Renald Bernier

Un nouveau plan de match

29 Sep. 2014

Je dois l’admettre, j’ai reçu la nouvelle comme une tonne de briques. Les investissements en forêt privée allaient diminuer de 17 % cette saison. Je vous le dis honnêtement, je ne m’y atten­dais pas. Le premier ministre avait fait sa profession de foi envers l’activité forestière et il a rapidement tenu promesse en augmen­tant de façon significative les budgets sylvicoles en forêt publique. Il était clair pour moi que la forêt privée pouvait s’attendre à un traitement équivalent. Ce n’est pas le cas, mais jusqu’à mainte­nant seulement, croyez-­moi!

Une décision difficile à comprendre

D’emblée, je compatis avec le gouvernement du Québec. La situation est difficile et les finances publiques sont en mauvaises postures. Des choix déchirants doivent être faits. Comme si ce n’était pas assez, ces décisions devaient être prises dans un délai très court. Est-ce que tous les impacts ont été évalués? J’en doute franchement. C’est de cette manière que je peux rationaliser un tant soit peut cette décision.

Autrement, c’est incompréhensible! Le modèle politique québécois doit reposer sur une source continue de revenus provenant de ses atouts hérités, comme les ressources forestières. Les négliger, même temporairement, entraîne le Québec vers une aggravation inévitable de la situation déjà précaire de ses finances publiques.

La forêt privée se situe plus au sud de la province. Par le fait même, elle dispose de meilleures conditions de croissance que la forêt publique plus au nord. Tout investissement consenti sur un territoire plus productif engendrera inévitablement de plus grandes retombées. Les baisses de possibilité sur forêt publique (environ 35 % depuis les 9 dernières années) se feront rapidement sentir à mesure que la demande pour le bois d’œuvre québécois va s’accentuer.

La forêt publique ne suffira pas à approvisionner les usines québécoises. Il s’agit d’un manque à gagner important pour le Québec en termes d’impôt sur le revenu, de redevances, de taxes sur le carburant, etc. Pourtant, une partie de la solution réside en forêt privée. Cette dernière possède une ressource de grande qualité située à proximité des usines. Or, seule une proportion d’environ 30 % de son potentiel est réellement récoltée chaque année. L’État doit non seulement investir en forêt privée afin de profiter de son grand potentiel de croissance (donc de richesse), mais aussi pour tempérer les effets des baisses de possibilité en forêt publique.

Les sommes investies en forêt privée possèdent de plus la caractéristique intrinsèque de profiter à l’économie régionale en stimulant l’emploi et la consommation. Les baisses observées au chapitre de l’aide gouvernementale en forêt privée s’inscrivent donc en nette contradiction avec les besoins des industriels, des propriétaires et du gouvernement. Les investissements de l’État en forêt privée constituent des interventions très structurantes sur le plan régional puisqu’ils maintiennent une expertise, garantissent des emplois, augmentent les revenus des propriétaires ainsi que la valeur de leur forêt.

À leur tour, tous ces éléments profitent au trésor provincial sous forme de transferts associés aux différentes taxes qu’ils génèrent. La plupart des pays industrialisés investissent dans leurs forêts privées afin d’accroître les effets structurants sur leur économie, particulièrement régionale.

Ce n’est pas terminé

Je pourrais bien vous dire que nous allons nous battre jusqu’à la fin. En fait, je vous le dis, mais je dois aussi préciser que nous allons le faire avec le ministre LAURENT LESSARD. Monsieur Lessard nous a dit qu’il allait être autant le ministre de la forêt privée que publique, qu’il allait travailler à nous donner les outils nécessaires au développement du plein potentiel de la forêt privée, et je le crois.

Les groupements forestiers du Québec livrent près de 80% de tout le programme de mise en valeur et leur modèle d’affaire est reconnu et audité par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Cela fait de nous le principal partenaire du ministère dans la mise en valeur des forêts privées. Nous entendons l’appuyer dans la défense du programme de mise en valeur de la forêt privée et dans le sauvetage de la saison actuelle. Par contre, l’heure est grave, les investissements sylvicoles en forêt privée sont en danger. Notre réflexion doit aller beaucoup plus loin que le chantier sur l’efficacité des mesures en forêt privée le permettait. En ce sens, nous demandons une rencontre d’urgence avec le ministre Lessard afin de mettre en place les bases d’une solution du- rable qui permettra le déploiement du plein potentiel de la forêt privée dans un contexte d’efficacité budgétaire.