Jocelyn Lessard

Une saison sylvicole préoccupante

18 Oct. 2016

L’industrie sylvicole évoluait au cours des dernières années dans un cadre avec une assez bonne prévisibilité. L’incertitude vient de réapparaître. Tâchons de comprendre et de mieux préparer l’avenir.

Tout le secteur forestier est lié

L’industrie sylvicole s’est réjouie en février 2016 quand Philippe Couillard, premier ministre, et Laurent Lessard, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, confirmaient le budget de 225 M $ pour les travaux d’aménagement forestier de l’exercice 2016-2017.

Le ministre Lessard mentionnait quand même dans son communiqué que nous allions vivre une année de transition. Lors de rencontres subséquentes avec le ministre Lessard, notamment durant notre congrès, son message a été nuancé. Le MFFP a proposé des mesures pour réduire le coût de la fibre et le ministre devait suivre attentivement leurs effets sur le volume récolté afin de soutenir l’effort sylvicole.

Dans l’ancien régime, les règles étaient claires. Le budget de réalisation des travaux sylvicoles provenait des crédits en paiement des droits. Plutôt que de verser de l’argent en échange des bois récoltés, les industriels payaient avec des travaux sylvicoles. Aujourd’hui, les montants proviennent d’un fonds forestier approvisionné par le paiement des redevances.

Cela semble pareil, mais c’est très différent. Le processus passe annuellement par une décision du gouvernement lors de l’adoption du budget. Le ministre suit attentivement la progression des paiements des redevances et, par prudence, à l’exception du reboisement, il a suspendu les appels d’offres publics (AOP). Le cabinet se fait rassurant, la cible est toujours de 225 M $. Comme la majorité des usines tournent actuellement à plein régime, les appels d’offres devraient être lancés prochainement.

Des conséquences néfastes

Le ministre a affirmé à plusieurs reprises l’importance qu’il accorde à la prévisibilité, mais la situation actuelle nous en éloigne. Il n’est pas facile de comprendre la situation après une annonce faite par le premier ministre. Même si les coopératives sont occupées à réaliser leurs ententes de réalisation de travaux (ERTS), elles sont inquiètes parce qu’elles ne peuvent pas planifier l’ensemble de leur saison.

Elles ne peuvent pas rassurer leurs travailleurs, mais, en plus, les planifications improvisées causent bien des difficultés opérationnelles et elles réduisent l’efficacité globale. Quand les choses ne sont pas claires, l’inquiétude monte rapidement. Les mêmes peurs que nous connaissions resurgissent, surtout pour les travailleurs qui veulent s’assurer de se qualifier pour l’assurance-emploi.

Pour les entreprises, les enjeux sont différents parce que les taux déplorables qui découlent du libre marché ne génèrent pas de profit, mais les travaux du libre marché complètent la saison en permettant de protéger l’expertise et de mieux amortir les équipements et infrastructures.

Rappelons aussi que l’absence d’AOP laisse présager que le rattrapage en cours pour la préparation de terrain effectuée une saison à l’avance pourrait être perdu si aucun traitement n’est réalisé cette saison. Encore plus épineux, qu’allons-nous faire de tous les plants qui seront disponibles au printemps prochain?

Préparer l’avenir

Je suis confiant que la situation va débloquer à court terme pour la saison 2016. Cela envoie tout de même des signaux inquiétants pour l’avenir. Cette comptabilité du quotidien est-elle compatible avec la mise en oeuvre de stratégies sylvicoles performantes et durables? Avec la menace qui plane d’un nouveau conflit du bois d’oeuvre, il est urgent de préciser quel sera le budget disponible pour les années à venir.

Je ne crois pas qu’il soit réaliste de maintenir une industrie sylvicole dynamique et en santé dans un climat d’incertitude budgétaire annuelle.

Je suis surpris que le volet de l’aménagement forestier ne fasse pas partie des discussions du prochain Forum innovation bois de l’automne. Je ne trouve pas idéal que l’approvisionnement soit complètement détaché de l’aménagement forestier. Le ministre avait certainement raison quand il parlait d’une année de transition. Mais il faut que cela soit pour le mieux! En s’appuyant sur une sérieuse démarche de concertation, l’industrie forestière devrait poursuivre sa transformation en devenant performante et pertinente.

L’aménagement forestier doit constituer le premier maillon de la chaîne de valeur à mettre en place. Il importe de produire le bois dont l’industrie a besoin, mais aussi de financer d’une manière stable et suffisante l’effort sylvicole. Mettons nous à l’ouvrage dès cet automne pour préparer cet avenir dans une vision intégrée.