’aide à la forêt privée.

Le modèle d’affaires des groupements forestiers est unique et génère des retombées significatives en ce qui concerne la consolidation régionale, l’utilisation des surplus, la mise en valeur des superficies.

Pour le gouvernement, ce modèle d’affaires est garant de l’investissement public, par le regroupement des superficies, l’engagement, l’encadrement des propriétaires ainsi que la production de bois.

Une pondération nécessaire des commentaires

Les producteurs regroupés utilisent plus de 75 % du programme de mise en valeur de la forêt privée. Ils sont donc les mieux placés pour comprendre les impacts de cette grille et proposer des alternatives. Nous sommes bien sûr très à l’aise avec les divergences d’opinions et nous croyons au bienfait de confronter les idées.

Par contre, lorsqu’un projet de l’envergure de la grille unique des taux en forêt privée est utilisé par certains comme moyen d’augmenter leurs parts de marché, nous nous ressentons un profond malaise. Nous demandons au MFFP de demeurer vigilant avec les propositions visant l’augmentation du bénéfice personnel.

Il ne faudrait pas non plus oublier que sans balises, d’aucuns pourraient intensifier les stratégies de maximisation des retours financiers de l’entreprise en privilégiant les traitements ayant un bénéfice à court terme.

Il est clair que le modèle d’affaires des groupements forestiers n’est pas le modèle d’affaires de tous les conseillers forestiers. La nature même de l’entreprise à capital-actions oblige le MFFP de peser les commentaires en fonction des impacts à long terme sur le développement du potentiel de la forêt privée.