Renald Bernier

Un partenariat incontournable

2 Déc. 2014

Vous savez, en tant que maire, j’ai à gérer plusieurs projets de développement. Parfois, ce sont des projets qui coulent de source, parfois ce sont des projets qui sont en compétition. Les occasions de diviser les citoyens de ma ville sont multiples. C’est mon devoir de veiller à ce que les forces vives de ma communauté demeurent unies, de faire en sorte que ces projets soient des occasions de rassemblement plutôt que de confrontation.

En forêt privée, la précarité des budgets pourrait nous conduire à nous diviser. Je crois que, jumelée avec la production de bois, elles sont une occasion inespérée de nous regrouper.

En tant que partenaires de la forêt privée, nous avons le devoir d’agir dans l’intérêt commun et de concentrer nos énergies sur ce qui nous rassemble plutôt que sur ce qui nous éloigne. Il est évident que le gouvernement doit jouer un rôle de premier plan et agir à titre de catalyseur.

C’est lui qui possède les moyens d’améliorer la fiscalité des producteurs et d’ajuster les programmes. Par contre, ce serait bête de croire qu’il peut y arriver tout seul. À mon avis, la force de notre partenariat est encore inconnue. Quand on prend le temps d’y penser, il n’y a pas de limites à ce que nous pouvons faire. À titre d’exemple, les dernières années ont été fertiles en collaboration, notamment avec nos «coreprésentants» des propriétaires, la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ). Nous avons mis de côté nos divergences et nous avons travaillé sur plusieurs dossiers comme le programme de remboursement de taxes foncières, les milieux humides et le Rendez-vous national sur la forêt québécoise. Des dossiers qui ont été menés conjointement et qui ont donné des résultats positifs.

Aujourd’hui, nous devons pousser la réflexion un peu plus loin. En tant que représentants des propriétaires, faisons-nous tout en notre pouvoir afin de servir au mieux nos producteurs? Y a-t-il des améliorations à apporter dans nos façons de faire et qui pourraient améliorer leur sort?

Je lance l’idée que si nous prenions le temps de nous asseoir ensemble et placions le propriétaire au centre de nos préoccupations respectives, nous pourrions développer des synergies qui nous permettraient de justifier encore plus la pertinence du programme de mise en valeur par un accroissement important de la création de richesse.

Bien qu’il soit facile d’interpeller la FPFQ, nous devons aussi creuser les fondements du partenariat avec l’industrie. Nous avons un dénominateur commun: le bois de la forêt privée. Ce bois deviendra encore plus important au cours des prochaines années en raison de la reprise des marchés et de notre objectif d’en produire davantage.

Garde-t-on la même recette? Les habitudes sont souvent bien ancrées, mais avec le nouveau régime, les transactions réalisées en forêt privée n’influencent plus le prix du bois en forêt publique. N’est-ce pas le temps de travailler sur des partenariats à long terme, sur la garantie de qualité environnementale et sur le développement d’un réseau de fournisseurs? Pour y arriver, cela prendra du leadership de la part du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ,) de la Fédération québécoise des producteurs forestiers (FQPF) et du Regroupement des sociétés d’aménagement forestier du Québec (RESAM).

Dans un contexte où la création de richesse devient l’enjeu premier en forêt privée, il y a aussi lieu de revoir notre lien avec le monde municipal. Les premières années du partenariat ont permis l’émergence de règlementations visant à protéger le milieu forestier des coupes abusives. Le travail a été fait, si bien que le «pillage de lots» est maintenant difficile. N’est-il pas temps de regarder une autre facette du problème, à savoir quels sont les meilleurs moyens pour créer de la richesse? Y a-t-il lieu de revoir la réglementation? Y a-t-il des mesures à mettre en place pour intéresser les producteurs à demeurer actifs en aménagement? L’heure est venue à mon avis, de passer du mode protection au mode «développement coordonné» et cela ne peut se faire sans nos partenaires du monde municipal.

Pour y arriver, vous comprenez que les groupements forestiers, en tant que représentants des propriétaires regroupés et principal outil de livraison du programme de mise en valeur, devront aussi faire une large part du travail, que ce soit dans le respect des obligations que confèrent la «reconnaissance du modèle d’affaires des groupements forestiers» que dans le développement de nouveaux processus.

Nous sommes préparés à cela, nous y travaillons depuis déjà plusieurs années et nous voulons le faire avec nos partenaires.