Jocelyn Lessard

Un sommet international des coopératives à la hauteur

13 Nov. 2014

Du 7 au 9 octobre, Québec a été l’hôte du deuxième Sommet international des coopératives. Le premier était grandiose, ce deuxième différent, mais tout autant stimulant. En voici un pâle résumé.

Le monde

On dit que le mouvement coopératif devrait cesser d’envoyer des missionnaires à Rome. Pourquoi prêcher entre nous de notre valeur? Pourtant, le rassemblement de plus de 3 000 personnes provenant de 93 pays qui croient à la coopération est extraordinaire. Les retrouvailles et les nouveaux contacts avec des gens de toute sorte d’horizon sont riches. Les échanges d’expérience nourrissent aussi la flamme coopérative. En plus, c’est agréable de fréquenter des gens qui partagent les mêmes valeurs.

Les grands réseaux coopératifs en profitent aussi pour faire des affaires à grande échelle. En plus de ce brassage entre coopératives, ce qui me plait le plus est l’occasion d’entendre des conférenciers de renom externes au mouvement coopératif exposer tout le potentiel qu’ils lui voient. Voici mes principaux coups de cœur.

Orienter les affaires et la finance vers la création d’une bonne société

ROBERT J. SILLER est professeur d’économie à l’Université Yale et co-lauréat d’un prix Nobel d’économie. Plutôt que de nous inonder de théories économiques pour nous parler de finance, il a campé son propos dans un angle humaniste. Il nous a ramenés aux règles fondamentales de l’humanité à la recherche de la «bonne société» à partir de ce qu’il a appelé «la règle d’or». Elle trouve ses racines dans toutes les grandes religions. Elle dit simplement qu’il faut se respecter, qu’il ne faut pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas que l’on nous fasse. Il introduit ensuite ADAM SMITH, le père du néolibéralisme, qui a semé l’idée que l’addition des stratégies égoïstes et individuelles fait en sorte que le libre marché est parfait pour réguler l’économie. Il nous a rappelé cependant que même Smith avait découvert l’intérêt que nous portons pour le bien-être des autres.

Après bien d’autres démonstrations, il a conclu sa conférence en expliquant à quel point il croit que la finance est un moteur de développement nécessaire, mais qu’elle doit être utilisée d’une manière coopérative, inclusive, pour espérer vivre dans une «bonne société».

Le développement durable, un défi mondial

JEFFREY SACHS est professeur d’économie à l’Université de Colombia et directeur de l’Institut de la terre. Il a été le conseiller de deux présidents des Nations Unies. Il est un très grand communicateur et il nous a dressé un portrait inquiétant sur l’état de la planète. Malgré l’urgence, nous ne semblons pas capables d’offrir une réponse convenable aux défis écologiques majeurs que nous devons relever.

Il est particulièrement inquiet des pouvoirs des grandes corporations face aux limites de notre gouvernance planétaire. Comment déployer des stratégies pour réduire notre pression sur les ressources et surtout lutter véritablement contre la pauvreté ? La coopération, par sa capacité à agir localement tout en travaillant en réseau à l’échelle mondiale, devrait être mise davantage à contribution.

En vrac

LAURA D’ANDREA TYSON, de l’Université Berkely était troublante quand elle a dressé le portrait de la croissance économique globale. Seulement la Chine et les États-Unis y contribuent encore. L’économie chinoise est en déclin et celle des Américains n’arrive plus à partager la richesse créée.

RICHARD WILKINSON, d’Equality Trust a fait un vibrant éloge des sociétés éthiques qui souvent taxent davantage, mais créent des milieux de vie beaucoup plus enrichissant. Enfin, DAVID K. FOOT, un autre économiste de l’Université de Toronto, nous a fait rire, mais aussi réfléchir quant à l’impact de la démographie sur l’évolution des sociétés. Les coopératives doivent absolument en tenir compte.

Les grandes dames de la coopération

Les deux grands partenaires qui organisent le Sommet international des coopératives sont l’Alliance coopérative internationale et le Mouvement Desjardins. Ces deux organisations sont actuellement dirigées par des femmes, respectivement dame PAULINE GREEN et madame MONIQUE LEROUX. Ce sont deux femmes d’un niveau énergétique extrêmement élevé et toutes deux sont pourvues d’une grande passion pour la coopération. Leur complicité est aussi exceptionnelle et leur intense présence, tout au long de l’événement, concourt à lui donner cette grandeur. Même si une équipe formidable soutient le Sommet, je tiens à remercier particulièrement ces grandes ambassadrices.