Renald Bernier

Un changement de paradigme

19 Nov. 2020

Vous m’avez déjà entendu le dire mais je suis plus que jamais convaincu que la forêt privée a laissé derrière elle son statut de problème pour celui de solution.  En effet, l’histoire de la forêt privée a souvent été associée à des mesures marginales visant à garder de l’activité en région.

Depuis une dizaine d’années, peut être sous l’effet de la diminution de la possibilité forestière en forêt publique ou bien des résultats impressionnants des investissement en forêt privée, celle-ci est devenue la planche de salut pour continuer la création de richesse dans les communautés forestières.  Depuis, les groupements forestiers ont démontré que c’était une réalité et que le potentiel était accessible lorsque les moyens étaient disponibles.

Nous en avons encore eu un bon exemple récemment lors de la présentation de la a révision ciblée du régime forestier par le ministère des Forêts de la Faune et des Parcs.  L’objectif visé était de :« … rendre le régime forestier québécois plus efficace et améliorer la compétitivité de l’industrie forestière.»  Une révision donc pour l’industrie de la transformation.  Fait intéressant, parmi les actions proposées, trois visent directement l’amélioration de l’environnement d’affaires des producteurs forestiers.  Un signe non négligeable que notre contribution est plus que jamais importante et partie prenante de la stratégie gouvernementale.  Mais quelles sont ces mesures?

Simplifier l’environnement fiscal des producteurs.

Un comité interministériel est à pied d’œuvre afin de simplifier l’environnement fiscal des producteurs. Le terrain de jeu est très large. À court terme, nous devons nous concentrer sur le programme de remboursement de taxes foncières et simplifier le déclenchement de la mesure en éliminant l’obligation de déclarer des dépenses supérieures.

Par ailleurs, il faut aussi ajouter une activité admissible à la mesure pour les services environnementaux rendus lorsque les contraintes réglementaires interdisent la sylviculture sur une partie d’une propriété.

Simplification des processus et latitude professionnelle

Nous martelons depuis plusieurs années que le secteur de la forêt privée bénéficierait d’une plus grande synergie si nous utilisions pleinement les structures en existantes et que nous apprenions à travailler ensemble car actuellement, une trop large part des investissements ne permettent pas de réaliser des travaux. Cette situation est d’autant plus importante que nous ne disposons pas des investissements nécessaires pour réaliser la totalité des recette sylvicoles des producteurs engagés en forêt privée.

Pour nous, il est primordial d’octroyer la responsabilité de prescrire, valider et choisir les travaux sylvicoles aux ingénieurs forestiers des conseillers forestiers. C’est ce qu’on appelle la latitude profressionnelle. Le ministère a reconnu que des gains importants pouvaient être réalisés de ce côté et a indiqué sa volonté d’aller en ce sensé Des processus plus efficaces ainsi que l’utilisation de la connaissance intime du territoire permettrons de rediriger des ressources vers la livraison de traitements sylvicoles supplémentaires.

Bilans de performance des agences

L’ensemble des intervenants en forêt privée font l’objet de bilans de performance. Et c’est une bonne chose.  Cela nous oblige à nous questionner régulièrement et revoir nos processus. Comme ancien administrateur d’une agence, je vois d’un bon oeil l’annonce à l’effet que les agences régionales de mise en valeur des forêts privées devront réaliser des bilans annuels de performance car elle sera l’occasion de bien clarifier les attentes et surtout, de donner des éléments de référence pour faire le travail le plus efficacement possible. Évidemment, je crois que cette analyse de performance doit être rendue publique pour permettre de voir de réels effets.

Le travail est loin d’être terminé

Je crois que les intentions avancées par l’État sont très intéressantes. Toutefois, il faut admettre que le chantier est très ambitieux et peut dériver s’il les livrables et les échéances ne sont pas claires. Nous l’avons déjà observé avec le rapport Belley il y a quelques années. Qui plus est, ce travail en est un des partenaires de la forêt privée et je m’attends à ce qu’il soit traité au forum des partenaires avant tout.

Une autre inquiétude réside dans le fait que les ajustements aux processus d’enchères en forêt publique puissent permettre d’augmenter de 600 000 mètres cubes, la vente de bois publics.  Évidemment, une telle augmentation aurait des effets sur les producteurs privés.  En ce sens, nous nous attendons à ce que les mécanismes de consultation entre les producteurs et le ministre soient améliorés afin de garantir une application adéquate du principe de résidualité.

Je dois aussi souligner l’importance du chantier sur l’industrie de la sylviculture devant nous. Aucune annonce du gouvernement n’y a encore fait référence. Pourtant, cette industrie a les mêmes besoins que le reste de la filière pour demeurer en vie et des actions rapides et concrètes doivent être mise en oeuvre rapidement.

Finalement, je vous dirais que la forêt privée ayant fait ses preuves en termes d’efficacité et de productivité et qu’ il faut se réjouir de voir le gouvernement du Québec prendre des mesures pour en appuyer le développement. Ainsi, il contribue non seulement à la création de richesse et au développement économique des régions, mais il se dote aussi de moyens en vue de lutter contre les changements climatiques.