Renald Bernier

Un travail différent

29 Mar. 2017

J’ai eu plusieurs vies professionnelles, vous savez. J’ai étudié pour devenir économiste. J’ai repris, avec mon frère, l’entreprise familiale, j’ai même déjà envisagé de devenir ingénieur forestier. Depuis plusieurs années, je me suis intéressé au développement de ma municipalité au point d’en devenir maire. Honnêtement, je me considère chanceux d’avoir pu observer le monde sous des angles si différents.

Ces points de vue m’aident énormément dans mon travail à titre de président de RESAM. C’est d’autant plus vrai qu’actuellement, le Bureau de mise en marché des bois (BMMB) est à produire une seconde grille de taux pour la forêt privée.

LA GRILLE DE TAUX EN FORÊT PRIVÉE

Une première analyse de la grille de taux en forêt privée nous a permis de constater une évolution très intéressante de l’approche.

Nous pensons notamment à :

• L’utilisation de l’expérience acquise dans le calcul des taux en forêt publique ;

• Un calcul des taux des travaux non commerciaux cohérents avec la réalité ;

• L’utilisation de l’étude de coûts 2014 de la forêt publique ;

• L’éclaircissement des activités d’encadrement professionnel.

Par contre, force est d’admettre que le travail n’est pas encore achevé. Les fonctionnaires du BMMB ont dû faire face à la rareté de certaines données qui a mené à des conclusions avec lesquelles nous sommes parfois mal à l’aise.

Parmi celles-ci nous soulignons :

• Le calcul des taux d’exécution pour les travaux commerciaux nettement sous-évalué. Il est inconcevable que ces taux diminuent dans un contexte de mobilisation des bois. Selon nos évaluations, il existe plus de 25% d’écart avec la réalité.

• Le calcul de l’encadrement professionnel nettement sous-évalué pour l’ensemble des travaux. Nous croyons qu’il y a une mauvaise compréhension du travail accompli par les groupements forestiers. Les taux proposés sont incompatibles avec le travail demandé et mettent en danger les équipes en place.

• Une marge de manoeuvre famélique. Les données utilisées sont celles de la forêt publique. Celles-ci montrent un bénéfice de l’ordre de 3,6%. Les conditions de travail ne sont pas les mêmes en forêt privée et on peut prétendre que le bénéfice y est beaucoup moindre. Il ne reste aucune marge de manoeuvre en cas de mauvaises surprises en plus de rendre inopérable les projets de développement.

• Une main d’oeuvre qui est désormais en danger. La faible marge de manoeuvre dont nous disposons rend très difficile de supporter les conditions de travail de la main d’oeuvre. Faute d’autres moyens, chaque baisse de taux dans un traitement se répercutera inévitablement chez les travailleurs. Cette situation est préoccupante dans le contexte de rareté que nous vivons.

Contrairement à la forêt publique, nous ne disposons pas d’étude de coûts pour la forêt privée. Il a donc été décidé d’utiliser les méthodes et données de calcul de la forêt publique. Pour ajuster les valeurs, le BMMB devait calculer un indice de transposition entre les deux contextes, ce qui n’a pu être fait.

Mon expérience de grand propriétaire de lots boisés ne peut que refaire surface. Je crois fermement qu’une des réponses aux problèmes que nous soulevons réside justement dans le fait que le BMMB n’a pu calculer cet indice de transposition, car les conditions de réalisation de travaux sylvicoles en forêt publique et privée sont particulièrement différentes. Dès que nous le ferons, les choses se normaliseront.

UN PARTAGE DU RISQUE

Le mandat du BMMB consiste à calculer la valeur de réalisation des travaux sylvicoles en forêt privée. Pour sa part, le Ministre doit identifier le pourcentage d’aide qu’il entend octroyer aux bénéficiaires du programme. Cette décision est très importante, car elle influence directement le revenu du producteur.

Cette discussion a été faite lors de la parution de la grille de taux 2016- 2017 et nous avons été en mesure de trouver un arrangement viable qui, nous l’espérons, sera reconduit. Par ailleurs, l’année dernière, nous avions accepté de vivre avec les effets d’une grille transitoire pour une période d’une année. Nous croyons avoir tenu notre part du marché.

Cette année, les producteurs privés ne pourront plus absorber, à eux seuls, les effets des essais et ajustements qui se feront en cours de route. Des choix devront être faits afin que le risque soit partagé équitablement par tous.

EN GUISE DE CONCLUSION

La confection d’une grille de taux dans le contexte de la forêt privée est un exercice difficile mais combien important, car soit il insufflera un vent de dynamisme dans la production ligneuse en forêt privée, soit il l’étouffera. RESAM sera toujours présent afin d’accompagner la démarche pour en faire un succès.