Marc Beaudoin

Un tournant pour la profession d’ingénieur forestier

19 Nov. 2020

Pour ceux qui l’avait oublié, je ne suis pas uniquement le directeur général de Groupements forestiers Québec. À l’origine, je suis aussi ingénieur forestier. Une profession pour laquelle j’ai beaucoup de respect et d’intérêt. Même si j’ai moins de temps pour la sylviculture, je suis un fervent défenseur de l’importance du travail de mes collègues.

Or, je crois que nous sommes à un tournant en ce qui concerne le rôle de l’ingénieur forestier et la gestion des forêts du Québec. En effet, après des décennies de foresterie normative, il appert que le gouvernement explore des approches où la latitude de l’ingénieur forestier serait plus grande. Le MFFP n’a-t-il pas annoncé dernièrement qu’il entendait utiliser la latitude professionnelle dans une démarche de simplification dans la livraison des programmes en forêt privée? Mais il y en a d’autres et les projets pilotes de planification en forêt publique en feront partie bientôt.

Un leadership assumé

Cette situation m’a amené à réfléchir sur l’état de ma profession et de la direction que l’on pourrait prendre dans les prochaines années. Ma première constatation, c’est que nous devons nous impliquer. En tant que gardien de la pérennité́ du patrimoine forestier, l’ingénieur forestier doit assumer individuellement et collectivement un leadership important dans la redéfinition des processus de planification de la forêt. Notre contribution locale, régionale et provinciale est essentielle et doit être faite. Et qui est mieux placé pour en parler?

De comportements professionnels irréprochables

Nous nous entendons tous sur le fait que l’ingénieur forestier doit faire preuve de comportements professionnels irréprochables. Toutefois, je vois une disparité importante sur la notion même de « comportement irréprochable ». Pour certains, cela veut dire respecter les normes « à la lettre » et pour d’autres cela veut dire d’exercer son jugement. Malheureusement, après des décennies de foresterie normative sans beaucoup de relations avec le territoire, plusieurs s’appuient plus sur ces normes.

Je crois fermement que le public se trouve à être mieux protégé avec des ingénieurs forestiers qui sont capables de réfléchir et d’adapter leur pratique plutôt qu’avec ceux qui n’appliquent que des normes. Je milite pour cette latitude depuis plusieurs années et je continuerai à le faire. Je ne crois pas qu’un chirurgien accepterait d’opérer avec quelqu’un au-dessus de son épaule qui remettrait en question continuellement son jugement. Nous ne le devrions pas non plus.

Adapter notre prestation de service en fonction de la demande du public

Le public est de plus en plus informé et demande toujours davantage de rigueur et d’information de la part des ingénieurs forestiers. D’un point de vue général, l’image du « forestier » demande encore à être améliorée.

Il est nécessaire d’interroger ceux qui utilisent nos services. Comprendre ce qu’ils ont comme attentes, besoins, etc. Cela devient encore plus important depuis l’apparition de la COVID-19 où les demandes de services « en ligne » sont en augmentation. Nous devons protéger le public, nous devons donc aussi savoir ce dont il a besoin.

Un changement de culture

Travailler en fonction des résultats et non de normes est un changement très important de culture. Cela redonne plus de flexibilité au professionnel pour réaliser son travail, certes. Mais cette implique aussi plus de responsabilités. Pour en faire un succès, les employeurs doivent également apprendre à travailler dans un nouveau système en appuyant leurs ingénieurs forestiers dans la prise en charge de leurs responsabilités.

Pour la forêt privée

En forêt privée, nous avons appris depuis longtemps à jongler avec plusieurs variables, que l’on pense aux règlements municipaux, aux différentes agences et surtout, aux attentes très différentes des propriétaires de lots boisés. Depuis longtemps, nous avons appris à gérer un territoire plus qu’une seule ressource.

Cette gestion territoriale a encouragé le maillage avec d’autres professionnels. Ce maillage a élargi le spectre de connaissances de nos professionnels forestiers et leur capacité à répondre aux enjeux du secteur. Cette approche à assurer aussi l’imputabilité en limitant les croisements de juridiction et de responsabilités.

La forêt privée est un terreau fertile pour l’occupation complète du champ de pratique de l’ingénieur forestier. L’occasion est belle pour faire le pas et offrir au Québec un processus rigoureux, efficace et crédible en matière de gestion forestière!